Opinion
Trudeau et la loi 101
Mots clés : loi 101, Lise Bissonnette, Charte canadienne des droits et libertés, Justice, Langue, Canada (Pays), Québec (province)
Il y a trente ans, le 26 août 1977, l'Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 101, la Charte de la langue française. Lors de la publication du livre blanc sur cette charte, Trudeau avait réagi ainsi, comme l'a rapporté alors Lise Bissonnette dans Le Devoir: «Selon lui, [la Charte] ramène le Québec "des siècles en arrière" sinon à "l'âge des ténèbres", et il [...] a fustigé la façon "étriquée et rétrograde" qu'a selon lui le gouvernement de M. Lévesque pour protéger une culture, et trouvé au total que le Parti québécois montrait enfin ses "vraies couleurs", celles d'un parti qui veut l'établissement d'une "société ethnique" [...] qui va même contre la liberté de parole et d'expression.» (Le Devoir, 6 avril 1977, p. 1)
René Lévesque avait compris à l'avance le stratagème de Trudeau, comme il l'a dit dans le discours inaugural à l'Assemblée nationale en juin 1981: «Sous le couvert de donner aux citoyens une nouvelle charte des droits, le projet d'Ottawa est en fait une attaque sans précédent contre les pouvoirs de l'Assemblée nationale du Québec, qu'il viendrait limiter et encadrer notamment en matière de langue d'enseignement.» (Attendez que je me rappelle..., Québec Amérique, 1986, p. 441)
Le fait que la loi 101 imposait l'enseignement en français aux immigrants paraissait encore à Trudeau en 1998, deux ans avant sa mort, comme un «tarif linguistique» que sa charte n'a toléré que de façon «temporaire», en attendant que l'immigrant obtienne la citoyenneté canadienne: «Quiconque immigre au Canada croit que c'est un pays libre. Pourtant, la première chose qu'on lui dit à son arrivée, c'est que ses enfants ne peuvent fréquenter l'école anglaise [...] Mon gouvernement n'a permis au Québec de le faire malgré la Charte [canadienne] que comme tarif linguistique temporaire, même si j'abhorrais l'esprit de cette loi.» (Avec la collaboration de Ron Graham, Trudeau: l'essentiel de sa pensée politique, Le Jour, 1998, p. 144)
Comme l'a écrit Jean Dorion, «par l'art. 23 de sa Charte, imposée de force au Québec par dix parlements majoritairement anglophones, le Canada anglais s'est octroyé un permis d'angliciser graduellement le Québec» (Journal SSJB, mars 2004, p. 2).
Ce n'est que lorsque le Québec sera souverain qu'il pourra faire respecter ses lois, en particulier la Charte de la langue française, essentielle pour assurer la survie de sa langue officielle.

