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Une position indéfendable
Autrement dit, d'après M. Spector, cette élection aurait une portée internationale pour S. Harper si un conservateur la remportait, en lui permettant d'affirmer haut et fort la position du Canada concernant l'Afghanistan. N. Spector reprend donc à son compte la politique à géométrie variable concernant notamment ce pays et la mission des troupes canadiennes en Afghanistan. «Je pense que si on reste en Afghanistan après 2009, les Canadiens s'attendent à ce que l'on ait une nouvelle mission. Les Canadiens sont assez clairs: si on reste après 2009, il faudra avoir une certaine évolution» de la mission, des troupes canadiennes, déclarait S. Harper le 10 juillet à Calgary. On est loin des déclarations précédentes, qui ne fixaient pas de délais à cette mission. Mais la population canadienne n'aime pas cette mission et la population québécoise encore moins. Alors! élections obligent.
En effet, rester, c'est assumer des risques imprévisibles, c'est-à-dire des pertes en vies humaines, des dépenser incalculables, des résultats incertains, le tout pendant combien de temps, des dizaines d'années? Mais surtout et dans l'immédiat, c'est pour Stephen Harper se placer dans une situation délicate, étant donné les réactions de l'opinion publique. Son avenir politique risque de se trouver mis à mal. D'où très certainement ses nouvelles déclarations voulant qu'il ne demande pas à nos troupes de continuer leur travail en l'absence d'un consensus parlementaire. Stephen Harper sent tourner le vent, qui risque de balayer sa prochaine victoire électorale espérée, comme le vent balaie les feuilles mortes. Et Norman Spector semble sentir aussi les effets du même vent qui, sans le dire tout en le disant, favorise l'élection d'un conservateur dans Outremont. Il est à peine besoin de lire entre les lignes.
Mais le « mandat clair à la Chambre des communes » dont il nous parle n 'est sans doute que la nouvelle façon selon laquelle S. Harper envisage de se sortir d'un dilemme insoluble, rester ou partir, en faisant porter à l'ensemble de la députation la responsabilité de la solution. Cette stratégie peut-elle réussir à le tirer d'affaire? Ou, en parlant de «nouvelle mission », a-t-il en réserve une botte secrète qu'il ne sortira qu'à la dernière minute? Pourrait-il s'agir de négocier avec l'OTAN, pour retirer nos troupes de la zone dangereuse de Kandahar et les replacer dans une zone pacifiée, avec une mission de reconstruction, le Canada ayan payé son tribut à la cause commune?
Contrairement à ce que pense Norman Spector qui a déclaré que «si le Canada choisit de ne pas continuer sa mission à Kandahar -- et ceci sans même offrir d'y rester si nos alliés acceptent de venir nous y rejoindre --, il se pourrait bien que ses citoyens se lèvent un jour sans être capables de se regarder dans le miroir », la solution ne consiste pas dans l'élection d'un conservateur à Outremont, surtout en évoquant des raisons sentimentales. Elle est d'un tout autre ordre qui ne relève pas de la politique politicienne ou d'une sentimentalité exacerbée. La solution du problème ne peut reposer que sur une analyse rationnelle des faits, de la situation, de ses répercussions. C'est de cela dont il devrait être question et non de gagner un vote de plus, de gagner une élection partielle qui ferait croire que le Québec, justement majoritairement opposé à l'intervention en Afghanistan, varie dans sa position, fait confiance à S. Harper, ce qui, comme référence, aurait pour lui des répercussions positives ailleurs au Canada, lors d'une élection générale.
Le Premier ministre devrait réfléchir à ce qu'a dit, dans un discours remarquable et remarqué qu'il est bon de citer encore une fois, le député travailliste Aneurin Bevan, alors dans l'opposition, le 3 décembre 1956 à la Chambre des communes britannique, lors de la crise du canal de Suez: «... quand une nation fait la guerre, elle devrait être tout à fait claire sur sa raison. Et elle ne devrait jamais changer son raisonnement au fil du temps». Cette assertion reste vraie de nos jours. Puisque le Canada est en guerre, il devrait en connaître clairement les raisons et c'est au gouvernement de les donner, surtout lorsqu'il change de position à ce sujet. Et la crise de l'Afghanistan, celle de la présence du Canada dans ce pays, doit se résoudre sur cette base: des raisons claires, valables, pesées et soupesées, connues de tous, et non des calculs politiques intéressés.
