Un secret vieux de 40 ans

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Lisa-Marie Gervais
Édition du vendredi 17 août 2007

Mots clés : étoile à neutrons, Congrès sur le pulsar, Charles Schisler, Prix, Science, Canada (Pays), Québec (province)

Un sergent de l'armée de l'air américaine a découvert le premier pulsar, avant le Prix Nobel de physique

À l'invitation de Dick Manchester (à droite), Charles Schisler racontera sa découverte à 200 astrophysiciens réunis ce soir à l'université McGill.

Photo: Pedro Ruiz

Petit coup de théâtre au Congrès sur le pulsar à l'université McGill. Cette étoile à neutrons, observée pour la première fois en 1967 par Jocelyn Bell Burnell et son professeur de l'époque, Prix Nobel de physique, aurait d'abord été découverte par un sergent de l'armée de l'air états-unienne. Quarante ans plus tard, à Montréal, Charles Schisler dévoile son secret à toute une communauté de chercheurs. Inédit.

Bien malgré lui, Charles Schisler, un simple citoyen américain ayant travaillé pour l'armée états-unienne, pourrait devenir la «star» du Congrès scientifique qui célèbre les 40 ans du pulsar. À l'été 1967, en pleine guerre froide, alors qu'il était chargé de scruter le ciel devant la menace d'une attaque de missile visant les États-Unis depuis une station en Alaska, il avait perçu des signaux réguliers sur son écran radar aujourd'hui reconnus comme étant ceux d'une étoile à neutrons. Sous le firmament, Charles Schisler a pourtant les deux pieds sur terre. «C'était une découverte purement accidentelle, raconte l'homme originaire du New Jersey, maintenant âgé de 81 ans. Je n'ai pas pu en parler pendant toutes ces années parce que cette information était classée confidentielle.»

D'une imposante stature, le visage rond comme une lune et flanqué d'une paire de lunettes à grosse monture, Charles Schisler a la tête de l'emploi. Pourtant, il se demande bien ce qu'il fait au beau milieu de ce Congrès de l'université McGill, comme un satellite errant, à écouter parler quelque 200 astrophysiciens et Prix Nobel énonçant des formules mathématiques incompréhensibles, montrant des graphiques en couleurs et faisant des présentations Powerpoint. Et à accorder des entrevues de surcroît. Candide, le retraité avoue s'amuser de ce «petit cirque».

«Je me sens un peu comme un bouffon. Si je suis ici, c'est uniquement à cause de ce gentleman-là», dit-il, tout sourire, en pointant l'homme assis à côté de lui. Ce «gentleman», c'est le chercheur australien Dick Manchester, codirecteur de la Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), une sommité mondiale dans la recherche sur le pulsar. Séduit par l'histoire de Charles Schisler, il a aussitôt invité ce dernier à venir partager son expérience inédite. Le chercheur avait été contacté par cet ancien sergent de l'armée américaine pour la première fois il y a deux mois. Le site où était situé le radar secret en Alaska avait été fermé, ce qui, du coup, rendait publique l'information qui y était rattachée. Quelques courriels plus tard, les doutes ont fait place à une certitude dans l'esprit du scientifique: M. Schisler a fort probablement été le premier au monde à avoir observé une étoile à neutrons appelé pulsar (contraction de «pulsation» et de «star»), ce petit astre peu brillant qui émet de brefs signaux électromagnétiques.

Du missile balistique au pulsar

Par un beau matin de l'été 1967, Charles Schisler était à son poste d'observation en Alaska pour surveiller une possible attaque d'un missile soviétique lorsque son écran a enregistré une sorte de pulsation qui venait d'un objet céleste. Intrigué, il a pris en note le jour et l'heure exacte à laquelle il avait enregistré ces données. Le lendemain, mû par la curiosité, il a constaté que le même signal étrange se reproduisait, mais quatre minutes plus tôt que la veille. Même scénario le jour suivant: les signaux se manifestaient quatre minutes plus tôt. «Je n'avais jamais entendu parler de radioastronomie. Je ne savais pas trop ce que c'était et si ce que je notais avait une signification particulière. Parfois on perçoit des signaux qui sont dus à l'interférence», explique-t-il, avec le ton d'un conteur d'histoires. «Mais j'étais à 99 % sûr que je captais les signaux de quelque chose qui était vraiment loin dans le cosmos.» Pour lui, il n'était pas question d'intelligence extraterrestre. «J'avais la certitude que c'était un phénomène naturel. Mais c'était tellement loin. Je me disais que je n'avais aucune chance d'entrer en contact avec la source», dit-il, encore excité 40 ans après sa découverte.

Fasciné, il s'était rendu à la bibliothèque de l'Université d'Alaska pour en savoir plus. Son pulsar venait de la nébuleuse du Crabe, et il s'est avéré avec le temps l'un des plus célèbres.

À peine quelques mois plus tard, les observations de Jocelyn Bell Burnell et de son professeur à l'Université de Cambridge, Antony Hewish, étaient révélées au grand jour avant de faire l'objet d'un article dans la revue Nature. «J'étais pas mal sûr que leurs résultats avaient à voir avec ce que j'avais observé. J'avais trouvé neuf ou dix [pulsars] depuis. Je les avais donc précédés, mais je ne pouvais le dire à personne. Surtout pas à mes supérieurs. Ma mission était de surveiller le ciel pour prévenir les attaques de balistique et pas de regarder les étoiles, précise M. Schisler. J'étais de toute façon peut-être un peu trop rêveur... »

En 1974, le premier prix Nobel de physique pour un sujet du domaine de l'astronomie était remis à Antony Hewish pour sa découverte du pulsar. L'absence de mention pour son étudiante Jocelyn Bell Burnell, qui avait fait les premières observations, avait soulevé une petite controverse à l'époque. M. Schisler a-t-il à son tour l'impression d'avoir raté sa chance? «Oh non!», lance-t-il dans un grand éclat de rire en levant les yeux au ciel. «Jocelyn et Antony sont les vrais héros de cette aventure.» Il se rappelle avoir déjà rencontré brièvement Antony Hewish au début des années 1980. Cette fois, au congrès de l'université McGill, il s'est contenté de le saluer. «Je ne vais quand même pas lui réclamer le crédit du pulsar», insiste-t-il avec humilité.

N'empêche, selon Dick Manchester, l'ancien militaire à la retraite a néanmoins le mérite d'avoir poussé plus loin sa recherche. «Charles est allé plus loin et a finalement découvert, avant tout le monde, le premier pulsar, qui n'était pas le même qu'avaient observé les deux chercheurs de Cambridge, explique-t-il. Évidemment, beaucoup de choses auxquelles il n'a pas participé se sont passées en 40 ans. Mais son histoire demeure intéressante.»

En attendant, Charles Schisler sera introduit ce soir pour la première fois à toute une communauté d'astrophysiciens réunis à Montréal. Reste à savoir si sa petite histoire aura l'effet d'une bombe ou passera, dans l'horizon de la science, aussi vite qu'une étoile filante.


Vos réactions


Correction - par Mario Chabot (mcarchi@mac.com)
Le vendredi 17 août 2007 13:00

La guerre... des étoiles! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 17 août 2007 09:00

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