Spectacle - Marilyn Manson est en ville
Mots clés : Centre Bell, Marilyn Manson, Musique, Spectacle, Montréal, Québec (province)

Photo: Agence Reuters
Il a effectivement tâté de la chose, mais après un divorce et des démons pleins la tête -- il avoue candidement être un éternel tourmenté --, l'homme de six pieds quatre pouces revient à ses premières amours. Il faut dire qu'il vient tout juste de lancer Eat Me, Drink Me, son sixième album mais son premier depuis 2003. Ce disque a été entièrement écrit dans la foulée de la dépression dont il a souffert après la fin de sa relation tumultueuse avec l'actrice américaine Dita Von Teese. Les textes sont plus personnels alors que la révolte sociale antiaméricaine et antireligieuse est absente du tableau, pour l'instant du moins. Peut-être a-t-il aussi été influencé par son groupe préféré, Radiohead.
Si une image d'épouvantail peu fréquentable lui colle à la peau, certains ont néanmoins découvert une autre facette de la bête gothique grâce au documentaire de Michael Moore sur la tuerie de Columbine. Accusé d'en être en partie responsable parce que les deux jeunes tueurs faisaient partie de ses fans, il avait alors eu l'occasion de s'expliquer. C'est ainsi qu'avec stupéfaction, plusieurs ont vu que l'homme était éloquent, posé, voire intelligent.
D'ailleurs, si on fait l'effort de mettre de côté la somme de bêtises écrites et répétées au sujet du personnage, il faut reconnaître que l'ennemi juré des groupes religieux américains sait s'entourer d'excellents musiciens. On doit notamment les sonorités les plus connues (dont celles de Beautiful People) à ses collaborateurs actuels ou antérieurs, dont Trent Reznor, leader de Nine Inch Nails.
Mais sur scène, le chef de l'orchestre, c'est «le révérend» lui-même. Son ego ne laisse place à personne d'autre. Au fil des ans, ses anciens confrères ont tous été remplacés ou ont quitté le navire. Seul le batteur est resté, même s'il a déjà reçu un pied de micro en plein visage. Ce temps des crises de nerfs et des automutilations est d'ailleurs bien fini, même si Marilyn Manson s'amuse toujours à provoquer le public. Il gère avant tout un théâtre huilé au quart de tour où les faciès et la mise en scène inondent les yeux et les oreilles. Il se dit d'ailleurs inspiré par le David Bowie de la période Ziggy Stardust.
On a droit à de la symbolique à grand déploiement. Sa costumière travaille d'ailleurs très fort. Lors de sa dernière tournée, il enfilait notamment un chapeau de Mickey Mouse et, juché sur un promontoire qui lui donnait des airs de prédicateur, il déchirait une bible pendant une pièce intitulée Antichrist Superstar. Ouf!
Armé de sa musique «rentre dedans», Manson (pour les intimes) est homme de concentré. Les pièces s'enchaînent le plus souvent sans pause, laissant peu de répit à la foule entassée devant la scène, dans l'oeil du cyclone. Homme de concentré, disions-nous? Pour ses trois derniers passage à Montréal, il avait opté pour le Medley. En 2001, pour la tournée de l'album Holy Wood, les sardines empaquetées dans le mosh pit du Saunapolis avaient eu droit à seulement 50 minutes de spectacle. Depuis lors, sa moyenne a grimpé à une heure et demie.
La maxime, elle, est restée la même: «Je refuse d'être l'esclave d'un dieu qui n'existe pas / Je refuse d'être l'esclave d'un monde qui se fout de tout», résume-t-il dans The Fight Song.
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