Entretien avec Pedro Ruiz et Frank Rodriguez pour leur documentaire Animal tropical à Montréal - La bête humaine

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André Lavoie
Édition du mercredi 29 août 2007

Mots clés : Animal tropical à Montréal, Frank Rodriguez, Pedro Ruiz, Livre, Cinéma, Cuba (pays), Montréal

Les cinéastes Frank Rodriguez et Pedro Ruiz ont suivi l'écrivain Pedro Juan Gutiérrez lors de son passage à Montréal à l'automne 2005.

Photo: Pedro Ruiz

On a encore du mal à trouver ses livres à Cuba mais pas dans le reste du monde puisque l'auteur cubain Pedro Juan Gutiérrez est traduit en 18 langues et jouit d'une reconnaissance qui suscite l'envie de ses compatriotes. L'auteur de La Trilogie sale de La Havane peut voyager librement et possède une fortune à faire baver bien des écrivains québécois. Cet ancien journaliste devenu un romancier au succès surprenant et à l'écriture sulfureuse était de passage à Montréal à l'automne 2005 pour la promotion de son recueil de poésie, Moi et une vieille négresse voluptueuse, publié chez Lanctôt éditeur.

À l'aéroport, il a été accueilli par deux jeunes cinéastes, Pedro Ruiz et Frank Rodriguez, admiratifs non seulement de son oeuvre mais aussi de son esprit libre. La balade québécoise de Pedro Juan Gutiérrez est devenue un portrait chaleureux fort justement intitulé Animal tropical à Montréal alors que l'auteur, par ses propos crus, sa démarche séduisante et sa manière d'esquiver les questions embarrassantes, fait figure d'oiseau rare.

Les deux réalisateurs ne cachent pas leur fierté d'avoir pu le prendre au vol, l'ayant d'abord apprivoisé à distance, par téléphone, alors qu'eux-mêmes vivent dans des villes différentes. Ils se sont connus à Caracas, au Venezuela, là où Pedro Ruiz a grandi, alors que Frank Rodriguez, Cubain d'origine, a pris le chemin de l'exil pour s'installer à New York. Après 15 ans d'amitié, c'est leur première véritable collaboration artistique.

Pedro Ruiz, dont les lecteurs du Devoir connaissent déjà le travail de photographe, n'a pas eu de mal à se lier avec Gutiérrez tandis que Rodriguez avoue avoir senti une certaine résistance. «Mes premiers contacts n'étaient pas faciles, souligne-t-il, car lorsque vous êtes un Cubain vivant aux États-Unis et que vous voulez communiquer avec un Cubain resté là-bas, on vous soupçonne de travailler pour la CIA!»

Or la connivence n'a pas été trop longue à bâtir. «La première fois qu'il est venu chez moi, il draguait ma copine», lance Pedro Ruiz en rigolant. Cela donne une idée du personnage, dont les descriptions sexuelles dans ses romans l'ont catalogué, à tort, comme un disciple de Charles Bukowski et Henry Miller. Ils refusent de l'enfermer dans cette seule catégorie. «Il a amorcé son oeuvre romanesque dans les années 90, une époque cruciale à Cuba», affirme Rodriguez. C'est bien sûr celle de la débâcle communiste en Europe et de la déroute économique au pays de Fidel Castro. Pour Rodriguez, la dimension sexuelle de cette oeuvre ne doit pas cacher tout le reste. «Son écriture a du rythme, il sait doser ses effets et c'est un excellent conteur. Dans ses livres, le sexe n'est pas seulement un excellent ingrédient, c'est aussi une manière de dénoncer l'hypocrisie. Étant très enragé face à la situation cubaine, le sexe devient un exutoire... »

Pourtant, il clame sur toutes les tribunes, et à plusieurs reprises dans le film, qu'il n'est pas un auteur politique. «Il ne veut pas que son oeuvre soit utilisée comme un drapeau, souligne Pedro Ruiz. Pour lui, c'est d'abord et avant tout de la littérature.» Comme plusieurs de ses lecteurs, Frank Rodriguez n'est pas dupe: «Tout est politisé à Cuba! Ça m'apparaît impossible de ne pas prendre position devant une telle situation sociale. Et on peut se demander pourquoi un écrivain aussi connu et aussi riche, une légende vivante, puisse vivre encore à Cuba.» Peut-être pour emmerder Fidel Castro? Ne comptez pas sur Pedro Juan Gutiérrez pour vous donner la réponse...

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Collaborateur du Devoir

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- Animal tropical à Montréal sera présenté ce soir à 21h40 et le vendredi 31 août à 13h20 au Cinéma de l'ONF.


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