Après le choc, la réalité quotidienne

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du samedi 25 et du dimanche 26 août 2007

Mots clés : Regroupement des professionnels pour la santé du sein, cancer, Maladie, Québec (province)

Le cancer ne se résume pas à un corps qui souffre. L’âme aussi est écorchée vive par ce choc sismique qui fait trembler jusqu’aux fondations de la cellule familiale. Le Dr Pierre Dubé est bien placé pour le savoir. Le chirurgien oncologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a vu défiler un nombre effarant de patientes dans son bureau jusqu’à ce qu’il mette son poing sur la table et dise: «C’est assez!» Peu de temps après naissait le Regroupement des professionnels pour la santé du sein (RPSS), un organisme unique en son genre dont la mission est justement de prendre le relais d’un système de santé soumis à une impossible rationalisation des ressources.

Ce n’est un secret pour personne, le système de santé roule sur du temps emprunté et l’oncologie n’échappe pas à cette règle. Certains spécialistes peuvent voir jusqu’à 60 patients en une seule demi-journée. Faites le compte, ça n’a pas de bon sens, s’insurge le Dr Dubé. «Quand je finissais mes journées, j’étais dégoûté. Je me sentais comme un technicien ultraspécialisé; je faisais de l’excellente médecine, mais je n’avais plus de temps pour aider mes patients. Quand vous achetez une voiture, le vendeur peut passer des heures avec vous, mais moi, je passais moins de cinq minutes à annoncer à quelqu’un qu’il n’y avait plus grand-chose à faire et qu’il allait bientôt mourir.»

Quand son amie, la psychologue Anne Sabourin, lui a proposé de développer une nouvelle manière de donner les soins, le chirurgien oncologue a tout de suite plongé. C’est ainsi qu’est né le RPSS, qui regroupe des médecins, des psychologues, des travailleurs sociaux et des infirmières dont l’objectif est de donner de l’information et du soutien aux patientes qui en ressentent le besoin. Pour l’instant, leurs services sont concentrés à Montréal, dans la Polyclinique attenante à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont où le RPSS a ses locaux, mais le Dr Dubé caresse l’espoir de couvrir tout le Québec. D’autant qu’il est convaincu qu’avec la connaissance vient le pouvoir. «La littérature nous montre que le fait d’être mieux informé et mieux appuyé fait en sorte que la tolérance au traitement est meilleure. Quand on est convaincu que le traitement reçu est le meilleur, les effets secondaires sont mieux tolérés, on baisse moins les doses de chimiothérapie et la survie est meilleure.»

Mais dans l’état actuel des choses, ce genre de suivi est impensable, déplore la cinéaste Renée Claude Riendeau, dont la vie a été bouleversée par un cancer du sein à 35 ans. «Quand on voit les médecins, ça va très vite. On a plein de questions, on manque de temps et on les oublie. On va ensuite sur Internet et on fait plein de folies. On panique parce qu’on n’est pas capable de tout absorber. Les séances d’information du RPSS comblent notre soif d’information et on a la liberté de poser toutes les questions qu’on souhaite.»

Renée Claude Riendeau admet qu’au départ elle a beaucoup hésité à faire appel au RPSS. «J’appelais ça de “la psychologie de Jean Coutu” et je n’étais vraiment pas sûre de vouloir essayer.» La cinéaste se méfiait particulièrement du bouche à oreille, fréquent dans les groupes de soutien. «Le RPSS est différent. Il défend une approche holistique, mais il est littéralement porté par des professionnels de la santé qui viennent temporiser tout ça. On apprend à gérer l’angoisse, le stress, à vivre avec la maladie et à préparer l’avenir.»

Pour l’instant, la majeure partie des quelque 150 000 $ à 200 000 $ nécessaires au bon roulement du RPSS provient des compagnies pharmaceutiques, qui se font toutefois très discrètes, à la demande expresse du Dr Dubé qui veille au grain. Mais des particuliers et des petites compagnies ont commencé à prendre le relais, bien timidement toutefois. Claire Obscura, la boîte de production de Renée Claude Riendeau et de son complice Bernar Hébert, est de ceux-là. Le printemps dernier, ils ont produit un calendrier dérivé de leur documentaire L’Art du nu au profit du RPSS.

«Même avant d’être malade, nous voulions consacrer une part de nos énergies à la lutte contre le cancer, raconte Mme Riendeau. On travaillait sur le corps et il me semblait intéressant d’en faire profiter un organisme dédié à la recherche ou au soutien.» Quand le diagnostic est tombé, à quelques semaines seulement du début du tournage, le vertige a été très grand. «J’avoue que ça m’a un peu déstabilisée. Ma préoccupation pour le cancer avait quelque chose de prémonitoire. Inutile de dire que les artistes autour de moi ont été doublement coopératifs.»

Maintenant en rémission, Renée Claude Riendeau continue de collaborer avec le RPSS, avec qui elle a noué des liens solides. Comme le Dr Dubé, elle aimerait toutefois que les patients qui souffrent d’un autre type de cancer puissent jouir du même soutien que celui développé pour les femmes atteintes du cancer du sein. «Le Québec compte plusieurs organismes généraux, mais c’est très laborieux à organiser parce que les cancers commandent des besoins différents et on n’arrive pas à aller en profondeur», regrette le Dr Dubé.

Dans l’attente d’un regroupement sur mesure pour chaque cancer, le chirurgien oncologue planche sur la rédaction d’un cartable destiné aux femmes qui auront à composer avec un cancer du sein. Au Québec, elles seront 5900 à recevoir ce diagnostic cette année, 1400 en mourront. «L’idée, c’est de rassembler beaucoup d’informations à tous les niveaux, de la maladie elle-même à la sexualité en passant par des outils de relaxation ou de soutien.» Leur ambition: en faire un outil personnalisé offert gratuitement dès que le couperet tombe. Parce que la vie, elle, continue.


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Bonne approche! - par Murielle Beaulieu
Le dimanche 26 août 2007 14:00

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