Bilans de mi-parcours - Un homme, une guitare, une foule
Mots clés : Pierre Lapointe, Saule, Daniel Boucher, Festival et fête, Musique, Montréal
Daniel Boucher était souverain sur la grande scène de la Catherine, samedi en fin de soirée, aux Francos. Sortant de la PdA après le programme triple Saule-Jeanne Cherhal-Pierre Lapointe, j'ai émergé en pleine liesse, et le gaillard là-bas tout là-bas, lilliputien dans le grand carré de la structure de métal et de toile, semblait immense sur les écrans et dans les haut-parleurs. La rue lui appartenait de Jeanne-Mance à Saint-Urbain, et Boucher goûtait chaque seconde de ce qui était pour lui rien de moins qu'un retour en grâce, s'ajoutant au succès de la fête multiculturelle qu'il avait menée deux soirs plus tôt au même endroit.
Plus tôt en soirée, Agnès Bihl l'avait plus difficile sur la même scène: ses chansons «avant-ringardistes», comme elle dit, doivent autant à Fréhel qu'à Ferré, très traditionnellement rive gauche dans la forme, soutenant des textes forts et touffus qui exigent une qualité maximale d'attention. Un Lion D'or, un Monument-National eurent été plus appropriés, à heure plus avancée, qu'un plein air à 18 heures. L'héritière spirituelle d'Anne Sylvestre aura tiré le meilleur de la situation, parvenant à se faire écouter presque attentivement par des badauds de moins en moins mobiles à mesure que ses mots, un à un, et il y en avait beaucoup, faisaient mouche. Impossible de faire la sourde oreille à Merci maman merci papa: «Et on génocide au soleil / La faute à qui, on savait pas / Vu qu'si les murs n'ont pas d'oreilles / L'Occident n'a qu'une caméra».
À l'opposé, les dix musiciens du Plywood Placard Bluegrass (à savoir, Plywood 3/4 plus Dany Placard et divers comparses) n'avaient pas un centimètre de trop sur la petite scène de l'Aire Desjardins (Sainte-Catherine, angle Clark): violon, cuivres, guitares, batterie et lap steel se piétinaient joyeusement, et la musique était tout aussi joyeusement brouillonne. On cherchait un peu le bluegrass dans l'embrouillamini, mais le substrat country-blues de l'ensemble, surtout dans Les Mains dans l'huile, respirait l'authenticité et puait bon le cambouis. Belle gang de malades, aurait chanté l'autre.
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Collaborateur du Devoir
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