Grand Corps Malade au théâtre Maisonneuve de la PdA - La poésie debout comme un seul homme

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Sylvain Cormier
Édition du jeudi 02 août 2007

Mots clés : France (pays), Spectacle, Culture, Grand Corps Malade, Montréal, FrancoFolies de Montréal

Grand soir. Grandes attentes. Grande curiosité aussi: comment allait donc faire Grand Corps Malade pour tenir une salle en état d’attention maximale pendant une heure et demie avec rien d’autre que des mots (et un peu de musique autour)? Une salle pleine de gens généralement incapables d’écouter qui que ce soit plus de deux minutes d’affilée, moi compris? Grand Corps Malade savait qu’on était là hier soir pour vérifier si on pouvait, tout Maisonneuve savait qu’il savait. Mais tout Maisonneuve était aussi de bonne volonté: chacun avait été bouleversé par ce gars, sa voix, son slam, ses rimes, son album Midi 20. Curieux autant qu’émus à l’idée de le voir enfin sur scène, debout avec sa canne et sa poésie comme un seul homme, voilà comment nous étions.

Après son morceau d’intro, texte inédit intitulé Mental, donné d’abord dans le noir, puis à travers un rideau de fumée, nous étions déjà rassurés: les mots faisaient mouche. Et après Le Jour se lève, et Je dors sur mes deux oreilles, et l’extraordinaire visite guidée dans sa banlieue qu’est Saint-Denis, nous étions soufflés: il est donc possible de tenir 1500 spectateurs toutes oreilles ouvertes, toutes neurones et toutes terminaisons nerveuses en alerte, texte après texte après texte. Capacité d’absorption illimitée? Non, quand même pas. On n’est pas des habitués des soirées de slam. On attrapait des bribes, des rimes entières s’imprimaient, d’autres s’échappaient. Ainsi, dans 6ième sens, à propos du mot handicapé, j’ai retenu ceci: «La langue française a choisi ce terme / Moi j’ai rien d’autre à proposer».

Dans Je connaissais pas Paris le matin: «Café, croissant, stylo, papier / Tout est en place». Dans l’inédite Comme une évidence: «T’as pas le droit à l’erreur / Quand t’écris un texte d’amour». On aurait voulu tout retenir. Impossible. «C’est ça le jeu du slam, disait Grand Corps Malade en entrevue au Devoir avant-hier. Une phrase nous frappe, elle résonne et du coup, on loupe celle d’après. C’est de l’oral, de l’instantané. Il y a des phrases que tout le monde entend, d’autres que certaines personnes averties entendent, d’autres que personne n’entend, j’aime bien que tout ne puisse pas être saisi.»

Mais Grand Corps Malade est incroyablement efficace dans sa manière de dire, et sa moyenne au bâton est plus qu’élevée. Ce type a non seulement cette voix au timbre impossiblement grave et chaud qui rend les mots plus beaux qu’il ne sont, non seulement a-t-il cette habileté stupéfiante dans l’agencement des phonèmes et cet art de raconter, mais il a aussi, et c’est ce qui fait sa force sur scène, une maîtrise ahurissante de ses effets. Modulations stratégiques du ton. Débit à vitesse infiniment variable. Touches d’humour qu’il ponctue pile poil. Un showman du verbe.

Comme si c’était nécessaire pour que les mots passent, il alterne les textes donnés en pur slam — a cappella — et les textes accompagnés par le pianiste-compositeur S Petit Nico, parfois augmenté d’un guitariste et d’un percussionniste. Ces musiques semblent parfois superflues, les mots suffisaient. C’est quand il récite tout seul, quand il slame, qu’il est le plus bouleversant, le plus transparent. En duo surprise avec le slameur Ami Karim, on le sent tout fier de nous présenter un ami de la scène slam. Grand Corps Malade est l’as des as, mais on comprend que c’est surtout un chic type, désarmant de simplicité, un grand gamin heureux de partager ses mots. Je ne le dirai pas mieux que lui dans Attentat verbal: «Mais si t’écoutes un tout petit bout, p’t-être bien que t’en sortiras ravi / Et ça c’est important pour nous, c’est grâce à ça qu’on se sent en vie».

Collaborateur du Devoir


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Comme j''aurais aimé assister à son spectacle, si le contexte me l'avait permis. - par Jacques Morissette
Le jeudi 02 août 2007 06:00

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