Coupe Rogers de tennis - Federer-Nadal, la finale idéale?

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Jean Dion
Édition du lundi 06 août 2007

Mots clés : Rafael Nadal, Roger Federer, Coupe Rogers de tennis, Sport, Montréal

Lorsqu'on suit le tennis avec une assiduité relative, un peu en périphérie mettons, avec un dilettantisme coupable qui se contente de faits saillants aux nouvelles et de bouts de match de temps à autre, une nette impression se dégage: Roger Federer et Rafael Nadal sont toujours en train de s'affronter quelque part, de préférence en finale d'un tournoi. Non mais c'est vrai: ces deux-là, de loin les deux meilleurs au monde, se sont développé par le hasard d'une simultanéité d'accession au sommet de leur talent (c'est de la poésie de fond de court) une rivalité, plutôt amicale semble-t-il, qu'on n'avait pas vue depuis longtemps.

Personnellement, si vous m'autorisez une tranche de vie d'amateur, le tout soulève en moi des effluves de réminiscences de Borg-Connors, puis de Borg-McEnroe. Après, je ne me souviens plus, c'est trop récent. Ainsi va la mémoire en vieillissant: je peux vous donner le coup par coup de la finale de Wimbledon en 1977, mais la semaine passée est un peu floue, et avant-hier un trou noir.

Enfin, toujours est-il qu'il faut être lourdement blasé pour se lasser de ces duels épiques, surtout que ça ne devrait pas nous déranger qui gagne chaque fois puisque les deux possèdent des personnalités avenantes. Pas de méchants, juste des bons. Ça nous change d'autres têtes d'affiche d'autres sports professionnels dont vous pouvez élaborer une liste dans l'intimité de votre domicile résidentiel.

Et pour la première fois, Montréal pourrait, à l'occasion de la coupe Rogers 2007 dont les activités du tableau principal se sont mises en branle hier sous un joli soleil d'août, voir les deux colosses face à face. Sur une surface «neutre» en plus, le terrain dur du bon vieux parc Jarry. Pour que cela se produise, il suffit que Federer et Nadal se rendent sans faute jusqu'à dimanche prochain. Une paille. Qui diable pourrait surgir en travers de leur chemin respectif? En tout cas, on peut parier qu'un pareil scénario ne déplairait pas aux dirigeants de Tennis Canada. Quoiqu'en termes de paris, il faut faire attention ces jours-ci dans le monde du tennis. Voir l'histoire de Nikolay Davydenko. Nous y reviendrons, n'ayez crainte.

Comment, vous voulez qu'on y revienne tout de suite? C'est votre passion dévorante du jeu compulsif, n'est-ce pas? Pourtant, Loto-Québec vous a bien dit qu'il était périlleux de frayer dans ces eaux-là. (Mais qu'il est difficile de ne pas succomber à la tentation. Les résultats en direct des matchs de tennis, par exemple, sont présentés en ligne par le Casino de Montréal. Ça donne des idées.)

Voici donc. Remarquez, ce n'est peut-être rien, mais c'est quand même suffisamment quelque chose pour que l'ATP ait ordonné la tenue d'une enquête indépendante. Jeudi dernier, Davydenko, 4e au classement mondial (et quatrième tête de série à Montréal), disputait un match de deuxième tour au tournoi Prokom de Sopot, en Pologne, face à l'Argentin Martin Vassallo Arguello, détenteur de la 87e place au classement ATP. Or pour ce match, la maison britannique Betfair, qui exploite un site de paris en ligne, a reçu des mises de l'ordre de sept millions de dollars américains, soit dix fois les sommes ordinairement engagées dans une rencontre de cette envergure. Fait à noter: la plus grosse partie de l'argent placé l'était derrière Arguello, y compris après que celui-ci eut perdu le premier set par 6-2.

Arguello a ensuite remporté la deuxième manche 6-3 et menait 2-1 au set décisif lorsque Davydenko a déclaré forfait en raison d'une blessure au pied. Dans un geste sans précédent, Betfair a décidé de déclarer non valides tous les paris faits sur le match, et le tout a incité l'ATP, qui sait les effets délétères que de semblables suspicions peuvent avoir sur le merveilleux monde du sportª, à ouvrir une enquête.

Davydenko a protesté de son innocence, et son agent Eckhard Oehms a fait savoir que son client était «abasourdi» par cette histoire de paris douteux. (En fait, Oehms a utilisé le mot «flabbergasted», qui se rend en français du terroir par «flabbergasté», mais vous savez peut-être comment c'est, dès qu'on s'aventure hors des mornes sentiers battus des préceptes de l'Académie française, on se ramasse avec une tonne de lettres de la part de linguistes patentés qui disent pour l'essentiel: félicitations monsieur l'écrivailleur, quand le français correct aura disparu de la terre d'Amérique, vous aurez gagné. Aussi persisté-je et paraphé-je: Davydenko était abasourdi.) On aura sans doute l'occasion de lui en parler cette semaine, si d'aventure sa blessure ne l'empêche pas de prendre part au tournoi.

Où en étions-nous? C'est cela: Roger et Raffi. Il y a deux ans, soit la dernière fois que les messieurs se produisaient à Montréal, Nadal avait débarqué en forme d'ouragan, lui qu'on venait de découvrir à 19 ans alors qu'il avait passé les premiers mois de 2005 à tout balayer sur son passage. Il n'avait pas déçu sur le central, s'offrant même le championnat dans une finale «passation des pouvoirs d'une génération à l'autre» en défaisant l'increvable Andre Agassi. Agassi qui devait prendre sa retraite quelques jours plus tard après un ultime baroud d'honneur au US Open.

Mais Federer, qui trônait déjà au sommet du classement interplanétaire depuis un an -- et ne l'a pas quitté depuis, abaissant ce faisant la marque historique de Jimmy Connors, vous ai-je déjà parlé de Jimmy Connors? --, n'avait pas pu concourir, ennuyé par une blessure, au pied également si je me souviens bien, mais ne comptez pas trop là-dessus. On n'avait pas donc pas eu droit au grand choc.

Cette fois pourrait être la bonne. Les deux connaissent une année à la mesure des immenses attentes, le Suisse avec quatre titres et un dossier de 36-5, l'Espagnol avec six championnats et un rendement de 56-8. En 2007, leurs chemins se sont croisés à quatre reprises, dans les finales de Monte Carlo, Hambourg, Roland Garros et Wimbledon; résultat: deux gains de chaque côté. Par ailleurs, ils se partagent les trois derniers titres de la coupe Rogers masculine, Federer l'ayant emporté à Toronto en 2004 et 2006 et Nadal à Montréal en 2005.

Et les voici, comme on disait, sur une surface neutre. En carrière, Nadal domine les duels 8 à 5. Calibrons maintenant les choses par type de surface. Gazon: 2-0 Federer. Terre battue: 6-1 Nadal. Dur: 2-2. Les statistiques sont vraiment un truc formidable.

Une pareille finale serait ce dont tout le monde rêve, sauf bien sûr les seuls qui aient un mot à dire là-dedans: les autres joueurs, parmi lesquels tous les autres meilleurs du monde, et parmi lesquels un certain Novak Djokovic, numéro 3 mondial, sorti d'un peu nulle part. Ça devrait donner une sacrée bonne semaine de gros tennis.


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L'art du tennis - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 06 août 2007 08:00

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