19es FrancoFolies de Montréal - Émilie Simon - Valérie Leulliot - Antoine Gratton -Judi au 7e ciel - Ariane Moffatt - La moiteur, pour le pire et pour le meilleur

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Sylvain Cormier
Édition du samedi 04 et du dimanche 05 août 2007

Mots clés : 19es FrancoFolies de Montréal, Émilie Simon, musique, Montréal

Émilie Simon

Une brise salutaire m'a accueilli dans le hall du Spectrum. Les mille millions de gouttes de sueur qui me descendaient jusqu'alors le long du dos, épousant mes contours telles les coulées de lave d'une montagne menaçant de redevenir volcan, ont rigolé comme autant de rigoles. Du coup, j'étais bien. Moite mais bien. Je n'étais pas le seul. Sur scène, Émilie Simon semblait elle-même en état d'apesanteur. Encore et toujours petite fleur à corolle blanche (c'est son uniforme, avec le harnachement techno façon Robocop au bras), elle flottait joyeusement, et tout le Spectrum avec elle. Sa pop sinusoïdale, oscillant constamment entre électro et rock, était oasis: les grooves nous grisaient, la voix diaphane nous effleurait, les mélodies nous caressaient, petites bruines de notes composant des comptines quasi enfantines. Opium était dûment hallucinogène, Fleur de saison en pleine éclosion, et Swimming la meilleure occasion imaginable de faire la planche et de se laisser dériver en ce début de jeudi soir aux Francos.

Je suis sorti alors que, lovée sur son piano à queue, l'Émilie jolie se lançait dans son Désert. Et j'ai bien failli rebrousser chemin dès les portes franchies: dehors, la chape de plomb assommait. De fait, désert pour désert, il y avait bien peu de candidats à la liquéfaction sur le gravier de la «zone Molson Dry» pour le premier spectacle en solo de Valérie Leulliot aux FrancoFolies: les deux fois d'avant, faut-il le rappeler, Valérie était la chanteuse d'Autour de Lucie. Confusion des prénoms qui expliquait peut-être aussi en partie cette désaffection: tout est à refaire, constations-nous. C'était pourtant un peu beaucoup les strummings de guitare d'Autour de Lucie (première époque), la même voix évanescente, la même absence de saillies sur la surface lisse des mélodies. Le moment était quand même plutôt à passer, assis à la buvette du site, sirotant un diète quelque chose. C'était moins agréable pour ceux qui se tenaient debout dans le désert, sous le soleil, fût-il déclinant: cette musique est décidément trop statique pour un spectacle extérieur. Qui veut visiter une exposition de papier peint en plein air, surtout quand il n'y a pas d'air? Au Spectrum hier soir, en programme double avec Urbain Desbois, la même Valérie Leulliot et les mêmes fort belles chansons de son album Caldeira ont sans doute trouvé bonheur et fraîcheur.

Jeudi, mon bonheur était ailleurs. En chemin vers le théâtre Maisonneuve, où Judi Richards s'offrait assurément un joyeux party avec Nanette, son Yvon (Deschamps!), Daniel Lavoie et ses chums de fille du temps de Toulouse, je n'ai pas pu faire autrement que m'arrêter devant le Complexe Desjardins: Antoine Gratton, version full band pour une fois, lui qui s'est démené tout seul dans les bars de Spa toutes les Francos belges durant (j'en témoigne), était déchaîné. Suer pour suer, il ruisselait de plaisir. Sa pop beatlesque était toute en muscles, puissante et spectaculaire: À l'aide, la «chanson que tout l'monde veut entendre», était entendue haut et fort par tout le monde: la moiteur ambiante devenait vecteur de courant électrique, et ça chauffait, bon sang, ça chauffait! Gratton a terminé la chanson à genoux, étirant la fin sur sa basse-violon pareille-comme-celle-de-McCartney-sauf-la-couleur.

Je l'ai laissé clapoter dans son bain. À la PdA, une rayonnante Judi achevait sa première partie dans la félicité de l'amitié: tout baignait pour elle aussi dans ce spectacle bon enfant et sympathique, le medley disco de Toulouse réuni, le duo avec Nanette, le petit numéro sur les anglos de chez nous, couronné par l'arrivée d'un Yvon Deschamps souverain. Résumons ainsi l'ambiance: tous les invités ont fait les choeurs pour Deschamps pendant Les Fesses, et le rideau est tombé sur tous les invités vus de derrière, montrant leurs derrières...

Dehors, la Catherine, déjà très pleine pour Gratton, s'était remplie à ras bord pour Ariane Moffatt. Le moment était symbolique: Ariane retrouvait la scène de son premier vrai spectacle remarqué et remarquable, cinq ans plus tôt. On était dans la même moiteur: elle s'en souvenait, on s'en souvenait. Belle coïncidence. Rien n'avait changé, sinon Ariane elle-même. Si elle avait peu quitté son piano en 2002, c'est le piano qui la suivait avant-hier: plus que mobile, bondissante, autant gymnaste que chanteuse, elle a transformé la place en immense discothèque. Il faisait encore chaud à 21h30, très chaud. Mais c'était surtout parce que tout le monde bougeait. En rythme. Vu de la terrasse du Hyatt, c'était d'un splendide synchronisme. Une communion. Dans le plus gros sauna en ville.

Collaborateur du Devoir


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