Caméra sur l'abîme

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Odile Tremblay
Édition du vendredi 17 août 2007

Mots clés : Contre toute espérance, Bernard Émond, Cinéma, Culture, Québec (province)

Contre toute espérance est une tragédie où l'espérance devient une vertu quasiment d'ironie, à tout le moins d'acharnement, contre un fatum qui s'abat sur l'héroïne, magnifiquement incarnée par Guylaine Tremblay, avec Guy Jodoin.

Après sa magnifique Neuvaine, Bernard Émond poursuit avec Contre toute espérance l'aventure de sa trilogie sur les vertus théologales (la foi, l'espérance et la charité), qui sera clôturée par Les Fins dernières.

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Contre toute espérance
Réalisation et scénario: Bernard Émond. Avec Guylaine Tremblay, Guy Jodoin, Gildor Roy,
René-Daniel Dubois, Serge Houde. Image: Jean-Claude Labrecque. Musique: Robert M. Lepage. Montage: Louise Côté.
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Émond y suit sa ligne d'un cinéma indépendant, sans quête d'effets-chocs ou d'explications rabâchées, qui plonge au fond des destins mis en scène sans fournir toutes les clés. Plus sombre que La Neuvaine, grand film porteur de lumière, Contre toute espérance est aussi moins achevé, moins poétique que le premier volet, moins généreux dans son thème, même si de très beaux éléments le constituent.

Le film est une tragédie où l'espérance devient une vertu quasiment d'ironie, à tout le moins d'acharnement, contre un fatum qui s'abat sur l'héroïne, magnifiquement incarnée par Guylaine Tremblay, femme forte et aimante qui n'entend pas se laisser abattre mais craquera sous le poids des assauts.

Au début, l'héroïne apparaît couverte de sang, puis les flash-back nous ramèneront aux moments de bonheur. Devant cette maison au joli jardin acquise par le couple au pied du mont Saint-Hilaire, havre de paix et d'amour. Réjeanne (Guylaine Tremblay) est téléphoniste, Gilles (Guy Jodoin), conducteur de camions, avant de subir deux accidents vasculaires cérébraux qui le laisseront lourdement handicapé, quasi aphasique, chômeur et dépressif. Réjeanne perdra son emploi lorsque le richissime président de la multinationale où elle travaille licenciera son monde, la condamnant aux petits boulots et à la vente de la maison du bonheur.

Peut-être la charge sociale antimondialisation est-elle trop présente ici et le message, un peu appuyé. Mais les films à portée sociale ne sont plus si courants au Québec et bien des dénonciations sont de mise, même si elles auraient réclamé un peu plus de subtilité...

Il manque au scénario cette respiration supérieure qui conférait à La Neuvaine un supplément d'âme. Le rythme s'étiole parfois, ou plutôt s'étouffe sous le trop-plein de détresse. Les drames qui se succèdent auraient sans doute réclamé des épisodes clairs mieux entrelardés pour cimenter la structure du film.

Mais Guylaine Tremblay, si vibrante dans le registre tragique, habite son personnage dans chaque scène du film, concentrée, puissante. Guy Jodoin hérite à côté d'elle d'un rôle en creux, difficile à maîtriser, dont il égare parfois le fil. Gildor Roy se révèle excellent en ami bourru et énergique, alors que René-Daniel Dubois semble trop monolithique dans la peau du policier enquêteur.

Mais Émond parvient à faire vivre cette maison où le couple se parle si peu mais se comprend si bien. Les dialogues sont tissés de silences éloquents. La boîte où l'héroïne travaille comme téléphoniste devient un milieu vibrant, habité. Le jeu des visages de toutes ces femmes, dont on ne connaît pas l'histoire, conférera au licenciement collectif son poids de tragédie.

La maison elle-même, cadre de tous les bonheurs comme de tous les malheurs, est un personnage central, fort bien filmé sous des angles inusités par Jean-Claude Labrecque. Sa superbe caméra épouse avec poésie des scènes crépusculaires du bord du lac de pêche. Des outardes survolent Contre toute espérance, comme autrefois La Neuvaine, mais elles se transforment cette fois en oiseaux de malheur. Seul le dénouement ouvrira une porte sur l'ultime espoir. La musique de Robert M. Lepage, par touches lancinantes qui vont et viennent à travers les malheurs enchaînés, relève du grand art.

Par-delà ses forces et ses faiblesses, Contre toute espérance est un film qui ne cède jamais de terrain aux considérations mercantiles, conserve son intégrité de bout en bout et soulève un poids de questionnements sur une société à la dérive et sans dieu. Émond n'y a pas égaré sa griffe, mais il y cherche quand même son souffle.

* V.o.: Quartier latin, Beaubien, StarCité.


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Un autre avis - par Michel Gélinas
Le samedi 18 août 2007 19:00

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