Vos réactions
Oui mais, il manque quelque chose
Il manque toutefois une partie importante à cet aveu, qu'il eût été fort intéressant de connaître: les motifs, les raison, les bases, les analyses sur lesquelle s'est appuyée cette approbation. Il déclare dans son texte que «[l'improvisation may not stave off failure». Or, on peut se demander si sa décision d'approuver un Bush va-t-en guerre ne relève pas de l'improvisation, ne repose pas sur cette confidence d'un ami irakien en exil, dont il parle au début de son texte, qui lui a déclaré que la guerre était la seul chance pour les membres de sa génération de voir la libération du leur pays.. On sait ce que valaient nombre d'assertions d'exilés irakiens.
À quelle analyse de la situation et des conséquences de cette guerre, l'éminent professeur de Harvard s'est-il livré? Analyse juridique, politique, religieuse, géographique? A-t-il entendu la déclaration du président d'alors de la République française parler de l'ouverture «d'une boîte de Pandore» et s'est-il demandé ce que cela voulait dire? A-t-il étudié l'histoire de l'Irak et de sa division en groupes, en tribus et en confessions religieuses opposées que maintenait la main de fer tyrannique de Saddam Hussein? Qu'allait-il se passer une fois cette main coupée? Des revanches n'allaient-elles pas se manifester?
Et les déclarations outrancières de G.W. Bush sur les armes de destruction massive et les liens avec al-Quaïda, remises en question même aux États-Unis dès avant la guerre. ont-elles suscité de sa part quelques réflexions ou vérifications? M. Ignatieff a-t-il fait une analyse géopolitique de la situation, notamment avec la proximité de l'Iran chiite?
Sur le plan du droit, à quelle analyse le professeur s'est-il livré? En envahissant l'Irak sous de faux prétextes, Bush se plaçait dans l'illégalité puisque cette guerre n'avait pas reçu l'approbation de l'ONU. Dans un tel cas, il s'agit d'une agression selon la définition annexée à la résolution 3314 de l'Assemblée générale des Nations Unies, en date du 14 décembre 1974, adoptée par consensus : « ... l'agression est l'emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations unies... » . C'est une définition simple et évidente, qui suffitsait à montrer ce qu'il en était de l'invasion de l'Irak : une guerre illégale, comme l'a d'ailleurs déclaré le secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan.
On aurait aimé que M. Ignatieff nous explique clairement tout cela, car sa décision d'appuyer G.W. Bush ressemble plus à une réaction émotionnelle qu'à une décision rationnelle, fondée sur de solides arguments. De la part d'un professeur, c'est au minimum ce à quoi on s'attend, puisqu'un enseignant n'est pas censé professer dans le vide. Cette particularité étant réservée aux prêcheurs de tous ordres et de toute secte.
Or, cette lacune dans la reconnaissance d'une erreur de la part du député Ignatieff pose de sérieuses questions. S'il n'a procédé à aucune des analyses brièvement mentionnées, s'il n'a pas fondé sa décision sur de solides arguments logiques et rationnels, comme aurait dû le faire un professeur universitaire, il y a là matière à s'inquiéter. Dans son texte, il passe un peu trop vite sur l'importance bien relative des décisions d'un professeur et sur ses responsabilités. C'est une excuse un peu trop facile de dire, pour justifier son erreur de jugement que : «dans la vie universitaire, une idée fausse est simplement fausse. Dans la vie politique, une idée fausse peut ruiner la vie de millions de personnes. » Ce qu'il devrait expliquer c'est pourquoi il a appuyé une idée fausse, sur quoi son jugement s'est base et comment il va éviter de retomber dans la meme ornière.
M. Ignatieff ne nous offre rien de tel. Or, les decisions politiques qu'il est amené à prendre devrait reposer elles aussi sur des fondements solides, pour qu'ellee ne soient des idées fausses. Il ferait bien de nous expliquer comment il va avoir le «sens de la réalité» en politique, selon son expression, alors qu'il ne l'a pas eu auparavant. S'exprimait-il alors à la légère? Et s'agit-il maintenant d'une veritable conversion? On est loin d'en être certain puisque pour lui «... la politique est du théâtre». On peut alors se demander si le texte qu'il vient de publier dans le New York Times sous le titre «Getting Iraq Wrong» n'est pas simplement le scenario d'une comédie de boulevard!
