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Afghanistan: une autre crise de la conscription...
Le nombre de morts ne change rien au fond de l'affaire. Quand on juge les colonisations du 16ième siècle, celles des Espagnols et des Portugais par exemple, on voit bien que derrière les nobles motifs allégués, grouillaient en fait de multiples intérêts plus ou moins avouables. Les Afghans n'ont jamais réclamé la présence de nos héros auto-proclamés. Notre siècle a inventé le colonialisme humanitaire pour se donner bonne conscience et violer des cultures fort anciennes en y important de force des valeurs étrangères. Aux yeux des Afghans, les Canadiens sont une armée d'occupation à laquelle ils ont le devoir sacré de résister. La combattre relève d'un instinct dicté par l'amour de leur patrie et de leur tradition culturelle.
On a relevé à satiété l'opposition instinctive des Québécois à la Mission (un bel anglicisme). N'est-on pas frappé par la ressemblance du cas présent avec les crises du passé quand le Gouvernement d'Ottawa, subconsciemment perçu comme ennemi et étranger, a envoyé au carnage des deux grandes guerres nombre de Québécois conscrits de force? Cette violence que l'histoire n'a pas réglée ressurgit dans la mémoire collective à propos de l'envoi des soldats du 22ième en Afghanistan. Certes, nos bons garçons sont entrés dans l'armée canadienne pour se caser, pour des avantages de métier et de carrière, et dans certains cas pour y trouver le symbole de l'aventure machiste. Peu portés aux subtilités de l'intellect, ils n'ont pas pressenti ni compris que leur engagement était incompatible avec leur identité québécoise, et que leur « métier » pouvait les amener à combattre le Québec lui-même, - que ce choix de vie impliquait cela.
Une fois conscrits, nos mercenaires subissent un lavage à l'anglais, au fédéralisme, aux valeurs-canadiennes. Il suffit de les entendre pour se convaincre de la nocivité de cette déformation pour l'identité, le langage et la vision géopolitique. Ils reviendront vivants ou morts, dans ce cas, par Trenton, au doux son des cornemuses, des discours en anglais et enveloppés dans un drapeau qui n'a rien du fleurdelisé de leurs origines.
Certes, il ne suffit pas de sauter sur une mine pour devenir un héros, et ce déluge d'émotions, de discours stéréotypés , pourtant, sert d'écran à un drame réel auquel nous sommes sensibles. Quel gâchis que celui d'existences prometteuses fourvoyées dans une condition de mercenaire, et en grand danger d'être sacrifiées à une cause douteuse! Les regrets et le deuil, si sincères qu'ils soient, ne font pas la justesse de la cause.
Hubert Larocque.
