Mission réussie
Mots clés : éducation, institution, anniversaire, Enseignement, Cégep, Québec (province)
Les collèges devaient permettre de démocratiser l'enseignement, de décloisonner les voies de formation et d'offrir un lieu de transition pour les jeunes

Photo: Jacques Grenier
Quarante ans plus tard, force est de constater qu'une part importante du mandat a été remplie. De 16 % qu'il était en 1961, le taux d'accès aux études collégiales a grimpé à près de 60 %. La proportion d'une génération qui accède à l'université a elle aussi grimpé de 7 % qu'elle était dans les années 1960 à 42 % aujourd'hui. Les filles ont particulièrement répondu à l'appel, si bien qu'elles sont aujourd'hui largement majoritaires dans les collèges.
Ce bilan n'empêche pas le questionnement existentiel sur la pertinence des cégeps de resurgir périodiquement. Le dernier épisode en lice remonte à il y a à peine quatre ans, lorsque la Fédération des commissions scolaires (FCSQ) avait proposé d'abolir le réseau pour ajouter une année au secondaire et une autre à l'université. La formation professionnelle et technique aurait quant à elle été regroupée sous une même enseigne, sous la responsabilité des commissions scolaires. Le projet est cependant mort dans l'oeuf, balayé sous le tapis lors du forum organisé en 2004 par le ministre de l'Éducation de l'époque, Pierre Reid, sur l'avenir des cégeps.
« Si cela n'existait pas, il faudrait l'inventer ! »
Parmi les principales critiques du système, on invoque l'argument voulant que le cégep laisse trop de place aux changements d'orientation, que des éternels étudiants puissent s'y complaire, virevoltant impunément d'un programme à l'autre. Cette critique attaque de plein front l'idéal même du cégep décrit dans le rapport Parent. On souhaitait précisément permettre le passage d'une formation à l'autre, offrir une période de maturation aux jeunes adultes en devenir.
Si le collège n'existait pas, il faudrait l'inventer, réplique le président de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher. «Des États américains, certaines provinces canadiennes, particulièrement la Colombie-Britannique, cherchent un tel lieu de transition, qui chez nous a lieu au collège. Ce que plusieurs décrivent comme maudit, c'est certainement une des grandes réalisations du collège québécois», argue M. Boucher, précisant que près de la moitié des nouveaux collégiens ne savent pas encore ce qu'ils veulent faire plus tard.
Il ajoute cependant que tout un train de mesures ont été adoptées ces dernières années pour accroître la réussite et réduire la durée des études, tels le recours au mentorat, les cours de mise à niveau, les centres d'aide dans différentes matières et les sessions d'accueil et d'intégration.
Défis
Tout ne va cependant pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, nuance le président de la Fédération des cégeps, brandissant le fameux sous-financement chronique de 285 millions annuellement.
Pointant du doigt les années de compressions dans les finances publiques, M. Boucher fait valoir que l'État a coupé entre 1993 et 1998 quelque 265 millions. «Tous les services liés à la vie étudiante, au soutien psychologique, à l'orientation, à l'encadrement ont été laminés», souligne M. Boucher. Pourtant, le besoin d'aide individuelle aux étudiants est criant. «Il y a 20 ans, on ne parlait pas de suicide. En 2005-06, il y a eu 122 tentatives et 15 suicides. On ne peut laisser aller. [...] À l'image de la société, nos milieux ont éclaté», poursuit le gestionnaire. La baisse démographique et l'exode rural laissent aussi présager des jours plus ardus pour les collèges, particulièrement ceux situés en région.
Celui qui préside l'organisme chapeautant les cégeps depuis une vingtaine d'années est par ailleurs convaincu que le réseau collégial mériterait d'être davantage mis à profit. L'institution pourrait par exemple fonctionner à l'année longue, remettre au goût du jour la formation à temps partiel, ouvrir davantage ses portes aux travailleurs qui souhaitent retourner sur les bancs d'école. «On laisse bon an mal an 4000 à 5000 adultes en plan en formation continue, parce que nous ne disposons pas d'une enveloppe ouverte pour financer leur formation», plaide M. Boucher, qui pense également que les cégeps pourraient faire davantage pour tisser des liens avec les entreprises, tant au chapitre de la formation que de la recherche appliquée.
Réseau mal aimé? Les cégeps entonnent chaque année la litanie du petit ordre d'enseignement qui aimerait bien tirer son épingle du jeu, lorsque pointent les espoirs de réinvestissements en éducation. «Il faut que le gouvernement comprenne la place centrale que nous occupons. Nous sommes le plus petit des trois réseaux, mais à cause de la fonction de transition, de l'importance de la formation technique pour le marché du travail, le besoin de développement économique du Québec passe par les collèges. Il va falloir que le gouvernement nous donne les moyens de continuer de se développer, de s'ajuster aux nouvelles réalités», conclut M. Boucher.
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