L'Afghanistan comme enjeu électoral
Mots clés : Afghanistan (Pays), Élection, Tom Mulcair, Canada (Pays)
Parmi les dix principaux enjeux que les conservateurs voudront mettre en avant lors de l'élection partielle d'Outremont, j'imagine que l'Afghanistan figurera au bas de la liste. Mais que cela leur plaise ou non, les tories n'auront pas le choix de s'y attaquer puisque les électeurs ne sont pas encore fixés, tant sur le bilan récent des conservateurs que sur le bilan passé des libéraux.
Déjà, libéraux et conservateurs ont nommé des candidats qui possèdent une expérience considérable dans le domaine des relations internationales. En tant qu'ancien ambassadeur, le candidat conservateur, Gilles Duguay, a l'avantage supplémentaire d'avoir laissé peu de traces. Ce n'est pas du tout le cas du candidat libéral choisi par Stéphane Dion, l'ancien journaliste et universitaire Jocelyn Coulon.
Bien que les conservateurs aient peu de chances de gagner cette élection partielle, M. Duguay peut certainement renforcer la position du premier ministre Harper sur l'Afghanistan et, du coup, affaiblir le leadership de M. Dion. Toutefois, pour réussir cette mission, M. Duguay devra reconnaître que le candidat néo-démocrate, l'ancien ministre Tom Mulcair, est son allié. Les néo-démocrates ont beau exiger un retrait immédiat des troupes en Afghanistan, leur position est demeurée constante depuis que l'ancien premier ministre Jean Chrétien a pris la décision de faire la guerre aux côtés des Américains, en 2001.
En fait, c'est M. Mulcair qui, malgré son manque d'expérience en politique étrangère, a ouvert le jeu en demandant à M. Coulon de justifier la guerre «d'agression» que mène le Canada en Afghanistan. Égal à lui-même et à sa vision pearsonienne du monde, M. Coulon a répliqué que nous ne devrions pas rougir de notre intervention en Afghanistan, qui a été faite sous l'autorité politique et morale la plus élevée de l'humanité, soit celle des Nations unies, ce qui n'était pas le cas en Irak, a-t-il expliqué à The Gazette. «Quand nous avons vu les Américains violer des engagements internationaux, quand nous avons vu que les Américains de George W. Bush étaient aussi peu sensibles au multilatéralisme auquel nous croyons et que nous avons aidé à construire au cours des 50 dernières années, nous avons dit: "non!".»
L'autorisation de l'ONU
Les mots de M. Coulon nous rappellent que le Canada n'a pas pris part à la guerre en Irak non pas parce que nos services de renseignement soutenaient une position qui ne s'accordait pas avec celle des Américains et des Britanniques sur la question des armes de destruction massive mais en raison de l'absence de l'autorisation de l'ONU. L'Afghanistan, par ailleurs, a satisfait la passion libérale pour le multilatéralisme, ce qui explique pourquoi le Canada a pris part à la «guerre contre la terreur» de M. Bush et grossi les rangs des troupes combattant le «terrorisme inspiré par al-Qaïda», comme l'a expliqué le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, Gordon Brown, la semaine dernière à Washington.
Avant de devenir candidat libéral, M. Coulon avait reconnu que la guerre en Afghanistan serait «coûteuse, longue et sanglante, et qu'un échec serait possible». Mais il a soutenu cette guerre en disant que c'était là «le prix à payer pour essayer de sauver ce pays». L'élection partielle d'Outremont sera l'occasion idéale pour M. Coulon d'expliquer la politique actuelle du Parti libéral du Canada, qui préconise un retrait de nos soldats de Kandahar en 2009 avant même que la mission ne soit complétée. Au moment même où le sous-chef et l'ancien candidat à la direction du PLC Michael Ignatieff faisait son mea-culpa à propos de la guerre en Irak cette semaine, ni lui ni M. Dion n'ont daigné faire de même pour avoir enrôlé le Canada dans la guerre contre le terrorisme en Afghanistan. M. Coulon sera certainement vulnérable à une attaque conservatrice qui fera valoir que la mort de chaque soldat québécois serait vaine si le Canada décidait de se retirer de l'Afghanistan avant que l'OTAN ne soit en mesure de remplacer nos troupes.
Un peu de clarté
Le candidat conservateur devra cependant pouvoir compter sur une politique conservatrice claire, ce qui signifie que le premier ministre Harper devra faire de l'ordre dans les messages de son gouvernement. Dans cette perspective, l'élection partielle constitue une occasion en or pour le premier ministre d'annoncer son intention d'aller chercher un mandat clair à la Chambre des communes pour se ménager un rapport de force dans les négociations de la «nouvelle» mission à Kandahar dont il a tant parlé. Ce mandat devrait lui permettre de préciser nos exigences en ce qui a trait à la contribution attendue de nos alliés de l'OTAN, tant sur le plan des troupes déployées que sur celui de l'aide au développement.
Minoritaires au Canada, les Québécois, tant fédéralistes que souverainistes, comprendront sans doute bien cette approche, eux qui ont déjà une grande expérience des négociations intergouvernementales.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
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