Le drapeau russe n'impressionne guère Ottawa

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Édition du vendredi 03 août 2007

Mots clés : expédition, drapeau, Arctique, Souveraineté, Russie (pays), Canada (Pays)

Harper entend mieux défendre la souveraineté canadienne dans l'Arctique

Le réchauffement qui s'accélère dans les régions nordiques pourrait aussi faciliter la navigation dans les eaux de l'Arctique, ouvrant un passage plus rapide pour les navires.

Le Canada ne s'est guère montré impressionné par l'expédition russe qui a planté son drapeau dans les fonds marins du pôle Nord, à quatre kilomètres de la surface. Tout en minimisant la portée du geste, Ottawa a néanmoins réitéré son intention de mieux défendre la souveraineté canadienne dans l'Arctique.

«Nous ne sommes plus au XVe siècle. On ne peut pas aller n'importe où dans le monde planter des drapeaux et dire: nous revendiquons ce territoire», a lancé avec ironie le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay.

En marge de la réunion du caucus conservateur, M. MacKay a tenté de tourner en ridicule l'expédition russe, faisant peu de cas de «ce qui est essentiellement un spectacle de la part de la Russie».

Des explorateurs russes ont planté hier un drapeau au fond de l'océan Arctique, à plus de 4000 mètres sous le pôle Nord, au terme d'une expédition témoignant des velléités territoriales de Moscou sur l'Arctique et ses hydrocarbures.

Tout en affirmant ne pas très bien comprendre «la signification de cet acte», le premier ministre Stephen Harper a dit y voir un signe «qu'à l'avenir, l'importance de l'Arctique va augmenter».

«Nous devons agir rapidement pour assurer notre souveraineté à l'avenir et nous avons l'intention de le faire», a déclaré M. Harper, qui doit se rendre prochainement dans l'Arctique.

Le mois dernier, Ottawa avait annoncé un investissement de sept milliards en 25 ans pour l'achat de six à huit navires de patrouille afin de sillonner la région que lorgnent plusieurs nations, dont la Russie.

Le Nouveau Parti démocratique en a profité pour réclamer un débat à la Chambre des communes sur la souveraineté du Canada dans l'Arctique et ses revendications sur les terres et les eaux du Nord. «Cela démontre jusqu'à quel point Stephen Harper et les conservateurs sont à la traîne lorsqu'il s'agit d'affirmer notre souveraineté légitime dans l'Arctique», a déclaré le député néo-démocrate Dennis Bevington, représentant la circonscription Western Arctic.

Lors de la campagne électorale, le Parti conservateur avait promis l'achat de trois puissants brise-glace pour patrouiller à longueur d'année le territoire généralement recouvert d'une épaisse couche de glace. C'est plutôt l'achat de navires polyvalents qui permettent de s'aventurer dans les eaux arctiques seulement par temps chaud qui a été confirmé récemment par M. Harper.

Quelques mois pour revendiquer

L'enjeu territorial est de taille, à l'heure où les réserves mondiales de pétrole s'épuisent et où le réchauffement climatique rend les gisements de pétrole et de gaz estimés à quelque neuf milliards de tonnes plus faciles à exploiter. Plusieurs pays sont au rendez-vous pour revendiquer leur parcelle de ce pactole. Outre le Canada et la Russie, les États-Unis, le Danemark et la Norvège convoitent la région. Le réchauffement qui s'accélère dans ces régions nordiques pourrait aussi faciliter la navigation dans les eaux de l'Arctique, ouvrant un passage plus rapide pour les navires.

Actuellement, le droit international accorde aux pays riverains une zone de souveraineté de 200 milles sur le plateau continental, mais cela laisse environ 1,2 million de kilomètres sur lesquels chacun aimerait étendre sa souveraineté.

La Convention sur le droit de la mer permet d'offrir aux pays côtiers de l'Arctique d'étendre leurs droits pour l'exploitation des ressources naturelles, minérales, énergétiques et biologiques à 350 milles, à condition de présenter des preuves scientifiques que le fond de l'océan constitue «la prolongation naturelle du plateau continental».

Les scientifiques russes espéraient prouver qu'une partie du fond sous-marin passant par le pôle Nord, connu sous le nom de «dorsale Lomonossov», est en réalité une extension géologique de la Russie, ce qui lui permettrait de la revendiquer. En 2001, Moscou avait déposé une requête en ce sens devant une commission de l'ONU.

Pour Michael Byers, spécialiste de ces questions à l'Université de Colombie-Britannique, le drapeau russe planté au fond de l'océan n'a aucune «conséquence juridique» mais vise à montrer que la «Russie est un pays arctique important avec d'importantes capacités».

Il note aussi qu'en vertu de la Convention de l'ONU sur le droit de la mer, chaque pays dispose de 10 années après la ratification du document pour faire valoir ses revendications. Or la Russie a ratifié la convention en 1997. «C'est pourquoi les Russes sont très actifs aujourd'hui», dit-il. Le Canada a pour sa part ratifié la convention en 2003.

Le vice-président de la Douma (chambre basse du Parlement russe), Artour Tchilingarov, qui dirige l'opération, n'a pas caché que sa mission visait à étayer les revendications territoriales russes. «L'Arctique est à nous et nous devrions y montrer notre présence», a-t-il déclaré.

Au-delà des preuves scientifiques qui ont pu être recueillies, l'aventure comportait une importante dimension symbolique. «Toucher le fond à une telle profondeur, c'est comme faire le premier pas sur la Lune», a lancé M. Tchilingarov. Le sous-marin Mir-1 a planté hier son drapeau de Titane à plus de quatre kilomètres sous la mer avant de refaire surface au terme de huit heures 40 de plongée, sous l'oeil des caméras russes.

Avec la Presse canadienne, Reuters, Agence France-Presse


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