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Où s'enfoncent les Etats Unis ?

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Christian Tallon (christiantallon@hotmail.com)
Envoyé Le mercredi 08 août 2007 14:00



Ma précédente réaction dans laquelle je faisais remarquer que la gestapo elle aussi cherchait des renseignements n'ayant pas été visiblement retenue par le modérateur, je rebondis sur l'excellente intervention de Serge Charbonneau.
Oui, c'est terrible et pourtant demain tout sera oublié. Maintenant, comme je connais un peu l'histoire des Etats-Unis, je me demande comment la Nation qui symbolise la déclaration des droits, la liberté en est arrivée à de telles monstruosités et qui est tirée de l'Angleterre, la Nation de l'Habeas Corpus, peut en arriver à de telles monstruosités.

Je dois dire que j'ai passé quelques heures à essayer d'avoir une réponse un peu étayée.

J'ai trouvé un livre très intéressant de Günther Anders, traduit de l'allemand que je ne connaissais pas du tout "Nous, fils d'Eichmann". On est un peu secoué par ce livre parce qu'il montre de façon implacable que l'organisation des sociétés industrielles tend naturellement à créer du monstrueux. Il décrit notre monde qui s'organise autour de machines qui ont pour but l'efficacité maximale et qui ont besoins de servants (le journaliste utilise peut-être un logiciel qui lui dit combien de texte il doit écrire par exemple et en combien de temps). Chacun devient un rouage d'une machine et s'il évite le burn out, ne survit qu'en ne percevant plus la monstruosité de ce qu'il fait (la démonstration est plus intelligente mais je ne peux pas écrire le livre).

L'auteur en arrive à deux conclusions : pour lui,

1 : Auschwitz n'a été qu'un début, qui est venu trop tôt. Le totalitarisme politique nazi ne pouvait pas s'appuyer à cette époque sur le totalitarisme technicho-machinique qui existe de nos jours.

2 : Nous sommes tous les rouages d'une méga-totalitarisme à venir. "ceux d'hier ont été les précurseurs de notre univers monstrueux d'aujourd'hui" p 93. Avec la machinisation du monde augmente notre "co-machinisation".

Les employés (vous, moi, nous, le voisin ...)
1 - Sont le rouage d'une machine (l'ordinateur par exemple)
2 : Prennent l'existence de la machine comme sa justification
3 : Sont "détenus" par la parcellisation des tâches
4 : Ne peuvent plus se représenter ce pour quoi ils travaillent (ex bombe atomique), usines d'armements etc ..

Pour l'auteur, l'empire de la machine s'étend au monde entier et l'homme est son serviteur. La machines est "notre malédiction". Les machines ne sont plus dans le Monde, mais le Monde est dans la machine. Le monde devient machine avec une puissance naturelle d'expansion.

Ceux qui ne sont pas formatables en rouages dociles sont expulsés, détruits ou s'auto-détruisent (prison, drogue, alcool, sans logis, peuples "archaiques", peuples religieux non machiniques).

L'effoi, le respect, la pitié, la compassion, le sentiment de responsabilité n'étant pas machiniques, l'être humain les perd et devient un robot consommateur de produits fournis par les machines.

Selon l'auteur, il y a un stade où l'homme n'est plus en mesure de s'appercevoir de la monstruosité de ce qu'il fait (viol, torture, mettre un bébé dans une poubelle) car il est formaté par la machine qu'il sert.

" le monde, se soustrayant aussi bien à notre représentation qu'à notre perception devient de jour en jour plus obscur ; si obscur que nous serions en droit d'appeler notre siècle un "dark age".

Tout ceci n'est pas très réjouissant mais il semble que nous soyons la dernière génération capable d'arrêter la robotisation de l'homme et donc sa disparition en tant qu'humain. La prophétie de Malraux est donc plus que jamais actuelle : le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas.

D'autres références comme Bernanos (la France contre les robots), Heidegger, Aron avaient bien sonné l'alarme après la guerre mais la machine a eu raison d'eux. Ils sont déjà écrasés. Personne ne les lit plus. La seule différence entre un robot et un humain est qu'un humain a une âme. Mais on peut aussi vivre sans et enlever des mots superflus du dictionnaire.

La responsabilité des journalistes est écrasante. Il n'y a qu'eux qui puissent encore voir et éclairer le lecteur. En France, ils sont déjà devenus des rouages. Il n'y a plus rien à attendre d'eux. Il reste une lueur d'espoir du côté du Québec. Résonne alors de façon différente le "Vive le Québec libre" du Général de Gaulle "que reste vivant le Québec", peu importe sous quelle forme à condition qu'il prenne en dépôt l'humanité qu'il s'oppose à la dégradation cynique de l'homme.

Ce n'est pas gagné mais ce n'est pas perdu ! Mais le temps presse ! Que fera la génération qui tue des gens 3 heures par jour à 8 ans quand elle aura 25 - 30 ans ? Quels ordres donnera-t-elle quand elle aura la bombe atomique ?

Günther Anders
Nous fils d'Eichmann
Bibliothèque Rivages
ISBN : 2 - 7436-0529-4

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