Sondage du magazine The Beaver - Trudeau, premier au top 10 des «pires Canadiens»

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Fabien Deglise
Édition du mardi 31 juillet 2007

Mots clés : The Beaver, Pierre Elliott Trudeau, Média, Canada (Pays)

Pierre Elliott Trudeau, Céline Dion, Jean Chrétien, Conrad Black et Karla Homolka ont désormais un point en commun. Ces personnages publics sont en effet cinq des dix «pires Canadiens de notre histoire», selon les lecteurs du magazine The Beaver. Et ce, pour l'ensemble de leur oeuvre, indique la livraison d'août de cette publication de la Société d'histoire nationale du Canada, basée à Winnipeg, au Manitoba.

Au terme d'un sondage mené en ligne en mai et en juin derniers par l'organisme qui fait la promotion de l'histoire canadienne, les 15 000 répondants sont catégoriques: Pierre Elliott Trudeau, l'ancien premier ministre du Canada, se hisse au premier rang de ce top 10 des personnages jugés les pires de l'histoire récente du Canada. Motif: «Il a fait plus pour diviser l'Est et l'Ouest [du pays] que n'importe quel autre premier ministre», indique un lecteur-voteur. «Avec des déficits élevés, des impôts élevés et des programmes sociaux qui ne fonctionnent pas, il a été à l'origine d'un échec économique, et nous continuons à payer pour ça aujourd'hui», ajoute un autre.

Étrangement, l'homme est talonné de près dans ce palmarès, établi de manière «non scientifique», précise The Beaver, par Chris Hannah (2e rang), un chanteur de Winnipeg qui, au milieu des années 80, a fondé le groupe hardcore à saveur anarchiste baptisé Propagandhi. Hannah a pris position pendant ces années contre la violation des droits humains, le racisme ou l'homophobie. Il a aussi été un fervent promoteur du courant végétarien.

La politique semble avoir inspiré les lecteurs, principalement puisés dans les bassins de l'Ouest canadien, qui, outre Trudeau, ont décidé de placer Brian Mulroney (4e rang), Stephen Harper (6e) et Jean Chrétien (8e) dans cette liste peu reluisante. Encore une fois, les politiques actuelles ou passées de ces élus ont motivé le choix des répondants.

Cette brochette de politiciens, principalement québécois, côtoient trois criminels: le couple Paul Bernardo et Karla Homolka (5e rang) qui a marqué l'histoire récente des faits divers en Ontario pour avoir violé et tué plusieurs jeunes filles, dont une jeune soeur d'Homolka, à la fin du siècle dernier. Clifford Olson (9e rang), un tueur en série de la Colombie-Britannique, s'illustre lui aussi dans ce palmarès avec une feuille de route qui donne froid dans le dos: l'assassinat de deux enfants et de neuf adolescents au début de la décennie 80.

Dans cette nomenclature de l'exécrable, construite par les lecteurs de The Beaver, la chanteuse québécoise Céline Dion trouve sa place en septième position, sans que toutefois le magazine ne précise les raisons de ce choix. Conrad Black, lui, occupe la dixième position, avec en trame de fond une récrimination récurrente: il a «tourné le dos au Canada en rejetant sa citoyenneté [canadienne]», précise Mark Reid, éditeur du magazine. La chose s'est produite en effet en 2001, lorsque Black a fait son entrée à la Chambre des lords, en Angleterre.

Enfin, notons qu'Henry Morgentaler, un Montréalais d'origine, est considéré par les aficionados de la revue d'histoire canadienne publiée à Winnipeg comme le 3e des pires Canadiens de l'histoire. M. Morgentaler s'est battu pendant des années pour obtenir la légalisation de l'avortement au Canada afin de mettre fin aux interruptions volontaires de grossesse clandestines, à l'origine de la mort de plusieurs femmes. Humaniste pour les uns, il est aussi vertement critiqué dans les milieux ultraconservateurs canadiens.

Dix historiens se prononcent

En marge de ce palmarès du public composé à 60 % de personnalités liées étroitement au Québec, The Beaver présente dans sa dernière livraison la liste des pires Canadiens de l'histoire telle qu'élaborée par un groupe de 10 historiens renommés. L'exercice vise à nuancer les choix des lecteurs, a indiqué l'équipe de rédaction.

«Sans surprise, la liste de nos experts propose une réponse plus réfléchie et plus mesurée, elle reflète une perspective plus approfondie du temps en lui-même et des restrictions que pose la discipline de l'histoire pour attribuer des causes et des effets à certaines personnes et à certains événements», écrit Deborah Morrisson, présidente de la Société d'histoire nationale du Canada.

Ainsi, vu par les historiens, le pire Canadien est sans ambages le Montréalais Adrien Arcand, autoproclamé «Führer canadien». Il est suivi par John Diefenbaker, premier ministre fédéral de 1957 à 1963, célèbre pour sa gestion autocratique de l'État et pour avoir mis un terme en 1959 au projet Arrow Avro, un avion de chasse 100 % canadien qui, à cause de cette ingérence politique, n'a jamais pu vraiment décoller.

Autres vainqueurs: Inouye Kanao (3e rang), de Kamloops (Colombie-Britannique). Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'homme s'est illustré comme tortionnaire de... prisonniers canadiens dans les prisons de Hong Kong, où il agissait comme traducteur. Joseph Trutch, politicien de l'Ouest entre 1864 et 1871, se mérite, lui, la 4e place de ce palmarès, pour avoir trahi les Premières Nations en leur reprenant des terres que le Canada leur avait pourtant rendues.

Militaire ayant lutté pour ses intérêts personnels entre 1795 et 1804, John Christopher Reiffenstein se rappelle à l'histoire dans la liste des experts de The Beaver. On le retrouve à côté de Sam Hughes, un fieffé «antifrancophone, anticatholique, anti-intellectuel» et ministre de la Défense de 1911 à 1916. Pour avoir manipulé et maltraité les autochtones et les métis, l'ancien premier ministre John A. Macdonald est logé à la même enseigne.

L'éditeur Max Aitken, «créateur [dans les années 40] d'une chaîne de journaux médiocres» visant à faire avancer ses intérêts personnels et politiques ainsi que sa passion pour les chevaux, mais aussi Edward Farrer, séparatiste de l'Quest et fervent défenseur d'une annexion de l'Quest canadien aux États-Unis, ont aussi été retenus par les historiens pour personnifier les pires acteurs de l'histoire du pays. Les deux hommes se retrouvent tout juste devant Duncan Campbell-Scott, qui met un terme à ce festival des médiocres pour avoir, de 1913 à 1932, administré la Politique indienne... tout en tenant publiquement des propos hautement racistes à l'égard des Premières Nations.


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Le mardi 31 juillet 2007 07:00

Pas surprenant pour ce qui est de Trudeau - par Félicien Forgues
Le mardi 31 juillet 2007 03:00

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