Patrice Roy va rejoindre son caméraman blessé en Allemagne

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PC
Édition du vendredi 24 août 2007

Mots clés : Charles Dubois, Patrice Roy, Média, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Charles Dubois a été amputé sous le genou

Kandahar, Afghanistan -- Encore atterré par les événements tragiques de la veille, le journaliste Patrice Roy s'apprêtait à quitter aujourd'hui la base de Kandahar en direction de l'Allemagne, où il demeurera un certain temps au chevet de son collègue caméraman Charles Dubois.

M. Dubois a dû être amputé sous le genou après avoir été blessé grièvement dans l'attaque à l'explosif qui a tué deux soldats canadiens et un interprète afghan dans le sud de l'Afghanistan, mercredi soir. Un troisième soldat a subi diverses blessures.

Même si leur état n'inspire plus aucune crainte, M. Dubois et le militaire blessé devaient être transférés à l'hôpital militaire américain de Landstuhl, en Allemagne. Leur vol, d'abord prévu pour hier soir, a été reporté à aujourd'hui.

Radio-Canada a précisé que M. Dubois sera traité à l'hôpital militaire de Landstuhl jusqu'à ce que son état lui permette d'être rapatrié au Canada. Sa conjointe et son frère seront à son chevet. Pour sa part, M. Roy sera sous peu de retour au Canada.

Affichant une simple éraflure à la tempe droite, le chef de bureau de Radio-Canada à Ottawa a choisi de mettre fin à son séjour en Afghanistan pour accompagner son collaborateur.

«Ma mission, c'était d'entrer [en Afghanistan] avec Charles et d'en sortir avec Charles. Il a besoin de soins et je vais partir avec lui. Au-delà de la mission journalistique, j'avais un engagement moral [envers Charles Dubois]», a confié M. Roy.

MM. Roy et Dubois étaient à bord du véhicule blindé léger (VBL) qui a été soufflé lorsque sa roue arrière gauche a touché une mine d'une forte puissance vers 18h20 (heure locale) mercredi, en plein champ de bataille à 50 km à l'ouest de la ville de Kandahar, dans le district de Zhari, où se terrent des combattants talibans.

L'explosion a coûté la vie à deux militaires de la base de Valcartier, le caporal-chef Christian Duchesne et l'adjudant-maître Mario Mercier.

Cet incident porte à 69 le nombre de militaires qui ont perdu la vie en Afghanistan depuis le début de l'intervention du Canada dans ce pays en 2002.

L'explosion est survenue au terme d'une journée extrêmement violente au cours de laquelle les insurgés n'ont donné aucun répit aux soldats du groupement tactique du 2e bataillon du Royal 22e Régiment.

Menée conjointement avec les Forces nationales de sécurité afghanes (FNSA), l'opération baptisée «Eagle Eye» (oeil de l'aigle) visait à reprendre des mains des talibans une colline surplombant une vaste région de l'ouest de Kandahar. Pendant plusieurs heures, les talibans ont tenté de freiner l'avancée des Canadiens à coups de mortiers, de grenades propulsées par fusée et de tirs d'armes légères. Alors qu'aucun Canadien n'a été blessé pendant les échanges, les autorités militaires faisaient état jeudi soir de «plusieurs pertes» du côté ennemi.

L'opération armée de mercredi a permis aux troupes canadiennes et afghanes de chasser les talibans de leur position. L'explosion fatale a eu lieu au moment où le véhicule blindé dans lequel se trouvaient les victimes se dirigeait vers le sommet de la colline nouvellement prise. Les occupants du VBL touché ont joué de malchance puisqu'au moins cinq autres véhicules blindés sont passés avant eux sur la même mine, sans qu'elle n'explose.

«Je préparais la signature de mon reportage pour dire que l'opération avait été un succès. Au moment où j'écrivais, il y a eu une immense explosion, j'ai été projeté par l'arrière. Je me suis réveillé peut-être huit secondes plus tard, Charles était à côté de moi et les autres avaient été soufflés à l'extérieur du tank», a témoigné le journaliste âgé de 44 ans.

«Il n'y a aucun entraînement qui peut nous préparer à vivre ça», a concédé pour sa part l'adjudant chef Pierre Marchand au sujet du drame de la veille.

«Mais les deux militaires sont morts en faisant le travail qu'ils aimaient», a-t-il ajouté.

Outre la mort des deux soldats et d'un interprète ainsi que les blessures graves subies par un caméraman, l'opération «Eagle Eye» a été un succès sur toute la ligne, a affirmé en point de presse le lieutenant colonel Alain Gauthier, commandant du groupement tactique du 2e bataillon du Royal 22e Régiment.

«L'opération a été un franc succès. Nous avons atteint nos objectifs, nous avons sécurisé un corridor pour faire la liaison avec les autorités afghanes et "pousser" des projets de reconstruction», a soutenu l'officier.

Le district de Zhari, où grouillent les insurgés et les présumés trafiquants de drogue, est depuis peu dans le collimateur de l'armée canadienne, qui tente d'y établir «une bulle de sécurité» pour protéger le passage des convois.

Les insurgés talibans sont l'ennemi désigné, mais d'autres groupes sont aussi dans la bataille, a indiqué le lieutenant colonel Gauthier.

«Il y a un groupe terroriste impliqué dans le trafic de drogue qui s'attaque non seulement aux troupes de l'ISAF -- la Force internationale d'assistance à la sécurité -- mais aussi aux forces de sécurité afghanes et aux civils», a-t-il déclaré.


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