Montebello: Harper se paie la tête des manifestants

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 21 août 2007

Mots clés : George W. Bush, Stephen Harper, Mexique, États-Unis (pays), Canada (Pays)

Plus d'un millier de manifestants ont défié les forces de l'ordre, hier à Montebello.

Photo: Jacques Nadeau

Montebello -- Les quelque 1500 manifestants s'étant déplacés à Montebello pour exprimer leurs inquiétudes à l'endroit du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP) n'auront pas ému le premier ministre Stephen Harper. Celui-ci s'est même moqué de leur nombre dans ce qui ressemblait presque à une invitation à faire mieux aujourd'hui.

M. Harper a donné le coup d'envoi hier après-midi à la rencontre de deux jours avec ses homologues américain et mexicain, à Montebello, coquet village lové sur la berge québécoise de la rivière des Outaouais, entre Montréal et la capitale. Le sommet s'est déroulé avec les mesures de sécurité exceptionnelles auxquelles les visites du président américain nous ont habitués.

Un festival d'hélicoptères a battu son plein, les appareils de toute taille survolant le site à des fins de surveillance, d'autres constituant le convoi de George W. Bush. Des véhicules marins ont aussi patrouillé sur la rivière. Même à l'intérieur du périmètre de sécurité ceinturant l'hôtel, les déplacements étaient strictement contrôlés. Les journalistes, qui avaient subi des contrôles à Ottawa avant d'être convoyés par navette jusqu'à Montebello, ont été circonscrits dans une salle de curling et n'ont pas eu le droit de quitter leur enclos, sauf en groupe sous escorte policière pour les événements officiels.

Rencontre de 90 minutes

George W. Bush, le premier à arriver sur le site, a été accueilli sous le regard des caméras par M. Harper. Là, les deux hommes se sont fait demander s'ils avaient eu l'occasion de jeter un oeil sur les manifestations se déroulant aux pourtours du périmètre de sécurité (manifestations retransmises en circuit fermé dans l'hôtel). M. Harper ne s'est pas fait prier pour lancer son commentaire aux accents de défi.

«J'ai entendu dire que ce n'est rien, a-t-il lancé. Quoi, il y en a quelques centaines? C'est pitoyable.» M. Bush, qui se trouvait à ses côtés, s'est contenté de sourire aux caméras avant de tourner les talons avec son hôte pour entamer leur rencontre bilatérale.

La rencontre a finalement duré 90 minutes, rencontre à laquelle, outre les chefs de gouvernement, sept autres conseillers ont participé de part et d'autre. M. Harper avait notamment à ses côtés son ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, mais pas son tout frais ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier.

La rencontre, qualifiée de «bonne» par la directrice des communications du premier ministre, Sandra Buckler, a surtout porté sur les questions de contrôle des frontières. Le premier ministre a aussi abordé la question de la souveraineté canadienne en Arctique de manière très générale. Les États-Unis considèrent que le passage du Nord-Ouest devrait être une voie navigable internationale.

Khadr, pas au menu

Le premier ministre a choisi de ne pas aborder le cas d'Omar Khadr, ce jeune Canadien emprisonné à Guantanamo et pris dans un imbroglio juridique. L'homme, arrêté en Afghanistan parce qu'il aurait prétendument attaqué des soldats américains, ne peut être jugé depuis qu'une commission militaire a déterminé que les tribunaux militaires spéciaux mis en place pour le faire n'en ont pas la compétence. L'opposition, en particulier le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, réclamait de M. Harper qu'il exige un procès juste pour le Canadien. À défaut de quoi, M. Dion voudrait que le Canada demande son retour au pays. «Cela n'a pas surgi dans la conversation», a simplement expliqué une haute fonctionnaire hier présente pendant la rencontre.

Les deux leaders ont aussi discuté de l'Afghanistan, M. Harper répétant ses propos publics, selon cette haute fonctionnaire, à savoir qu'«il faudrait obtenir l'appui du Parlement pour prolonger la mission» au-delà de février 2009. La fonctionnaire a ajouté que «la recherche d'un appui parlementaire ne signifie pas nécessairement que nous quittons». Invitée à clarifier ses propos, elle s'est désistée en affirmant qu'elle ne voulait pas faire de conjectures sur ce que ferait le Canada après février 2009.

Notons que le ministre Day a profité de la température clémente pour effectuer une sortie à vélo avec le président pendant la journée. Hier soir, MM. Bush et Harper ainsi que le président mexicain Felipe Calderón ont soupé ensemble, en compagnie de trois ministres ou conseillers chacun. Les détails de ce repas seront connus ce matin.

Les trois leaders recevront alors un rapport sur la compétitivité de 30 chefs d'entreprises canadiens, américains et mexicains. Ils entameront ensuite leur rencontre officielle à trois. Les attentes américaines pour ce sommet sont limitées. Lors de la séance d'information quotidienne de la Maison-Blanche hier, un porte-parole du président, Gordon Johndroe, a indiqué qu'il ne s'attendait «à aucune annonce importante émanant de cette rencontre. C'est seulement la poursuite de discussions que nous avons sur une base régulière avec nos voisins les plus proches».

Qu'à cela ne tienne, l'opposition s'organise quand même. Le chef du NPD, Jack Layton, a inauguré une campagne de dénonciation du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité qui le mènera à Regina, Sault St. Marie, Halifax et Fredericton. Un forum citoyen pour démystifier le PSP sera organisé dans chacune de ces villes, et d'autres à venir. «Harper scelle l'abandon total de notre souveraineté, a dit M. Layton. Nous l'avons vu avec le bois d'oeuvre et la campagne en cours pour la privatisation de nos services publics et nos politiques. Comme les libéraux avant lui, Harper fait fi de la volonté du Parlement et exclut les Canadiens du processus décisionnel.»


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