Climat - La fréquence des ouragans a plus que doublé en un siècle

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Le Monde
Édition du jeudi 02 août 2007

Mots clés : réchauffement de la planète, ouragans, Climat, Désastre naturel, Amérique du nord (Région), États-Unis (pays)

Une étude établit une corrélation entre le nombre d'ouragans et le réchauffement de la Terre

De tous les ouragans survenus ces dernières années, c'est Katrina qui aura laissé le plus mauvais souvenir.

Photo: Agence Reuters

Katrina, Rita, Wilma... Ces noms, associés à des images de dévastation, restent liés dans les mémoires au calamiteux «record» établi en 2005, dans l'Atlantique Nord, en matière de cyclones: pas moins de 28, dont 14 ouragans, parmi lesquels sept classés majeurs. Depuis, la communauté scientifique s'interroge sur la possible corrélation entre ces catastrophes et le réchauffement climatique.

Pour la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine, l'augmentation de la fréquence des événements cycloniques s'explique par des «cycles naturels». Dans son dernier rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) considère en revanche comme «vraisemblable» -- c'est-à-dire avec une probabilité supérieure à 50 % -- que cette tendance soit imputable aux gaz à effet de serre, sans trancher toutefois la question.

Une réponse aux changements climatiques

Dans l'édition en ligne des Philosophical Transactions of the Royal Society, deux chercheurs américains, Greg J. Holland (Centre national de recherche atmosphérique de Boulder, Colorado) et Peter J. Webster (Institut de technologie d'Atlanta, Géorgie) se montrent plus affirmatifs. Selon eux, «le niveau actuel de l'activité cyclonique dans l'Atlantique Nord constitue pour une large part une réponse au changement climatique d'origine anthropique».

Les auteurs ont recensé tous les épisodes cycloniques répertoriés depuis un siècle, de façon plus exhaustive depuis la mise en place, en 1944, de la surveillance aérienne et celle, à la fin des années 1960, des observations satellitaires. Ils mettent en évidence la succession de trois régimes climatiques, entre lesquels la fréquence des cyclones a brutalement progressé, chaque fois, de 50 %.

Courbe ascendante

De 1905 à 1930, on décompte une moyenne annuelle de six événements cycloniques, dont quatre ouragans. De 1931 à 1994, les chiffres montent respectivement à dix et cinq. De 1995 à 2005, enfin, ils grimpent à quinze et huit. Or, relèvent les scientifiques, la température de surface de l'océan s'est élevée d'environ 0,4 °C entre la première et la deuxième période, et d'autant entre la deuxième et la troisième, soit de 0,8 °C au total. Ce qui équivaut à un épisode cyclonique de plus par an par dixième de degré supplémentaire et à un ouragan pour deux dixièmes de degré.

Les chercheurs en concluent que, d'un point de vue statistique, «il existe une relation forte entre les températures océaniques et l'activité cyclonique». Curieusement, rapportée au nombre total d'ouragans, la proportion d'événements extrêmement violents (de catégorie 3 à 5) ne suit pas la même courbe ascendante mais semble régie par «des oscillations internes au système

climatique».

Contredisant en apparence cette étude, l'année 2006 a été marquée par une activité cyclonique relativement faible. La raison en est la conjugaison des phénomènes La Niña et El Niño, qui, engendrant dans l'Atlantique Nord des alizés plus forts que la normale, ont évacué une partie de la chaleur de l'océan nécessaire à la formation des cyclones.

Mais, pour le futur, les chercheurs estiment qu'une hausse de 1 à 2 °C de la température des eaux au cours du prochain demi-siècle pourrait se traduire par une moyenne de 20 à 25 événements cycloniques par an, dont 10 à 15 ouragans.


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