Souvenirs de rentrée scolaire

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Denise Bombardier
Édition du samedi 25 et du dimanche 26 août 2007

Mots clés : rentrée scolaire, Québec (province)

Ceux qui qualifieront de nostalgique cette chronique auront raison. Et alors! Avant la rentrée scolaire à l'école primaire et à vrai dire à toutes les rentrées scolaires, même pendant l'adolescence tourmentée que fut la mienne avec des résultats scolaires à la hauteur de la tourmente, j'ai eu hâte. D'abord je quittais, à mon grand soulagement, l'univers familial conflictuel qu'était le mien. Je retrouvais mes camarades le coeur battant, ne sachant pas quelles seraient celles qui se retrouveraient dans la même classe que moi. Je rêvais d'avoir telle maîtresse, c'est ainsi qu'on les appelait, plutôt que telle autre et j'aimais à vrai dire ce suspense. Je revêtais mon uniforme, dont j'étais fière car il indiquait que je fréquentais l'école Hélène-Boulé et j'étais fière aussi de mon école, publique bien sûr. En première année, on nous souhaitait la bienvenue et on nous apprenait avant toute chose qui était Hélène Boulé, ce qu'on s'empressait de répéter à nos parents qui souvent l'ignoraient. Ainsi, à l'école on apprenait des choses pour devenir plus instruites. Ce qui était le voeu le plus cher de nos pères et mères.

Chaque jour de rentrée, réunies dans la grande salle, en rangs bien droits, habitées par une gravité que nous communiquaient nos maîtresses, nous assistions au salut au drapeau. «À mon drapeau, je jure d'être fidèle. À la race qu'il représente au Canada français, j'engage mes services. À sa foi, sa langue et ses institutions, je promets d'être dévouée.» À 6, 7 ou 10 ans, on comprenait plus ou moins, mais on avait conscience d'appartenir à un peuple. On ne se sentait pas tout seul. Puis, on chantait l'Ô Canada, dont on nous avait aussi appris les paroles et la musique, de même que les noms des compositeurs. Ça nous indiquait que les chants sont le fruit du talent des autres. Un bon départ pour respecter les droits d'auteur plus tard.

Dans la classe, on nous assignait une place, immuable pour l'année à moins d'une catastrophe. Puis, on distribuait des livres qu'il fallait rapidement recouvrir pour les protéger de l'usure. De plus, on nous ordonnait de ne pas écrire dedans. Les livres, c'était précieux et d'autres allaient s'en servir après nous. Tiens, il fallait penser aux autres. Et on commençait tout de suite à nous enseigner les matières. Le premier soir, on avait des devoirs et on avait appris au moins une nouvelle chose par période de cours. Personne ne nous avait questionné sur notre vécu, d'ailleurs on était plusieurs à vouloir plutôt l'oublier. À l'école, où régnaient la propreté et le calme, où ça ne criait qu'à la récréation, des cris de plaisir plutôt que des invectives, on se reposait des scènes d'injures de la maison. À l'école, on n'avait pas peur, seulement un peu des maîtresses trop sévères. On nous apprenait à bien parler, à bien prononcer, on nous disait que c'était une façon de se respecter.

À vrai dire, on parlait beaucoup du respect. On nous communiquait aussi la honte. Celle de faire des fautes de dictée, de ne pas avoir étudié ses leçons, d'avoir été impolie en mâchant du chewing-gum. On nous apprenait la honte de notre corps aussi, mais ça, on a fini par s'en débarrasser. On désirait savoir des choses pour ne plus éprouver de honte de notre ignorance. Pour se dépasser, bien plus que pour dépasser les autres. On nous donnait envie d'avoir un beau bulletin avec notre rang, notre moyenne et un mot d'encouragement ou d'avertissement. Les «queues» aimaient moins ça. On les connaissait, elles nous ressemblaient puisqu'on était toutes habillées de la même façon. J'ai connu des riches qui étaient à la queue. On le savait parce qu'elles se vantaient d'être riches. On s'en fichait parce qu'en classe la maîtresse affirmait que la vraie richesse, c'était de s'instruire.

Dans ce temps-là, il n'était pas question de parascolaire. On avait des cours de gymnastique parce que tout en haut du tableau noir, il y avait une phrase écrite à la craie verte: «Une âme saine dans un corps sain.» La gymnastique, nous, les élèves, on l'appréciait plus ou moins. On préférait jouer dehors: à la cachette, au drapeau, au baseball l'été, au hockey dans la ruelle l'hiver. Dans ce temps-là, les enfants jouaient. Aujourd'hui, ils ont des activités soumises à des horaires que n'auraient pas dédaigné les stakhanovistes.

Le jour de la rentrée, la soeur directrice se tenait debout sur le perron de la cour d'école entourée des maîtresses. De nos jours, les enfants sont attendus par des psychologues, des psychopédagogues, des orthopédagogues et même parfois des policiers et des travailleurs sociaux. Avant, le classement se faisait avec des lettres: A, B, C, D. Aujourd'hui, on a un grand choix de classes: régulière, spéciale, allégée, d'immersion, etc. Les enfants à problèmes peuvent aujourd'hui le vivre comme un statut social. «J'suis hyperactif, parce que j'ai été adopté. C'est le psy à l'école qui me l'a dit», a confié à sa mère Thomas, 12 ans. Quant aux enseignants, ceux dont le métier est seulement d'enseigner, ils détonnent un peu dans l'école de l'estime de soi, du vécu, de l'épanouissement du moi et des problématiques socio-psycho-culturelles. J'en connais même qui songent à partir pour l'Afrique. Paraîtrait que c'est moins compliqué d'enseigner là-bas.

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denbombardier@videotron.ca


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