Rencontre du deuxième type

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Jean Dion
Édition du vendredi 10 août 2007

Mots clés : Paul-Henri Mathieu, Rafael Nadal, Borg, Sport, Montréal

Rafael Nadal a dû trimer dur pour obtenir son billet pour la ronde des huitième de finale en l'emportant contre Paul-Henri Mathieu.

Photo: Jacques Grenier

Au tennis et dans le sport professionnel en général, il y a deux sortes de moments. Enfin non, il y en a plus que ça, peut-être neuf ou quatorze, mais si on commence à les énumérer, ça ne finira plus, on n'aura pas le temps de donner les scores importants survenus hier à la coupe Rogers présentée par Banque nationale, nous faillirons à notre mission sacrée d'informer, le journalisme sérieux écopera d'un nouvel oeil au beurre noir dont il pourrait bien se passer et le lecteur ira lire autre chose l'âme à l'amertume. Contentons-nous donc de deux pour aujourd'hui.

Mais auparavant, question de remplir au moins en partie la mission, signalons que les deux grands favoris de la foule montréalaise, Roger Federer et Rafael Nadal, ont gagné hier. La possibilité est donc toujours réelle de les retrouver face à face dimanche.

Donc, premier type: le moment d'anthologie. Lorsque celui-ci survient, le sujet observant a tendance à se dire dans son château fort intérieur: tiens tiens, je pense que je vais toujours me souvenir d'où j'étais cette fois-là (qui s'appelle encore cette fois-ci), c'est-à-dire ici même. Exemple quintessenciel: la finale de Wimbledon en 1980. Bjorn Borg contre John McEnroe, messieurs dames. Borg a gagné 1-6, 7-5, 6-3, 6-7 et 8-6. Ç'a bien dû durer cinq heures. Au quatrième set, ce fut carrément débile mental: bris d'égalité, que McEnroe remporte 18-16. 18-16! Mais même là, les chiffres ne racontent pas tout (même si on peut leur faire dire n'importe quoi). L'anthologie réside aussi dans la manière dont un match se joue. Comme le psalmodiait le poète tellement emporté par un match qu'il a fait rimer «sa silhouette diaphane me hante» avec «15-40», it's not whether you win or lose, it's how you play the game.

En l'occurrence, avec des raquettes en bois, de gros cheveux sous le bandeau, des shorts serrés et une intensité de tous les diables.

Cette année-là, d'ailleurs, Borg conquérait son cinquième championnat consécutif sur le gazon du All-England Club, une marque qu'a tout récemment égalée Roger Federer et qu'il pourrait de toute évidence abaisser la saison prochaine.

Plusieurs ont qualifié cet affrontement de «match du siècle», et le bris d'égalité -- ou, comme on dit à l'Académie française, le tie-break --, dans lequel McEnroe a eu sept points de set, en a été le point culminant. S'il a malencontreusement pour effet de réduire la probabilité de matchs de cinq heures -- les meilleurs, sauf lorsqu'il y a une tombée à respecter --, le bris d'égalité, illustration d'à quel point nous vivons dans un monde pressé d'en finir, reste quand même une invention excitante, même s'il faut toujours deux points de différence pour des raisons de service.

Deuxième type de moment, et là, ne vous en faites pas, on arrête de radoter à propos des vieilles affaires et on en vient à la brûlante actualité: le match commence, le sujet observant se lève pour s'aller procurer un chien chaud en compagnie d'une boisson gazeuse, il se vire de bord, il rejette un coup d'oeil au court central et paf, le match est fini.

C'est à peu près ce qui est arrivé hier après-midi à Roger Federer, joueur de tennis numéro un sur la planète sans discontinuer depuis 184 semaines: une rencontre du deuxième type. Il faut dire que, même si, le saviez-vous, il n'y en a pas de faciles dans cette chienne de vie où nous ne faisons que passer, les cartes n'apparaissaient pas de prime abord équitablement distribuées: d'un côté le top du top, de l'autre le 139e au classement ATP, nommément l'Italien Fabio Fognini.

En résumé, le premier set a mis 15 minutes non pas à se mettre en branle mais à se terminer. Le second, lui, a duré une petite demi-heure. Résultat: 6-1, 6-1, et Federer s'en va en quarts de finale. Quelque chose à signaler? Non, pas vraiment. À part peut-être des remarques intéressantes du principal intéressé sur la façon de garder la tête à l'ouvrage dans les matchs à sens unique.

«Mentalement, c'est difficile, parce que les spectateurs veulent en voir plus», a-t-il raconté après la partie. «Vers la fin du premier set et au début du deuxième, ils se mettent à encourager votre adversaire. Vous sentez alors que si votre adversaire croit qu'il a une chance, il va sauter dessus. Ça vous met de la pression. Et ce n'est pas facile. Je m'y suis habitué au fil des ans, mais chaque fois que cela se produit, cela crée une situation étrange: vous jouez bien, et normalement les gens devraient vouloir que vous continuiez à bien jouer, mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent.»

Nadal, pour sa part, a dû trimer pas mal plus dur pour obtenir son billet pour la ronde des huit. Dans un match davantage apparenté au premier type, fertile en émotions* et qui a soulevé bien des oh! et des ah! du côté des gradins, l'Espagnol a surmonté une perte de la première manche pour finalement s'imposer par 3-6, 6-3 et 6-2 devant le Français Paul-Henri Mathieu, demi-finaliste à Montréal en 2005 et 23e joueur mondial. Nadal se mesurera aujourd'hui au gagnant du match d'hier soir mettant aux prises le dernier Canadien en lice en simple, Frank Dancevic, à l'Espagnol Fernando Verdasco.

Par ailleurs, Novak Djokovic, Lleyton Hewitt, Nikolay Davydenko et Radek Stepanek ont aussi accédé aux quarts. Le troisième joueur mondial Andy Roddick jouait pour sa part en soirée hier contre le Chypriote Marcos Baghdatis. À la fin de la journée aujourd'hui, on connaîtra l'identité des membres du carré d'as.

(* Je tiens à souligner par ailleurs qu'il est de fort mauvais goût de qualifier un match de tennis de «fertile en rebondissements». Trop facile. Comme disait Victor H., le calembour est la fiente de l'esprit qui vole.)


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Encourager le perdant - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 10 août 2007 09:00

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