Opinion

Libre-Opinion: Bienvenue dans Charlevoix, Mme Marois!

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Serge Gauthier, Historien et ethnologue, La Malbaie

Édition du vendredi 24 août 2007

Mots clés : Pauline Marois, Parti politique, Élection, Québec (province)

Savez-vous vraiment, Mme Marois, en quel pays vous prenez racine en vous présentant dans la région de Charlevoix?

Le savez-vous, Charlevoix est une terre d'histoire? Tant de toponymes issus du XVIe et du XVIIe siècle le rappellent: Île aux Coudres, La Malbaie, Baie-Saint-Paul. Charlevoix porte même le nom que l'historien jésuite Pierre-François-Xavier (1682-1761) de Charlevoix. Terre de mémoire donc, et pourtant, le Comité des Fêtes du 400e de Québec a exclu des festivités la région et, de même, La Malbaie, qui fête aussi le 400e de la première visite de Samuel de Champlain sur son territoire. Dans Charlevoix, êtes-vous certaine d'être bien dans la région de Québec Mme Marois?

Charlevoix est aussi un pays engagé en faveur de la justice sociale. En 1942, Thérèse Casgrain (1896-1981) osait se présenter dans la même circonscription que vous en défendant le droit de vote des femmes. Laure Gaudreault (1889-1975), fondatrice du premier syndicat d'institutrices rurales du Québec en 1936, allait passer sa vie à lutter en faveur de ces femmes qui subissaient une misère imméritée. Elle disait: «Ce n'était pas le bon vieux temps, on s'est arraché le coeur à le changer.» Pourtant, en 2007, des employés d'hôtel de Charlevoix gagnent encore moins cher que ceux des centres urbains sous le seul prétexte qu'ils habitent Charlevoix...

Néanmoins, ici dans Charlevoix, les gens sont plutôt solidaires, car ils ont lutté et luttent encore pour continuer de vivre dans cette région, le plus souvent très modestement plutôt que dans le luxe des puissants. Ils n'accepteront pas de tickets modérateurs dans les hôpitaux et rien du discours calculé des lucides éclairés cherchant à rogner sur leurs droits sociaux difficilement obtenus. Serez-vous des nôtres sur cette question, Mme Marois? Nous l'espérons bien...

Charlevoix est un pays libre. Lors du référendum de 1995, 56 % des Charlevoisiens ont opté pour le Oui. Le choix du pays est fait ici. Il est majoritaire, il attend le réveil des autres pays du Québec. Le théologien dominicain Vincent Harvey (1923-1972), originaire de Charlevoix, disait même: «Les gens de Charlevoix ont un pays dans le ventre. Ce n'est pas Montréal, c'est la Côte-des-Mouches, la Côte-des-Jalands, le ruisseau Jureux, le Cap-à-l'Aigle, la Baie-des-Rochers, l'île aux Coudres, les Éboulements, le lac de la Perdrix, etc. Jamais personne n'a nommé dans sa langue tant de terres et tant d'eaux.»

Oui, un pays dans le ventre! Même le premier ministre Robert Bourassa (1933-1996) disait en 1985 que «Charlevoix est peut-être le comté le plus québécois du Québec». Et il n'avait pas tort! Alors, il faut attendre de vous, Mme Marois, cet élan pour le pays et dès maintenant. Ce pays dans le ventre, vous devrez le mener à terme et le plus tôt possible. Les gens de Charlevoix comptent sur vous pour témoigner de cette ferveur nationale qui nous caractérise si bien.

Je vois le fleuve Saint-Laurent dépossédé de ses goélettes si chères aux anciens et au cinéaste Pierre Perrault (1927-1999). Je vois la rivière Malbaie où les espoirs du Père Menaud ne se sont concrétisés pour l'instant qu'en un simple projet touristique. Et je me dis que vous avez beaucoup à apporter au pays de Charlevoix et du Québec, Mme Marois, si vous savez bien naviguer, et tant pis pour les sirènes de l'Action démocratique du Québec qui s'opposent à vous comme un navire sans gouvernail peuplé de sans-pays.

Nous avons, ici dans Charlevoix, un pays dans le ventre et pourquoi ne pas l'aider à naître enfin! Il n'en sera que plus beau et plus accueillant! Bienvenue dans Charlevoix, Mme Marois!


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