À l'ombre de l'érable

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Jean-Claude Vigor
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 août 2007

Mots clés : plantes, vivaces, jardins, Flore, Québec (province)

Faire pousser des vivaces sous un arbre insatiable

Cette platebande de vivaces a été plantée il y a trois ans. On a retiré la pelouse, déposé sur le sol de cinq à sept feuilles de papier journal, puis recouvert le papier de 20 cm de bonne terre et planté quelques vivaces appropriées: voilà le résultat!

Photo: Jean-Claude Vigor

C'est un problème récurrent que celui d'essayer de faire pousser des plantes annuelles ou vivaces sous un fringant érable argenté insatiable...

Au fil du temps, comme tous les jardiniers amateurs, j'ai trouvé quelques façons de déjouer le système radiculaire exubérant de cet affamé qui s'infiltre partout dans le sol à la recherche d'intarissables sources de nourriture et d'eau. J'en suis venu à la conclusion que, quoi que je fasse, cela sera une lutte inégale, le majestueux érable aura le dessus ou les dessous du panier!

Mais puisqu'elle a un certain succès (temporaire), ma méthode du papier journal, facile et peu coûteuse, me semble encourageante.

Voici comment procéder. Si vous avez un semblant de pelouse sous votre érable, coupez-la le plus court possible. Installez sur le sol de cinq à sept feuilles de papier journal (les magazines importés garnis de photos peuvent contenir des métaux lourds dans l'encre...). Mettez-y quelques cailloux car il m'est arrivé que, la brise venue, Le Devoir prenne le chemin de l'école buissonnière; ou mieux, au fur et à mesure, recouvrez de terre. Généralement six pouces de terre pour les Epimedium, Heuchera, Brunnera, Astilbe, voire huit pouces pour des plantes comme les Hosta «Sum and Substance», Cimicifuga et Aruncus.

L'idée du papier journal me vient d'un éleveur de vers de terre (il y a une bonne trentaine d'années, sur la rue de Rouen) qui utilisait de fines lanières de papier journal comme litière pour ses vers. Celles et ceux qui pratiquent le vermicompostage savent de quoi il est question.

Pendant quelque temps aussi, avant que les vers ne s'intéressent aux nouvelles, le papier fera une barrière entre l'ancienne terre et la nouvelle. Le nombre de feuilles appliquées dépend du type des herbes indésirables: chiendent, pissenlit, lierre terrestre, etc.

Donc, pas d'herbes indésirables, satisfaction des vers de terre, une façon de recycler et des plantes qui pourront bien se développer, avant que les racines de l'arbre ne viennent y chercher leur butin.

J'utilise aussi des boîtes... beaucoup de boîtes. J'aime cette façon de jardiner, cela me permet, grâce à mon solide «diable», de déplacer mes boîtes en fonction de divers critères: esthétisme, environnement, mise en valeur d'un arrangement superbe... ou pour cacher un fiasco. Bref, c'est un jardin amovible permettant de jouer avec le décor.

Selon la destination et la sorte de plante utilisée, mes boîtes ont des tailles différentes. Mais plus elles sont grandes (hélas lourdes), plus la culture est facile et l'arrosage, moins fastidieux. La qualité de la terre et sa rétention en eau sont des critères de haute importance. Il faut faire un mélange riche en matières organiques qui retient bien l'eau.

En ce qui concerne les boîtes fixes, il n'est pas nécessaire de faire un fond, une feuille de polystyrène servant de fond fait l'affaire. L'étanchéité n'est pas nécessaire, les failles permettant le drainage. Si ce type de boîte convient très bien pour les annuelles, il faut se rappeler que les vivaces, mêmes rustiques, seront fragilisées en hiver si la boîte est exposée aux intempéries. On doit alors installer une protection hivernale ou, au pire, considérer ces plantes comme des annuelles.

Un quart de siècle à la contrôler

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a maintenant plus de 25 ans de cela, j'étais fou d'elle. Malgré son impertinence, son caractère rebelle, cette grande asiatique est encore cette année ma vivace préférée: Macleaya cordata.

Souvent, mes collègues la classent parmi les indésirables «plantes à ne pas inviter dans son jardin». Cet étrange conseil m'a permis d'être durant bien des années l'un des rares jardiniers à exhiber cette grandiose vivace de plus de deux mètres de hauteur. Quelle élégance!

Son défaut: être envahissante. Elle se déplace! En 26 ans, seule, elle s'est déplacée de presque 30 pieds. Bof! Elle est mieux maintenant... plein soleil, sur une butte bien drainée, qui accueillait autrefois un tas de compost. Une folle!

C'est comme pour ce Solidago (verge d'or), il est arrivé un jour par hasard et commence à disputer le territoire à la Macleaya. Pourtant, au-dessus du sol, ils ont l'air heureux, voire compères. Mais dans le sol, c'est la guerre, l'invasion territoriale...

Les plantes envahissantes doivent être contrôlées sur-le-champ. Il suffit d'épuiser les plantes en arrachant systématiquement les plants que vous jugez de trop. Tirez de façon à déplanter la tige souterraine, le rhizome, et recommencez pour toutes les nouvelles petites pousses qui voudront émerger jusqu'au gel.

