Forêt boréale: Greenpeace cible trois grandes forestières

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 21 août 2007

Mots clés : environnement, Abitibi-Consolidated, Greenpeace, Bois, Forêt, Québec (province)

Greenpeace a attaqué hier trois des principaux exploitants forestiers du Québec et de l'Ontario -- Abitibi-Consolidated, Bowater et Kruger -- en s'en prenant à l'image de leurs principaux clients internationaux, que le groupe environnemental international rend complices de la «destruction en chaîne» de la forêt boréale canadienne.

Dans un rapport publié hier et distribué à l'échelle internationale, Greenpeace réclame des trois exploitants forestiers qu'ils cessent immédiatement leurs activités de coupe dans les parties de la forêt boréale encore intactes où elles détiennent des permis d'exploitation et qu'ils adoptent les normes d'exploitation du Forest Stewardship Council (FSC), une norme conçue par les grands groupes écologistes internationaux.

Quant aux clients commerciaux de ces trois grandes sociétés forestières, auquel s'ajoute la société SFK Pâtes qui utilise la matière première d'Abitibi-Consolidated, on leur demande de modifier leurs politiques d'achat de façon à éliminer ou à marginaliser les exploitants forestiers québécois et ontariens qui ne sont pas certifiés par le FSC en cessant «temporairement d'acheter de la pâte, du papier et des produits de bois» chez eux pour plutôt donner préséance à leurs concurrents locaux aux standards plus élevés.

Deux exploitants forestiers québécois et ontariens trouvent grâce aux yeux de Greenpeace, soit Domtar et Tembec, parce qu'ils ont commencé à faire certifier une partie de leurs parterres de coupe en vertu de la norme FSC.

Greenpeace estime par ailleurs que des sociétés comme Ikea et Home Depot, qui priorisent l'achat et la vente de bois certifiés FSC, sont des modèles que les autres grands clients des trois grandes forestières québécoises auraient intérêt à imiter.

Pas de boycottage

La porte-parole de Greenpeace, Mélissa Filion, a insisté sur le fait que son groupe ne lançait pas hier un mot d'ordre de boycottage des produits de ces grands acheteurs internationaux de bois ou de papier québécois et ontariens. En réalité, le groupe environnemental vise plutôt à écorcher leur image pour qu'ils forcent leurs fournisseurs à adopter des mesures plus rigoureuses que celles des gouvernements la plupart du temps assimilés au rôle de défenseurs inconditionnels des papetières et forestières.

Les grands acheteurs que Greenpeace rend complices du «pillage d'une des dernières forêts anciennes du monde» sont Wal-Mart, Best Buy, Coles/Indigo Books, Rona, Sears, Toys «R» Us, Harlequin Books, Time inc., Pinguin Books US, Waz Essen, Office Max, Hachette USA, Axel Springer, etc. La liste et le rapport peuvent être consultés sur le site Internet du groupe environnemental.

Malgré la double crise qui frappe l'industrie canadienne du bois -- structurelle avec ses fusions et rationalisations et conjoncturelle avec le ralentissement de la construction aux États-Unis --, Greenpeace estime que les grands exploitants forestiers doivent maintenant cesser d'exploiter à tout le moins les parties de la forêt boréale québécoise et ontarienne qui ont échappé jusqu'ici à l'exploitation lourdement mécanisée et aux coupes à blanc. Il ne resterait, selon Mélissa Filion, que 15 % de la forêt boréale québécoise qui n'aurait jamais été coupée et 18 % en Ontario. Et cette urgence, dit-elle, est aggravée par le fait que le Québec n'a jusqu'ici protégé contre le développement industriel que 5 % de ses forêts et l'Ontario, 9 %. En comparaison de l'objectif de conservation de 12 % préconisé à l'échelle internationale, il faut, dit-elle, passer à l'action immédiatement sous peine de rater complètement ces objectifs, ce qui pourrait notamment menacer de disparition le caribou des bois en Ontario et au Québec d'ici quelques décennies.

Riposte

La riposte des industriels a été immédiate et musclée. Guy Chevrette, président et directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), a accusé Greenpeace d'être carrément «irresponsable» parce qu'elle utilise «la peur et le chantage» pour faire valoir son point de vue.

