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L'accommodantisme des "Enfants-de-la-loi-101"
Nous ne sommes pas tous à genoux devant la jeunesse, craignant de passer pour vieux si l'on émettait la moindre réserve. Nos braves commissaires, MM. Taylor et Bouchard, s'attendaient à être écharpés et voilà que leur première sortie nage, en apparence, dans l'euphorie de la dissolution multiculturelle. Le Québec disparaît, on voit presque plus d'étrangers à Montréal que de Québécois, nos oreilles inquiètes se heurtent à un anglais de plus en plus présent et agressif, la Cour suprême s'apprête à châtrer encore plus avant notre exsangue Loi 101. Nous avons assez d'estime et de respect de la jeunesse pour ne pas croire à l'accommodantisme jovial dont quelques jeunes, non prévenus, et visiblement inconscients de leur responsabilité , ont pu faire preuve devant nos commissaires. Être jeune, c'est recevoir un héritage, le comprendre, et l'assumer pour le porter plus loin. Ce n'est certes pas ignorer l'histoire, consentir à être le jouet d'une certaine élite issue de la « Révolution tranquille » qui s'est donné pour tâche de liquider la tradition québécoise dans ses composantes française et chrétienne. Sa « méthode » a consisté à rendre les jeunes ignorants de leurs origines, à leur en donner une version tronquée, péjorative dans le but de les rendre étrangers à eux-mêmes et de les aveugler sur la déferlante multiculturelle qui devait nous succéder.
On est ouvert dans la mesure où l'on est vide de soi. L'ouverture est une mode, un slogan, une béance qui détourne l'attention de ce que l'on n'a plus, à savoir la conscience et la possession de soi. Pour porter un regard sur l'autre, il est nécessaire d'avoir une forte assise en soi-même, dans sa propre culture. Il faut aussi que l'autre soit en dehors de soi, qu'il en soit distinct, à distance. Ce n'est pas le cas pour l'immigrant actuel qui entre dans notre espace et qui nous en chasse en vertu de la Constitution canadienne. Il est notre égal, nous n'avons plus aucune antériorité fondatrice. Il faut nous fondre à lui puisque lui a le droit de rester lui-même alors que nous sommes culpabilisés d'être différents de lui. L'accommodement, imposé par la force de tribunaux extérieurs au Québec, vise à détruire notre identité, car il n'y a pas de construction d'une identité canadienne sans la destruction préalable de l'identité québécoise. Le fédéralisme repose sur un flou identitaire propice à la transformation du Québec en un je-ne-sais-quoi qui ressemble fort, non à un melting-pot, mais à une trahison encore plus profonde, plus avancée de notre identité et de notre histoire, soit une juxtaposition de ghettos ethniques dotés de droits égaux, et dont nous ne sommes que l'un d'eux.
Nos jeunes ne veulent certainement pas cela. La voie des accommodements, faussement qualifiés de raisonnables, nous engage dans un avenir sans issue. Toutes les énergies de la nation seront minées par un débat interminable que les médias et les démagogues attiseront périodiquement pendant au moins cinquante ans. Pendant ce temps, nous nous serons avancés si loin sur la pente de la disparition qu'il faudra parler de nous au passé. Olivar Asselin disait, à peu près, en parlant des « canadiens français » : « Ci-git un peuple mort de propre sa bêtise ». La prophétie s'est réalisée, il en arrivera tout autant au Québec enfermé dans la Confédération canadienne.
Quel programme pour la jeunesse? Retrouver son histoire, l'embrasser avec la joie de rentrer en soi-même, la pousser plus loin dans la ligne de la fidélité créatrice. Et face à l'immigrant? Voici ce que nous sommes, ce que l'histoire a fait de nous. Si vous désirez vivre comme nous, restez. Sinon, partez. Il faut évidemment traduire ce programme en vision et en action politiques. Tout le reste est bavardage. « À vous, messieurs! »
Hubert Larocque.
