L'intervention de la Fed fait rebondir les Bourses
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Les marchés boursiers ont terminé leur semaine déprimante sur une note positive hier après que la Réserve fédérale américaine, la plus influente de toutes les banques centrales, eut sorti l'arsenal lourd pour souffler un peu de calme en direction du secteur bancaire.
À Wall Street, les principaux indices ont là aussi affiché des hausses convaincantes: le Dow Jones a pris près de 2 % alors que le S&P500, véritable baromètre des marchés en raison du fait qu'il ratisse large, a grimpé de 2,4 %. Le Nasdaq, quartier général des valeurs technologiques, s'est hissé de 2,2 %.
La Fed, qui jusqu'à la semaine dernière refusait de se laisser émouvoir par la crise de confiance des marchés, a tenté une fois pour toutes de redonner confiance aux acteurs du système financier en abaissant le taux d'intérêt qui s'applique lorsqu'elle prête de l'argent aux banques en situation de dernier recours.
L'institution dirigée par Ben Bernanke, que certains estiment trop académique par rapport à la déroute financière brutale des dernières semaines, a fait passer son taux d'escompte de 6,25 % à 5,75 %. Cette décision n'affecte pas le taux directeur, celui des Fed funds, qui incite les banques à s'en tenir à 5,25 % d'intérêt lorsqu'elles se prêtent de l'argent entre elles.
Annoncée peu après 8h, la décision fait aussi en sorte que la période de remboursement des banques à la Fed est passée de 24 heures à 30 jours.
L'annonce marque deux jalons importants. D'abord, c'est la première fois depuis septembre 2001 que la Fed modifie ses taux à l'extérieur des réunions à dates fixes. Ensuite, jamais n'avait-elle desserré son taux d'escompte sans aussi donner du lest au taux interbancaire. Le geste, en gros, signifie que la Fed veut que les banques règlent leurs problèmes entre elles, mais convient, en cas de dernier recours, de leur prêter de l'argent à un coût moins cher qu'auparavant.
«Le message de ce matin est clair: la Fed voit la tourmente qui secoue les marchés et craint que cela ne puisse mettre en danger la croissance économique», a écrit l'équipe d'économistes à la Financière Banque Nationale, qui entrevoit un risque réel de dommage économique en sol américain. «Avec cette intervention, elle se donne du temps pour évaluer la situation et voir si le marché se calme. Mais soyez sûr que si ce n'est pas suffisant, le FOMC réduira le taux des fonds fédéraux.»
Crise des liquidités
Les marchés financiers se trouvent au beau milieu d'un effet domino qui a débuté dans le secteur hypothécaire américain. Une série de faillites parmi les prêteurs hypothécaires a miné la confiance des banques, qui hésitent à se prêter de l'argent. Cette crise des liquidités, après des années de folies où la faiblesse des taux a rendu le crédit très facile, s'est traduite en crise de confiance virale, qui commence à se manifester à l'extérieur des États-Unis dans des créneaux qui ont peu à voir avec le secteur hypothécaire.
Pour mesurer le poids de la Fed en termes d'influence sur les marchés, pour juger la nervosité des acteurs, un coup d'oeil sur les Bourses européennes suffit. La Bourse de Londres, pour ne nommer que celle-là, a décollé de près de 4 % en seulement 20 minutes, un bond énorme senti dans la foulée immédiate de l'annonce. À Paris, Genève, Stockholm et Francfort, la réaction a été sensiblement la même.
De plus, la Fed a encore une fois injecté des liquidités sur le marché, soit 6 milliards $US. Il s'agit de prêts aux banques dont le remboursement aura lieu lundi. L'opération est essentiellement celle d'un mécanicien qui met de l'huile dans un moteur. Depuis la semaine dernière, elle a ainsi injecté 94 milliards $US. La Banque du Canada, qui a injecté 4 milliards depuis la semaine dernière, n'a pas bougé hier.
Depuis un certain temps, les investisseurs ont l'impression que la crise de confiance au sein du secteur bancaire incitera les institutions à resserrer l'ensemble du crédit, ce qui affecterait ensuite la croissance économique.
Avant-hier, même le secrétaire américain au Trésor a affirmé que la tourmente boursière pourrait, ultimement, retrancher quelques chevaux au moteur économique sans toutefois l'amener en récession. L'économie américaine compte pour environ 20 % de l'économie mondiale.
Or, l'autre question sur toutes les lèvres hier était celle du prochain chapitre à la Fed, à savoir si elle abaissera aussi son taux directeur. Dans son communiqué, la Fed a affirmé que si l'économie continue de progresser à un rythme modeste, le risque d'un ralentissement s'est «accru de façon appréciable». L'institution est prête à «prendre les mesures nécessaires» pour apaiser les effets négatifs de la tourmente.
«La Fed va faire tout ce qu'il faut pour restaurer la stabilité financière», a dit dans une note de recherche Sherry Cooper, économiste en chef chez BMO Marchés des capitaux. «Pour les marchés financiers, le pire est passé.»
Après son intervention de vendredi, les investisseurs croient «la Fed mieux disposée à réduire ce taux à sa réunion de septembre», a indiqué de son côté Al Goldman, analyste chez A.G. Edwards, auprès de l'Agence France-Presse. Le taux de 5,25 % est le même depuis juin 2006. Sa prochaine réunion aura lieu le 18 septembre.
Manifestation canadienne
La crise s'est manifestée au Canada dans un créneau particulier: celui du papier commercial adossé à des créances. Il s'agit de titres à très court terme dont les actifs sous-jacents sont des hypothèques, des locations de voitures, des dettes de cartes de crédit et des prêts commerciaux. Émis pour des périodes allant d'un à trois mois, ces titres se retrouvent notamment dans les fonds de marchés monétaires.
Les premiers balbutiements du problème au Canada sont survenus lorsque Coventree, un émetteur de ce genre de titres, s'est dit incapable de trouver des acheteurs. D'autant plus que certaines banques lui soufflaient dans le cou pour reprendre leur argent. Au total, Coventree fait face à des besoins de financement de 1,6 milliard.
Jeudi matin, plusieurs institutions financières ont annoncé une mesure sans précédent visant à convertir des titres en obligations à taux variable à terme. Le marché du papier commercial au Canada fait environ 120 milliards, mais la tranche problématique est celle émise par les institutions non bancaires, qui pèse 40 milliards.
Chez les économistes hier, une chose était claire: quoi que fasse la Banque du Canada au cours des prochaines semaines, elle n'augmentera pas ses taux. L'inflation n'est pas entièrement sous contrôle, mais le timing serait beaucoup trop mauvais.
«Bien que les risques aient grimpé, nos prévisions pour l'économie canadienne font état d'une croissance de 2 % à 2,5 % en 2008», a écrit Craig Alexander, économiste en chef adjoint à la Banque Toronto-Dominion. «Ceci signifie que la Banque du Canada reviendra un jour à ses hausses de taux, mais la volatilité des marchés financiers fait en sorte qu'elle les laissera tels quels en septembre.»
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