Bluff, le film d'ouverture du 31e FFM - Stephen Harper pris à partie
Mots clés : Festival et fête, Bluff, FFM, Cinéma, Montréal, Québec (province)

Hier, Serge Losique a devancé son hommage (prévu pour samedi) à la comédienne française Sophie Marceau, qui est arrivée resplendissante sur la scène. Avant la projection du film d’ouverture, elle a dit recevoir ce Grand prix des Amériques comme celui du monde de la découverte.
L’équipe de Bluff s’était réunie hier en bouquet pour la toute première fois. Dans ce film à volets multiples, les comédiens n’avaient joué que dans leur propre sketch (deux jours chacun) et venaient découvrir la partition d’ensemble.
Bluff avait déjà été projeté en matinée au beau Cinéma Impérial dans une salle autrement plus clairsemée que le Théâtre Maisonneuve lors du gala nocturne. Quelques fidèles aux cheveux blancs, énormément de sièges vides pour la séance publique. On s’en étonnait d’autant plus que Bluff avait déjà reçu une importante couverture médiatique, souvent enthousiaste qui plus est. Mais le film s’adresse d’abord à une clientèle assez jeune, absente hier. Les applaudissements du parterre matinal se révélaient aussi épars que les spectateurs.
Si le Festival des films du monde devait égarer l’appui de son public, sa carte maîtresse, il recevrait un coup plus mortel qu’en croisant le fer avec Téléfilm. Il est certain que sa clientèle vieillit. Par ailleurs, cette année, le laissez-passer «Cinéphile» coûte 300 $; quant à la carte «Cinéphile-étudiant», elle est désormais à 200 $, des prix jugés prohibitifs par plusieurs festivaliers.
Gageons que la projection officielle en soirée récolta un accueil plus enthousiaste que celle du jour.
Bluff devrait en tous cas séduire des clientèles jeunes et urbaines, dès sa sortie en salle le 7 septembre. Les cinéastes ont démontré qu’il est possible de faire un film délicieux et rythmé sans l’appui des institutions SODEC et Téléfilm. Ils n’ont reçu que 300 000 $ en argent liquide pour réaliser cette comédie à plusieurs volets, à laquelle d’excellents comédiens ont prêté leur concours.
Réalisé avec une caméra numérique, Bluff ne brille pas par la qualité de ses images, dont la précision n’est pas toujours au rendez-vous. On voit que le film n’a pas été tourné avec une pellicule 35 mm. Mais le scénario souvent brillant, les répliques amusantes, la musique tonique et joyeuse, l’excellent jeu des acteurs qui ont pris manifestement un plaisir fou à l’aventure, confèrent à ce Bluff un charme prenant.
On pense à Québec-Montréal de Ricardo Trogi, pour l’humour absurde et souvent grinçant, pour les nombreuses histoires entremêlées et la présence commune de trois acteurs dans les deux films: Isabelle Blais, Jean-Philippe Pearson et Pierre-François Legendre.
Dans un appartement qui se transforme au gré du temps, les mésaventures des locataires successifs s’entrecroisent pour dénouer une enquête.
Un voleur (Marc Messier) organise un vol chez lui afin d’épater son partenaire; un jeune couple (Isabelle Blais, Alexis Martin) cherche un tableau perdu pour lequel un inconnu est prêt à payer cher; un boxeur retraité (Rémy Girard) affronte le nouveau fiancé de sa fille sur son ring domestique; un étalon (David La Haye) accepte d’être géniteur pour un couple dont l’homme (Emmanuel Bilodeau) est infertile; le propriétaire du logement (Raymond Bouchard) tente d’embobiner un ouvrier trop honnête; un éternel étudiant (Simon-Olivier Fecteau) refuse l’entrevue qui lui permettrait d’entrer sur le marché du travail. Tout cela et plus encore se joue en une unité de lieu, mais non de temps. On salue au passage la direction artistique, avec les métamorphoses si réussies de l’appartement, qui change de gueule d’une fois à l’autre.
Certains segments sont très réussis: les voleurs, la quête du tableau, le combat de boxe, le proprio et son ouvrier. Rémy Girard et Marc Messier apparaissent particulièrement inspirés. Mais le numéro de l’étudiant stressé passe moins la rampe, sans doute parce que le personnage se retrouve trop souvent seul, sans interactions avec d’autres. Dans l’ensemble, cet appartement, chaque fois repeint et transformé, devient une piste de comédie fort rigolote et sympathique. Ce réjouissant Bluff, qui, mine de rien, offre un petit portrait décapant de société, culmine sur un bon punch inattendu.
Excellent morceau de départ pour un FFM dont le prochain défi est de remplir ses salles au long des dix prochains jours... et de retrouver aussi les faveurs de Téléfilm, bien entendu.
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