«La suspension complète des activités forestières en forêt boréale et l'action menée auprès des clients pourraient ni plus ni moins que condamner à mort plusieurs communautés dont l'économie repose sur la mise en valeur de la ressource forestière», a déclaré l'ancien ministre des Ressources naturelles.

En entrevue au Devoir, il a expliqué que la réédition des stratégies utilisées par Greenpeace et d'autres grands groupes internationaux pour sauver la forêt du Grand Ours en Colombie-Britannique auraient «encore plus d'impacts ici au Québec en raison de la double crise, conjoncturelle et structurelle, que traverse l'industrie sans compter qu'elle laisserait sur le carreau des dizaines de petites municipalités dont l'économie est déjà fragilisée par la situation actuelle». Le directeur du CIFQ estime que la crise qui frappe l'industrie forestière pourrait se poursuivre encore un an au moins et que le nombre de pertes d'emplois pourrait atteindre 20 000.

Guy Chevrette n'est pas d'accord, non plus, avec les chiffres mis en avant par Greenpeace qui soutient que seulement 15 % de la forêt boréale québécoise et 18 % de la forêt ontarienne ont été intouchées jusqu'ici: «Il suffit de la survoler en avion ou en hélicoptère pour réaliser que les forêts surannées, celles que l'âge rend particulièrement vulnérables aux épidémies et aux feux de forêt, sont beaucoup trop nombreuses. Deux ou trois fois plus que le prétend Greenpeace. Je pense qu'il est préférable de les récolter au profit des humains plutôt que de les laisser disparaître.»

Quant à l'adoption des normes du FSC, que seuls Tembec et Domtar privilégient présentement, Guy Chevrette estime «que ce n'est pas à Mélissa Filion de dire aux industriels ou aux régions comment exploiter les forêts: le gouvernement québécois accepte les trois certifications disponibles au Canada, soit celle du CSA et du SFI (Sustainable Forest Initiative)».

Partage d'objectifs

De son côté, Isabelle Des Chênes, la directrice des communications de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC), estime que les forestiers canadiens «partagent les mêmes objectifs de conservation» que Greenpeace et que leurs pratiques en font foi.

Les Nations Unies, dit-elle, ont confirmé dans le Rapport sur la situation des forêts du monde (mars 2007) que le taux de déforestation au Canada est de zéro, ce qui signifie que tout ce qui est exploité est aussi en mode régénération, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays. Et le Canada, dit-elle, a conservé 91 % de son couvert forestier d'origine, soit plus que tout autre pays. Enfin, un quart seulement des forêts canadiennes est exploité commercialement, notamment parce que plus de 70 % de la forêt boréale est inaccessible.

Enfin, souligne-t-elle, le Canada protège 40 millions d'hectares de ses forêts, dont 28 millions en forêt boréale, soit plus que tout autre pays. Or le Canada détient 30 % des forêts boréales de la planète, soit sensiblement moins que la Russie, qui en détient 50 % et qui devrait monopoliser l'attention de Greenpeace, pensent beaucoup d'exploitants forestiers canadiens. Ces derniers estiment d'ailleurs être fort exigeants côté certification: 40 % de toutes les forêts certifiées sur la planète se retrouvent en territoire canadien, soit trois plus dans le cas de la portion boréale que tout autre pays de la planète.


Vos réactions


Geste de dernier recours - par Michel Thibault
Le mercredi 22 août 2007 10:00

Home Depot n'est pas une référence - par Philippe Champagne
Le mardi 21 août 2007 16:00

Commentaires - par Aline Power
Le mardi 21 août 2007 15:00

Guy Chevrette, un chêne surannée de la politique - par francis dery
Le mardi 21 août 2007 15:00

Forestiers :défenseur du statu quo - par Yves Chagnon
Le mardi 21 août 2007 11:00

Transparence - par coté carol
Le mardi 21 août 2007 09:00

Quels farceurs! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le mardi 21 août 2007 08:00

Victime de l'âgisme ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 21 août 2007 06:00

déterrioration et certifications - par martin jean-philippe
Le mardi 21 août 2007 00:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com