Bilans de mi-parcours - Un homme, une guitare, une foule

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Sylvain Cormier
Édition du lundi 30 juillet 2007

Mots clés : Pierre Lapointe, Saule, Daniel Boucher, Festival et fête, Musique, Montréal

Daniel Boucher était souverain sur la grande scène de la Catherine, samedi en fin de soirée, aux Francos. Sortant de la PdA après le programme triple Saule-Jeanne Cherhal-Pierre Lapointe, j'ai émergé en pleine liesse, et le gaillard là-bas tout là-bas, lilliputien dans le grand carré de la structure de métal et de toile, semblait immense sur les écrans et dans les haut-parleurs. La rue lui appartenait de Jeanne-Mance à Saint-Urbain, et Boucher goûtait chaque seconde de ce qui était pour lui rien de moins qu'un retour en grâce, s'ajoutant au succès de la fête multiculturelle qu'il avait menée deux soirs plus tôt au même endroit.

Je n'aurai saisi au vol que deux chansons, Rasseye et La Désise, le temps de baigner dans la ferveur ambiante, qui confinait à une transe collective de la sorte que suscitent les preachers dans les stades aux États. Il fallait vivre cette minute interminable et jouissive où, arrivé au sing-along «Ma gang de malades / Vous êtes donc où?», Boucher en retardait exprès le déclenchement, tel un coït interrompu juste avant l'extase, grattant les accords de slow rock tellement doucement que les gens en devenaient fous de joie anticipée. C'est la foule, de fait, n'y tenant plus, qui a commencé à chanter, la clameur grossissant à chaque passage. Boucher, lui, l'a accompagnée en chuchotant, puis en chantant, puis en hurlant. Un grand moment.

Plus tôt en soirée, Agnès Bihl l'avait plus difficile sur la même scène: ses chansons «avant-ringardistes», comme elle dit, doivent autant à Fréhel qu'à Ferré, très traditionnellement rive gauche dans la forme, soutenant des textes forts et touffus qui exigent une qualité maximale d'attention. Un Lion D'or, un Monument-National eurent été plus appropriés, à heure plus avancée, qu'un plein air à 18 heures. L'héritière spirituelle d'Anne Sylvestre aura tiré le meilleur de la situation, parvenant à se faire écouter presque attentivement par des badauds de moins en moins mobiles à mesure que ses mots, un à un, et il y en avait beaucoup, faisaient mouche. Impossible de faire la sourde oreille à Merci maman merci papa: «Et on génocide au soleil / La faute à qui, on savait pas / Vu qu'si les murs n'ont pas d'oreilles / L'Occident n'a qu'une caméra».

À l'opposé, les dix musiciens du Plywood Placard Bluegrass (à savoir, Plywood 3/4 plus Dany Placard et divers comparses) n'avaient pas un centimètre de trop sur la petite scène de l'Aire Desjardins (Sainte-Catherine, angle Clark): violon, cuivres, guitares, batterie et lap steel se piétinaient joyeusement, et la musique était tout aussi joyeusement brouillonne. On cherchait un peu le bluegrass dans l'embrouillamini, mais le substrat country-blues de l'ensemble, surtout dans Les Mains dans l'huile, respirait l'authenticité et puait bon le cambouis. Belle gang de malades, aurait chanté l'autre.

***

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com