Je vous sais nombreux à lutter contre l'envahissement de la renouée japonaise Fallopia japonica, (anc. Polygonum cuspidatum), une plante presque «immortelle», qui est très décorative avec ses tiges ressemblant à du bambou... Les dommages qu'elle cause à l'environnement ont conduit l'Union internationale pour la conservation de la nature à l'inscrire sur la liste des 100 pires espèces envahissantes de la planète.

Vous aimeriez que je traite d'un sujet en particulier?

Vous désirez que je réponde à votre question?

Vous acceptez que le jardinier prenne son temps?

Écrivez-moi: jeanclaudevigor@videotron.ca

***

La semaine du jardinier

- Samedi le 18 août -- Sainte-Hélène. Est-ce l'île et Napoléon ou les sabots de la belle de tonton Georges... qui vous est passé par la tête? N'avons-nous pas tous (les garçons) une Hélène en tête? Pour elle, un superbe bouquet de Lisianthus (Eustoma). Une fleur coupée à la tige aussi résistante qu'une épée mérite bien de s'appeler «Excalibur». Cette nouvelle série Excalibur comprend trois couleurs: blanc, jaune et rose. Ses tiges super résistantes ont une durée de vie en vase exceptionnelle, de 10 jours et plus.

- Dimanche le 19 août -- Saint-Jean-Eudes. Prêt pour la lutte contre les hannetons. Avez-vous vos nématodes nommées Steinernema carpocapsæ et Heterorhabditis bacteriophora? Attention! Vous devez conserver ce produit au réfrigérateur. Informez-vous auprès de la pépinière Jasmin (tél: 514 332-2978) ou à la Ferme florale de Saint-Bruno (tél: 450 653-6383), entre autres.

- Lundi le 20 août -- Saint-Bernard. L'agrile du bouleau est un petit coléoptère qui attaque d'abord la cime de l'arbre, puis descend. Les premiers signes sont la chute des feuilles et la mort de quelques branches de la cime. Il n'existe aucune méthode sans failles de répression de l'agrile du bouleau et une fois que les larves commencent à forer sous l'écorce, les insecticides n'ont aucune efficacité. Irriguez les bouleaux durant les périodes de sécheresse et fertilisez-les à l'occasion au début de l'été, afin que les arbres demeurent en bonne condition de croissance. Il est très important de couper et brûler toutes les branches mortes ou mourantes. Faites-le savoir à vos voisins!

- Mardi le 21 août -- Saint-Christophe. J'ai déjà fait deux applications de purin de consoude et les plantes de mon potager se portent à merveille... Le consoude de Russie devrait avoir sa place dans tous les jardins. Faute de consoude, préparez un purin de compost: prendre une partie de votre compost le plus mûr (un ou deux ans, même plus) et le mélanger à 10 fois son volume en eau. Ratio 1/10. Brassez souvent et laissez macérer d'une à deux semaines. Couvrir pour l'odeur...

- Mercredi le 22 août -- Saint-Fabrice. La vitalité des plantes croît avec la lumière de la lune. Plus on se rapproche de la pleine lune, plus les plantes sont à même de lutter contre les parasites. On peut améliorer leur système de défense en les vaporisant ou en les arrosant de purin d'ortie ou de consoude.

- Jeudi le 23 août -- Sainte-Rose. Puisque la lune est croissante voilà le bon moment pour préparer du purin. Celui-ci sera appliqué en arrosage au sol en période de lune décroissante, au début de septembre.

- Vendredi le 24 août -- Saint-Barthélemy. Connaissez-vous la plante nommée en anglais: «kiss-me-over-the-garden-gate»? On pourrait croire à une plante envahissante, mais non, il s'agit de la renouée orientale (Persicaria orientalis, aussi appelée Polygonum orientalis), autrefois bien présente dans nos jardins. Cette belle annuelle confondue avec les amaranthes mesure plus d'un mètre de haut, et n'a rien d'une vilaine plante envahissante.

***

Gare à la chenille du céleri!

Depuis quelques années, les feuilles de mes plants de persil, qu'ils soient d'Hambourg ou de Naples, frisés ou pas, se faisaient toujours dévorer par l'élégante chenille du céleri. Quelques graines d'aneth échappées de culture et produisant des plantes à un endroit non désiré, proche du persil, ont survécu grâce à la bienveillance du jardinier ou, plus justement, à sa négligence. Le fait est que ces grosses chenilles, qui n'ont pas l'art du mimétisme -- et c'est tant mieux --, préfèrent se gaver d'aneth, faisant du persil un miraculé! Voilà une plante qui vient d'entrer dans ma liste des végétaux-sacrifices! La diversion fait partie de l'arsenal des techniques culturales du jardinier. Si vous faites des cornichons à l'aneth, ne semez pas cette plante le jour de la Fête de la reine... C'est trop tôt. Lorsque viendra le temps de son utilisation, il ne vous restera que les tiges abandonnées par les chenilles et quelques graines! Rappelez-vous que l'aneth se sème environ 45 jours avant la mise en conserve des cornichons. La planification fait partie du cahier des charges du bon jardinier!


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