Tour de France: des soupçons jusqu'à l'arrivée

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 30 juillet 2007

Mots clés : Alberto Contador, Tour de France, Sport, Dopage, France (pays)

Le champion, Alberto Contador, traîne lui aussi un passé trouble

Le vainqueur du Tour de  France, Alberto Contador, dévalant à toute vitesse l'avenue des Champs-Élysées, hier, à l'arrivée de la course.

Photo: Agence France-Presse

C'est un Tour de France bien étrange qui a pris fin, hier, à Paris. Dominé d'abord et avant tout par les affaires de dopage et les faits divers extrasportifs, il s'est achevé par la victoire du jeune Espagnol Alberto Contador... dont les performances et le passé récent ne sont pas sans soulever des doutes sur sa probité. Une fois de plus.

Le Tour de France a donc un nouveau champion en titre, sacré au terme d'un périple de 3570 kilomètres entrepris le 7 juillet à Trafalgar Square et terminé hier sur les Champs-Élysées par la victoire d'étape de l'Italien Daniele Bennati.

Alberto Contador, 24 ans, pur grimpeur, survivant d'une importante opération au cerveau qui lui a laissé une cicatrice de bord en bord de la tête, a devancé au classement final l'Australien Cadel Evans. Coéquipier de Contador dans l'équipe Discovery Channel, l'Américain Levi Leipheimer complète le podium. Aucun des membres du trio primé sur les Champs-Élysées n'avait déjà connu cet honneur.

L'écart entre Contador et Evans (23 secondes) est le deuxième plus mince de l'histoire. En 1989, au dernier jour de la course, Greg Lemond avait survolé les Champs-Élysées avec son casque profilé et son révolutionnaire guidon de triathlète, pour venir voler le Tour au Français Laurent Fignon. Celui-ci, courant les cheveux longs au vent sur un vélo traditionnel, avait concédé la victoire finale par seulement huit secondes.

Si elle permet aux dirigeants du Tour d'éviter la gêne discréditante qu'aurait engendrée une victoire du Danois Michael Rasmussen (à quatre jours d'une victoire quasi assurée, il a été viré du Tour pour avoir omis de se présenter à quatre tests antidopage avant le Tour), le triomphe de Contador n'arrive pas sans suspicion pour autant. Le coureur est certes brillant, explosif, mais son implication possible dans un réseau de dopage sanguin alimente en effet les doutes à son égard.

Ainsi, le journal Le Monde a révélé hier que Contador n'aurait jamais dû prendre le départ de ce Tour de France. La raison? Le nom de Contador apparaît dans les dossiers de la célèbre opération Puerto, cette enquête de la police espagnole qui a mis au jour l'an dernier un réseau de dopage organisé par le médecin Eufemiano Fuentes. La Guardia Civil avait alors saisi des centaines de poches de sang, ainsi que de nombreux documents dans lesquels Fuentes notait les traitements destinés à ses clients. Le mentor de Contador, l'entraîneur Manolo Saiz, a été accusé d'avoir joué un rôle central dans ce réseau.

En réaction, la direction du Tour avait décidé d'exclure de la Grande Boucle 2006 tous les coureurs dont les noms étaient cités dans l'enquête. C'est ce qui avait empêché Jan Ullrich, Ivan Basso, Contador et six autres coureurs de prendre le départ l'an dernier. Certains ont plus tard reconnu leurs torts. Contador, lui, n'a pas eu à le faire: les preuves le concernant étaient insuffisantes pour démontrer quoi que ce soit.

«En aucun cas, le nom de Contador ne pouvait être lié à la clientèle de M. Fuentes », a indiqué la semaine dernière le patron de la société organisatrice du Tour (ASO), Patrice Clerc. Il assurait que le nom de l'Espagnol avait simplement été «cité dans le cadre de conversations téléphoniques pour des résultats de courses».

Mais, selon Le Monde, qui a eu accès au dossier d'instruction, ce n'est pas vrai. Le nom de Contador apparaît directement dans au moins deux documents -- sans révéler d'annotation concernant une prescription dopante, contrairement à d'autres coureurs. Un cycliste italien dans la même situation que Contador (Gianpaolo Caruso) fait néanmoins face à une suspension de deux ans à cause de cette affaire: Contador s'en est tiré sans conséquence.

Cela n'indique pas que le premier Espagnol champion depuis Miguel Indurain est dopé. Ce ne sont que des soupçons. Mais dans un Tour pollué par les performances de Vinokourov (expulsé pour dopage sanguin) et Rasmussen, la méfiance est de mise. Surtout que les performances du jeune Contador -- le seul à avoir suivi le rythme de Rasmussen en montagne -- n'étaient pas attendues.

Depuis qu'il porte le maillot jaune, Contador a ainsi dû défendre devant la presse ses antécédents médicaux, plutôt que de parler de son parcours et de ses victoires. Il jure en tout cas être propre, rappelant qu'il n'a jamais échoué à un test antidopage. «Je suis totalement en dehors de tout cela», a souvent répété le nouveau champion, en parlant de l'affaire Puerto.

Le renouveau à venir...

Ce que l'ASO avait annoncé comme le tour du «renouveau» se termine donc dans le doute. Loin d'effacer l'embrouillamini de l'édition 2006, où le vainqueur, Floyd Landis -- bourré de testostérone -- a été déchu quatre jours plus tard, le Tour 2007 est venu rappeler que le dopage reste bien présent dans le peloton, neuf ans après l'affaire Festina.

Hier, le directeur du Tour, Christian Prud'homme, a appelé à une «révolution» pour 2008. Sur les ondes de France 2, il a indiqué que la prochaine édition ne «pourra repartir dans les mêmes conditions». M. Prud'homme a mentionné qu'il n'a «plus aucune confiance» dans le soutien de l'Union cycliste internationale (UCI) pour combattre le dopage en cyclisme. «Nous allons travailler avec l'Agence mondiale antidopage [AMA] et l'Agence française de lutte contre le dopage», a-t-il dit.

L'UCI a été vertement critiquée durant ce tour pour avoir tardé à divulguer que Michael Rasmussen avait raté plusieurs contrôles antidopage inopinés. Rasmussen a été averti par l'UCI le 29 juin, une semaine avant le début du Tour, mais l'UCI a attendu deux semaines avant d'avertir la direction du Tour. Celle-ci n'aurait pas permis au coureur de s'élancer si cette information avait été connue plus tôt.

À l'Agence France-Presse, Patrice Clerc a déclaré samedi qu'un changement radical était nécessaire pour assurer la survie du Tour (qui a malgré tout connu un bon succès public). «Le pilotage de la reconstruction d'un nouveau modèle de cyclisme ne peut pas être confié à l'UCI. Nous devons le faire avec tous ceux qui rejettent le système actuel afin de retrouver nos valeurs: coureurs, équipes, sponsors, fédérations, pouvoirs publics, instances internationales, ils auront tous à unir leurs forces».

Parmi les pistes envisagées, il a évoqué l'idée d'un passeport éthique contrôlé par l'AMA, qui pourrait être demandé à toutes les équipes souhaitant s'engager dans le Tour de France. Dans une entrevue accordée à L'Équipe, il a jouté qu'il «n'y aura jamais de risque zéro, mais la réponse existe».

Hier, en faisant le bilan du Tour 2007, M. Clerc s'est inscrit en faux contre ceux qui croient «que rien n'a changé depuis 1998». «On a vu pour la première fois une prise de conscience qui vient de la majorité des coureurs, de la majorité des équipes, qui disent aujourd'hui: plus jamais ça.» Reste à voir si l'intention se transformera en action.


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