Montebello: L'opposition au sommet se met en branle

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Alexandre Shields
Édition du lundi 20 août 2007

Mots clés : démocratie, santé, sommet de Montebello, Changements climatiques, Manifestation et émeute, États-Unis (pays), Canada (Pays)

Première étape des actions prévues par les opposants au sommet de Montebello, près de 2000 d'entre eux ont manifesté hier à Ottawa. Et le message était on ne peut plus clair: le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP) aura des impacts négatifs sur l'environnement, l'économie et la santé des habitants des trois pays impliqués. Des critiques également formulées hier par des syndicats et des intellectuels.

Les manifestants se sont rassemblés sur la colline du parlement à Ottawa avant de défiler devant les ambassades du Mexique et des États-Unis. «Non au PSP, oui à la démocratie», ou «Basta Bush» proclamaient des pancartes, tandis que d'autres réclamaient la fin de la guerre en Irak et en Afghanistan. Plusieurs ont également dénoncé le caractère opaque et antidémocratique de la rencontre qui se tient aujourd'hui et demain à Montebello.

L'organisatrice de la manifestation, Maude Barlow, du Conseil des Canadiens, a soutenu que les gens devraient savoir qui établit vraiment l'ordre du jour du sommet, soit les 30 chefs d'entreprise du Conseil nord-américain de la compétitivité qui conseillent les trois gouvernements nationaux, selon elle. Ce groupe comprend des dirigeants de 10 entreprises de chaque pays, notamment Wal-Mart, General Electric et Lockheed Martin.

«Ces gens ne s'intéressent pas à vous, ils ne s'intéressent pas à votre qualité de vie, ils ne s'intéressent pas à la sécurité alimentaire et ils ne s'intéressent pas à la vraie sécurité, a lancé Mme Barlow. Ils s'intéressent juste à l'argent.»

«Nous pensons que ce processus n'est pas démocratique parce qu'il n'a fait l'objet de débats dans aucun des trois pays», a aussi déclaré Erika See, une étudiante américaine en droit pour qui le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité va «diminuer la souveraineté du Canada en matière de politique énergétique et de sécurité».

On proteste «contre la militarisation que représentent Bush et son gouvernement et qui est suivie de trop près par notre gouvernement canadien» a confié pour sa part Edouard Napier, 76 ans, manifestant avec le groupe Échec à la guerre.

Difficile de protester

Si les personnes présentes avaient un éventail de revendications à faire valoir, Elizabeth May, chef du Parti vert canadien, a insisté pour dire que les protestataires avaient deux choses en commun: «Ils sont hostiles au manque de transparence du PSP» et ils craignent ses conséquences «pour nos libertés civiles, nos politiques énergétiques et environnementales et notre souveraineté».

Selon elle, l'importance des mesures de sécurité rend cependant difficile de «protester contre ce sommet». Seulement à Ottawa, où les organisateurs avaient appelé à une manifestation «familiale», les mesures de sécurité étaient très imposantes. En plus des centaines de policiers mobilisés, des barrières métalliques avaient été installées, l'on avait retiré l'ensemble des poubelles sur le parcours de la manifestation et des commerçants avaient barricadé leur devanture.

Les mesures sont encore plus importantes à Montebello, ou des actions d'opposition au PSP sont prévues aujourd'hui et demain. De plus, selon ce qu'a indiqué le ministère des Transports, des perturbations de la circulation sont à prévoir sur la route 148, entre les Basses-Laurentides et l'Outaouais. En plus de la manifestation tenue hier après-midi, la capitale fédérale a accueilli un forum public organisé par le Conseil des canadiens pour discuter du PSP. Tous les partis politiques présents à Ottawa y étaient représentés, à l'exception des conservateurs.

Une intégration dangereuse

Des représentants de syndicats du secteur de l'énergie des trois pays ont eux aussi dénoncé hier le PSP, à la suite d'une rencontre consacrée à cet enjeu qu'ils ont tenue samedi à Montréal.

Selon eux, ce partenariat constitue «un modèle d'intégration axé sur le programme du président Bush, obsédé par les besoins des multinationales et la surenchère militaire et sécuritaire. Pourtant, la sécurité des peuples, fondée sur leurs droits démocratiques et sur leur capacité à utiliser leurs ressources pour se développer durablement, est gravement compromise par le PSP».

Le coordonnateur des syndicats d'Hydro-Québec pour le syndicat canadien de la fonction publique, Charles Paradis, y voit une menace directe sur la capacité des États à assurer leur «souveraineté» en matière de gestion énergétique.

Il estime notamment que le PSP, «dicté par les entreprises», impose une «intégration complète des réseaux électriques» et la «déréglementation» de cette filière énergétique. Cela risque de forcer une remise en question du «tarif patrimonial» dont jouissent les Québécois, selon M. Paradis. De plus, craint-il, le développement des lignes de transport de l'électricité pourrait être décidé en fonction des besoins des entreprises.

M. Paradis déplore en outre que le Québec ne soit pas inclus dans les discussions énergétiques qui auront lieu à Montebello, d'autant plus que la gestion de l'électricité est de compétence provinciale au Canada.

Les syndicats ont aussi déploré le fait que les chefs d'État et de gouvernements ont décidé d'ouvrir la porte du château de Montebello uniquement aux représentants des grandes entreprises des trois pays, regroupés au sein du Conseil nord-américain de la compétitivité.

Gaétan Ménard, porte-parole du syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, a d'ailleurs souligné que des représentants de l'industrie pétrolière auront droit de cité lors de la rencontre tripartite, y voyant un obstacle de plus à la réalisation du protocole de Kyoto. M. Ménard a du même coup affirmé que les Stephen Harper et George W. Bush entretiennent des liens étroits avec cette industrie.

Sommet majeur

Il pourrait se prendre des décisions très importantes concernant l'intégration économique et la gestion des ressources naturelles au sommet de Montebello, sans pour autant que les instances législatives soient interpellées, croit lui aussi le professeur à l'Université du Québec en Outaouais, Donald Cuccioletta.

Selon le spécialiste en politique américaine, le sommet va bien au-delà d'une simple rencontre diplomatique, et des décisions majeures pour l'avenir de l'Amérique du Nord pourraient y être prises.

«On n'a pas d'idée claire de ce dont il va être question, mais on ne dérange pas trois des politiciens les plus puissants du monde et 30 hommes d'affaires pour discuter de choses comme l'étiquetage de vêtements pendant trois jours. Il y a des enjeux plus importants que ça», a d'ailleurs fait valoir Dorval Brunelle, directeur de l'Observatoire des Amériques et professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

M. Cuccioletta estime que les ressources naturelles pourraient constituer un des thèmes majeurs du sommet. Il est d'avis que le président américain George Bush demandera au premier ministre canadien Stephen Harper ce que devient le dossier de l'exportation de l'eau canadienne aux États-Unis. M. Bush pourrait aussi faire pression sur le président mexicain, Felipe Calderon, pour la «dénationalisation» de la compagnie pétrolière mexicaine Pemex.

Le Devoir

Avec la Presse canadienne


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