Ben X, du Belge Nic Balthazar, ovationné en compétition

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Odile Tremblay
Édition du lundi 27 août 2007

Mots clés : Ben X, Nic Balthazar, Cinéma, Festival et fête, Montréal

Le cinéaste Nic Balthazar, à gauche, en compagnie du comédien Greg Timmermans.

Photo: Jacques Grenier

Hier, les spectateurs étaient clairsemés à l'Impérial pour la projection de 9 h. Mais les matinaux bravement assis devant Ben X, du Belge Nic Balthazar, n'ont pas regretté leur coup. Rarement long métrage (le premier du cinéaste) aura été aussi ovationné en compétition que celui-ci. Et ce, avec raison.

Le film aborde les phénomènes du harcèlement moral et de l'autisme. Le jeune héros, Ben, autiste réfugié dans un mode virtuel, est la victime des écoliers déchaînés et cruels. Greg Timmermans incarne avec brio cet ado troublé au regard de feu. Puissant dans son rythme et sa démonstration, habile dans son mariage de scènes filmées et de jeux virtuels, coiffé d'un dénouement inattendu, Ben X , constitue jusqu'ici le meilleur morceau de la compétition. Des distributeurs québécois songent à l'acheter. On les y encourage!

Animateur, critique de cinéma à Studio Brussel, au départ jeune acteur, Nic Balthazar s'est fait offrir d'écrire un livre pour les jeunes qui ne lisent pas et a choisi d'adapter un fait divers. «Un adolescent autiste venait de se jeter en bas de la tour du château médiéval de la ville de Gand, après avoir été follement harcelé à l'école. Sa mère affirmait que rien ne pourrait jamais la consoler», explique-t-il. Nic Balthazar a écrit son roman en changeant le dénouement, accordant beaucoup d'importance aux jeux vidéo, vrais refuges de l'adolescent harcelé. Il en a tiré ensuite une pièce de théâtre. Le livre est devenu un outil pédagogique. La pièce a fait salle comble durant 250 représentations. Voici le film.

On conseille à ce roi du recyclage d'en faire ensuite un opéra ou un ballet, et il rit. Nic Balthazar est à Montréal avec son acteur Greg Timmermans. Tous deux sont allés rencontrer des autistes. Ils décrivent leur univers comme un monde de perceptions parallèles n'ayant rien à voir avec la folie, mais qui leur fait vivre une angoisse quotidienne à cause des codes sociaux pour eux étrangers et souvent hostiles.

«Le phénomène du harcèlement ne touche pas que les autistes, précise Nic Balthazar, et ses conséquences sont sous-évaluées. Il s'agit de véritable terrorisme psychologique, banalisé comme une plaisanterie, jugée mal acceptée par ceux qui en sont la cible. On assiste aujourd'hui au cyberharcèlement, avec des scènes de cruauté captées sur le vif puis envoyées sur la Toile.» Le comédien Greg Timmermans a nourri son personnage du contact avec des autistes. «J'ai puisé aussi dans l'autiste qui existe en chacun de nous», précise-t-il.

Le harcèlement psychologique constitue une thématique émergente dans cette compétition. L'Autre Garçon de l'Allemand Volker Einrauch, présenté samedi, dans un registre beaucoup plus convenu, abordait l'histoire d'un adolescent timide qu'un camarade d'école taxait sans relâche jusqu'au déclenchement du drame. Se parents cherchaient à le couvrir, et les catastrophes s'enchaînaient. Mais la mise en scène se révélait bien quelconque et l'histoire traînait en longueur.

En compétition, Ceinture noire, du Japonais Shunichi Nagasaki, a fait également chou blanc samedi. Cette histoire de karatékas recrutés en temps de guerre (1932) pour servir la patrie, au mépris des règles strictement défensives de cet art martial, était déparée par des effets trop appuyés, des péripéties prévisibles et plusieurs trous de scénarios. Des images soignées ne suffisaient guère à sauver le morceau.

Une vraie bourbe: la présentation en compétition samedi du court métrage allemand Wunderlich Privat sans sous-titres français ni même anglais. Faute de décrypter les dialogues, allez y comprendre quelque chose...

Croisé dans les corridors de l'Hôtel Hyatt, en fin de semaine, Serge Losique s'inquiétait de la fameuse fissure sous le magasin La Baie qui a entraîné la fermeture de plusieurs stations de métro du centre-ville. Rien pour accroître la fréquentation du festival. Avec une clientèle composée majoritairement de retraités qui ne courent pas le marathon, le système de transport en commun a intérêt à fonctionner. L'Impérial semble pâtir de la situation. À moins que le volet compétitif soit de moins en moins attirant, car au Quartier-Latin, avec des oeuvres hors concours, les projections sont plus courues. L'excellent I Served the King of England du Tchèque Jiri Menzel d'après un roman de Bohumil Hrabal, fable sur l'occupation allemande en Tchécoslovaquie au cours de la dernière guerre, faisait salle comble, samedi après-midi dans un Quartier-Latin qui bourdonnait comme une ruche.


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