Sécurité des bâtiments: Montréal s'appuie sur la bonne foi des propriétaires
Mots clés : bâtiments, souterrain, Régie du bâtiment du Québec, Commerce, Montréal, Québec (province)
Tant la Ville de Montréal que la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) se fient actuellement à «la bonne foi» des propriétaires d'édifices, dont on présume qu'ils entretiennent bien leurs bâtiments et les font inspecter pour assurer la sécurité de tous. Mais personne ne vérifiait jusqu'ici si c'était effectivement fait ou pas.
Ainsi, à moins que quelqu'un ne porte plainte ou ne fasse un signalement à la Régie, celle-ci n'ira pas vérifier si chaque propriétaire d'édifice est consciencieux eu égard à la sécurité du bâtiment. «On ne peut pas faire de vérification systématique, ce serait impossible, dit Mme Veillette. Alors, on se fie à la bonne foi des propriétaires, au fait qu'ils sont responsables et qu'ils ont à coeur la sécurité des personnes qui circulent ou travaillent dans leur édifice.»
À la Ville, on confirme que «les propriétaires ont la responsabilité de se conformer aux règlements concernant les édifices publics», mais que «les rapports d'analyses et d'inspections ne sont pas transmis systématiquement», selon Yves Provost, directeur général adjoint aux infrastructures.
Ce qui veut dire que la Ville ne peut pas savoir précisément dans quel état sont les structures qui composent les quelque 30 km du réseau du Montréal souterrain. Il en était de même pour la dalle de béton qui a causé le branle-bas de combat depuis vendredi au centre-ville, ainsi que pour l'édifice du 2021 rue Union (limitrophe au quadrilatère fermé), dont on a dû gratter en toute hâte des plaques de béton qui menaçaient de tomber sur les trottoirs, dimanche soir.
Par hasard
Un problème découvert par hasard, d'ailleurs, parce que plusieurs ingénieurs étaient sur les lieux à ce moment et qu'un d'entre eux a levé les yeux au bon endroit. Autrement, la délamination du béton de surface aurait pu se poursuivre un bon moment -- jusqu'à la prochaine inspection... ou à la première chute.
Même chose pour la dalle de béton située sous le boulevard Maisonneuve: sans la vigilance d'un employé du magasin La Baie -- responsable de l'entretien de cette dalle --, qui a noté des infiltrations d'eau suspectes dans le plafond suspendu du sous-sol du magasin, il est probable que les fissures seraient passées inaperçues.
Le maire de Montréal est conscient des faiblesses du processus actuel de suivi de l'entretien des bâtiments. C'est pourquoi Gérald Tremblay a demandé dès dimanche des «documents certifiés par des ingénieurs, prouvant la sécurité» de l'ensemble des tunnels composant le Montréal souterrain.
«On a tenu pour acquis qu'ils [les propriétaires] faisaient des inspections, a-t-il expliqué hier sur les ondes de RDI. Légalement, ils doivent le faire. Mais [on n'a jamais vu] de rapports officiels signés par des experts: on va demander ça.»
Revoir les méthodes
Au début d'août, M. Tremblay avait fait un constat semblable concernant les méthodes d'inspection des ponts et des viaducs placés sous la responsabilité de la Ville. «Nous devons revoir ces méthodes», avait-il avoué en conférence de presse, alors que l'on annonçait des restrictions de circulation sur le viaduc du boulevard Pie-IX qui enjambe Henri-Bourassa.
Les inspections régulières de la Ville (visuelles, précisait-on) n'avaient rien décelé de problématique avec cette structure, que l'on prévoyait détruire en 2009. C'est à la demande du ministère des Transports du Québec et des experts de la Commission Johnson que des analyses plus poussées ont été effectuées sur le viaduc. Elles ont alors révélé des faiblesses inquiétantes du béton.
«Les événements récents mettent en lumière les limites des systèmes, dit Yves Provost. Et c'est clair que les procédures vont se renforcer.»
Plus largement, le maire Tremblay pense qu'il faut faire «un sérieux examen de conscience» et remettre en question une tradition fortement ancrée ici: celle d'investir davantage dans la construction que dans l'entretien. «N'y aurait-il pas moyen de maintenir et de bien inspecter ce qu'on a présentement avant d'investir dans d'autres structures?»,
demandait-il hier à RDI.
Situation réglée
Autrement, le centre-ville de Montréal a retrouvé hier son rythme normal, à quelques détails près. Seule la section du boulevard Maisonneuve comprise entre les rues Aylmer et Union demeure fermée à la circulation. Les piétons peuvent toutefois franchir la zone. La ligne verte du métro était elle aussi en activité, de retour après une interruption de 48 heures provoquée par la découverte de l'affaissement partiel d'une dalle de quelque 45 m sur 7,5 m, dans le sous-sol du magasin La Baie, qui traverse en partie la rue.
Les travaux de soutènement de cette dalle de 1200 tonnes sont terminés depuis dimanche. On cherche maintenant à comprendre ce qui a provoqué ces fissures dans un bloc de béton installé en 1965. «Il faut mesurer les dégâts, prendre une bonne mesure de la situation», explique Yves Provost. Après, on fera le partage de la facture et des responsabilités.»
La Ville veut dans l'immédiat vérifier la solidité des deux dalles adjacentes à celle fissurée (trois dalles côte à côte sont situées sous le boulevard: celle qui est affaissée est située au centre de la rue). «L'expertise nous dira si les fissures sont dues au vieillissement ou à autre chose», dit Yves Provost. On sait que des travaux d'excavation avaient cours sur le boulevard Maisonneuve, juste au-dessus de la zone concernée. Selon des évaluations temporaires, la fissure pourrait toutefois dater d'une année, indiquait hier une source proche de l'équipe d'analyse.
Quoi qu'il en soit, il faudra «des mois» avant que le problème découvert vendredi ne soit tout à fait réglé, a confirmé Yves Provost.
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