Un métier au masculin pluriel

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Frédérique Doyon
Édition du samedi 11 et du dimanche 12 août 2007

Mots clés : Institut maritime de Rimouski, pilotes, Eau, Québec (province)

Il faut douze années de formation et de voyages en mer pour régner sur le fleuve

À 36 ans, Bob Pouliot franchira bientôt l'ultime étape de son parcours: il sera pilote de catégorie A, ce qui lui donnera accès à tous les bateaux. Photo: Frédérique Doyon

Photo: Le Devoir

Des quelque 160 pilotes qui conduisent les bateaux de commerce des Escoumins à Montréal, Saguenay compris, seules deux femmes ont épousé la profession.

«On est la seule corporation où il y a des femmes; elles font toutes les deux le trajet entre Québec et Trois-Rivières», indique avec une pointe de fierté Marcel Poitras, président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central.

En effet, prendre le fleuve équivaut presque à prendre mari ou femme. Il faut être souple et dévoué pour accepter de s'embarquer à 12 heures d'avis, parfois au beau milieu de la nuit. Un changement d'affectation peut survenir quelques heures avant le départ, et le pilote peut être dépêché à bord d'un navire qui mettra 18 heures à faire la traversée plutôt que six... On est loin de la conciliation famille-travail!

«Beaucoup de bateaux ne sont pas équipés pour recevoir des femmes», souligne le pilote Jean Perodeau. Mais la véritable raison de l'absence des femmes réside plutôt dans l'accumulation nécessaire de temps passé en mer qu'exige la formation.

«Il faut toujours avoir fait au moins 24 mois de navigation au cours des cinq dernières années», explique le pilote.

Une formation au long cours

Il faut douze années d'études et de voyages en mer pour régner sur le fleuve. À 36 ans, Bob Pouliot franchira bientôt l'ultime étape de son parcours: il sera pilote de catégorie A, ce qui lui donnera accès à tous les bateaux.

Chacune des cinq catégories est associée à un port en lourd, c'est-à-dire le chargement maximal des bateaux: de 20 000 tonnes pour la catégorie C2 à l'absence de limite pour la catégorie A. Afin de se hisser d'une catégorie à l'autre, il faut cumuler entre une et trois années de navigation et obtenir un brevet.

Avant même d'atteindre ces grades, l'aspirant pilote doit passer par l'Institut maritime de Rimouski et naviguer en eaux canadiennes et sur les mers du monde pendant cinq à dix années afin de passer ses brevets d'officier et de capitaine. Apprenti pendant deux ans, il accompagne alors les pilotes brevetés de la circonscription dont il fera sa spécialité. Car la route fluviale jusqu'à Montréal est divisée en trois circonscriptions.

Bob Pouliot travaille dans la première, celle du Bas-Saint-Laurent, qui débute aux Escoumins, là où commence le chenal maritime. Elle s'étend jusqu'à Québec et comprend la rivière Saguenay. C'est la plus ancienne du pays, une «des plus pittoresques et des plus étendues», selon le site de la Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent (CPBSL).

«On a eu 7158 affectations l'an dernier», soit autant de voyages Les Escoumins-Québec et Les Escoumins-Chicoutimi, allers et retours, indique le président de la CPBSL, Pierre Grégoire, pour donner un aperçu de la circulation commerciale dans ce secteur.

De Québec à Montréal, 102 pilotes naviguent dans la circonscription du Saint-Laurent central alors que huit pilotes s'occupent des déplacements de navires au port de Montréal.

Une longue histoire

«L'histoire des pilotes du Saint-Laurent est intimement liée au développement de cette importante voie intérieure de transport et aux progrès de l'activité économique de toutes les localités riveraines», peut-on lire sur le site de la CPBSL.

À l'époque de la Nouvelle-France, les pilotes du Roy tenaient le cap sur les bateaux, peaufinant leur connaissance du fleuve au fil des voyages. Ce sont les jésuites du Collège de Québec qui ont créé les premiers cours d'hydrographie en 1671. Au XVIIIe siècle, on commence à jalonner la route fluviale de postes de pilotage. Le premier s'est implanté en 1730 à l'île du Bic. Sous la gouverne des Anglais, le métier s'organise, le brevet de pilote s'impose, mais la libre concurrence domine jusqu'à ce que soit créée, par une loi du Parlement du Canada-Uni, de 1860, la «Corporation des pilotes pour le havre de Québec et au-dessous» (i.e. entre Québec et Montréal), ancêtre de la CPBSL.


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