Exportation de l'eau: Dion est sceptique

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Hélène Buzzetti
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 août 2007

Mots clés : Stephen Harper, Stéphane Dion, exportation, Gouvernement, Eau, Canada (Pays)

Le chef libéral dit savoir que des négociations sont en cours entre Ottawa et Washington

Ottawa -- Le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, ne croit pas un mot du gouvernement conservateur et soutient avoir des informations disant que l'exportation d'eau en vrac vers les États-Unis est bel et bien considérée par Ottawa. M. Dion s'y oppose et exhorte le premier ministre Stephen Harper à défendre la souveraineté canadienne lors du sommet des leaders de l'Amérique du Nord qui débute lundi à Montebello.

M. Dion a dévoilé hier ses attentes face à ce sommet qui réunira Stephen Harper et ses homologues américain et mexicain, George W. Bush et Felipe Calderón. Il a même rendu public un document énumérant six demandes précises afin d'améliorer la transparence de ces sommets et d'en influencer le contenu. Mais c'est sa sortie contre l'exportation en vrac de l'eau canadienne qui a pris tout le monde par surprise.

«Je ne les crois pas. Je crois qu'ils ont des négociations sur la question de l'eau et on veut y mettre fin de façon très claire, et on le dit aujourd'hui», a dit M. Dion au cours d'une conférence de presse hier matin. Le chef libéral a pris acte des assurances données la veille par l'entourage du premier ministre, mais il n'y prête pas foi. «Je crois qu'on joue [sur les mots], qu'on tourne les coins et qu'on a vraiment des discussions sur cette question. Ce sont des informations que nous avons.»

Pressé de questions, Stéphane Dion s'est fait mystérieux, mentionnant seulement ses «réseaux» comme source de cette information. «J'ai des informations, que je ne peux pas partager, à propos de discussions se déroulant sur ce sujet. Ces discussions ne devraient pas se transformer en négociations. La ligne entre les deux est souvent ambiguë et je veux dissiper cette ambiguïté», a-t-il dit hier.

M. Dion a été ministre de l'Environnement un an et demi, de juillet 2004 à janvier 2006, et à ce titre connaît bien le milieu écologique et les fonctionnaires du ministère fédéral. «C'est mon intérêt de protéger mon pays et c'est ce que j'ai fait aujourd'hui», a-t-il dit en guise de conclusion.

Jeudi, la directrice des communications du premier ministre, Sandra Buckler, avait nié catégoriquement que l'exportation de l'eau canadienne vers les États-Unis était à l'ordre du jour des discussions entre les trois leaders nord-américains. «Ce ne sera jamais notre intention d'exporter notre eau. Ce n'est pas à l'ordre du jour et ce n'est pas sur la table. [...] Ce n'est vraiment pas à l'ordre du jour, nous n'en parlerons pas, ce ne sera pas un sujet de discussion, cela n'arrivera pas.»

Au printemps dernier, la Chambre des communes a voté une motion appelant le Canada à demander aux États-Unis et au Mexique d'exclure l'eau des biens régis par l'ALENA. Les conservateurs ont voté contre. Au même moment, le Conseil des Canadiens a révélé qu'un think tank américain avait tenu le 27 avril une séance de discussions secrète sur l'environnement, y compris l'exportation d'eau en vrac, à Calgary. Des fonctionnaires des trois gouvernements, dont celui du Canada, y ont participé avec l'assentiment du gouvernement conservateur.

Claude Martel, du Sierra Club, estime que, si l'eau ne fait pas partie des discussions à Montebello, c'est simplement parce que «la rencontre est trop publique». Le sujet est davantage débattu, selon lui, par les groupes de travail plus discrets. S'appuyant sur des comptes rendus de réunions de groupes ayant donné naissance au PSP, il maintient que le but ultime de ce dernier est de commercialiser l'eau canadienne. «Je ne veux pas trop me coller dessus [Stéphane Dion], mais je dois reconnaître qu'il a raison», dit-il.

Meera Karunananthan, porte-parole du Conseil des Canadiens, félicite elle aussi M. Dion, quoiqu'elle souligne le cynisme de la position libérale. «Il est intéressant que le Parti libéral soit prêt à critiquer cette initiative, dit-elle. Parce que, quand nous demandions un vote parlementaire, ils n'ont jamais donné suite à notre requête lorsqu'ils étaient au pouvoir.»

Protéger les intérêts des Canadiens

Stéphane Dion n'a pas critiqué la mise en place du Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP), puisque ce dernier a vu le jour sous le règne de Paul Martin en mars 2005, mais il exige que le processus soit plus transparent.

«Comme bien d'autres choses sous l'administration Harper, le PSP fait l'objet d'un grand secret, ne comprend pas de processus de consultation et manque de transparence, tout le contraire des multiples tables rondes dont le précédent gouvernement libéral exigeait la mise en place à la naissance de ce partenariat», a-t-il déclaré. Notons toutefois que les libéraux n'ont pas donné suite à cette promesse de consultation avant de perdre le pouvoir quelques mois plus tard.

D'ailleurs, l'attaché de presse du premier ministre conservateur, Dimitri Soudas, s'est empressé de faire parvenir un courriel aux journalistes hier citant en long et en large Paul Martin lors de la création du PSP, à Waco (Texas).

M. Dion propose que soit rendue publique la liste de tous les groupes de travail découlant du PSP et de leurs participants. Ce sont souvent ces groupes de travail qui élaborent les politiques auxquelles les leaders donnent leur accord en fin de processus. Il exige de ces groupes la publication de rapports trimestriels sur leurs travaux, la consultation de la population et enfin l'examen de leurs conclusions par les comités parlementaires pertinents.

Il invite aussi Stephen Harper à aborder la semaine prochaine le délicat sujet du Canadien Omar Khadr, détenu par les États-Unis à Guantánamo depuis qu'il a 15 ans. Une commission militaire américaine a infligé un revers à l'administration Bush en juin en déclarant que les tribunaux militaires d'exception mis sur pied pour le juger n'avaient pas l'autorité requise pour le faire. M. Dion voudrait que le premier ministre exige de M. Bush que le prisonnier soit jugé par un tribunal américain légitime, à défaut de quoi le Canada devrait réclamer son retour au pays pour qu'il soit jugé ici, croit-il.

M. Dion demande de nouveau que le Canada annonce immédiatement qu'il ne prolongera pas sa mission militaire de combat en Afghanistan au-delà de février 2009, afin de donner le temps aux alliés de lui trouver un remplaçant.


Vos réactions


NPD en parlait le 26 avril dernier... - par Nicolas Thibodeau (nicotibodo@hotmail.com)
Le dimanche 19 août 2007 20:00

Dion parle des deux côtés de la bouche. - par Gerry Pagé
Le samedi 18 août 2007 12:00

Le milliardaires de l'eau claire - par Gilles Bousquet
Le samedi 18 août 2007 07:00

Un référendum sur l'exportation en vrac de l'eau, ça presse! - par Ginette Pilon
Le vendredi 17 août 2007 23:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com