Portrait - Vols de marchandises: Kolombo a les filous à l'oeil
Mots clés : marchandises, Kolombo, Vol, Économie, Québec (province)

Photo: Annik MH De Carufel
Comme le dit M. Arsenault, président et directeur général de Kolombo, «la meilleure technologie est celle qu'on vend». La nouvelle direction de l'entreprise a fait prendre un virage de 180 % au marché ciblé au début par M. Gros-Louis et ont orienté les travaux vers le développement d'une plateforme commerciale comme première phase de pénétration des marchés. Il y a là des besoins considérables. Par exemple, au Canada seulement, les 10 plus grandes entreprises de l'industrie du camionnage comptent une flotte dépassant 55 000 camions et remorques. Au total, il y a cinq millions de remorques au Canada et il y en a 20 fois plus aux États-Unis.
La gestion et la protection de tous ces équipements sont des enjeux importants pour éviter des pertes financières causées par les erreurs d'arrimage des remorques, le vol des équipements et le vol des marchandises. «Ce qui fait le plus mal, ce sont les marchandises volées et les remorques sont les enfants pauvres de l'industrie», constate M. Arsenault. En fait, pour chaque tracteur qui roule presque sans arrêt, il y a quatre ou cinq remorques en attente de chargement ou de livraison. Il arrive d'ailleurs fréquemment que le contenu de la remorque ait une valeur beaucoup plus grande que le camion qui la tire.
Comme son nom le suggère, Kolombo est une sorte de policier, mais contrairement au pittoresque personnage de la série télévisée, il n'intervient pas après les infractions en essayant de remonter jusqu'à l'auteur du crime. Kolombo Technologies propose un système en vue d'empêcher le piratage et le vol dans l'industrie du camionnage. «Notre technologie donne de l'intelligence à une remorque», explique M. Arsenault, en empruntant une image à laquelle le monde l'informatique nous a habitués.
En fait, il s'agit d'une plateforme électronique (logiciel, fréquence radio, etc.) qui permet d'envelopper le véhicule dans une bulle protectrice. Par exemple, tout intrus qui voudrait s'emparer d'un tracteur et de sa charge se retrouve avec un véhicule qui refuse de démarrer. Le chauffeur doit avoir un porte-clé encrypté et même un chauffeur parfaitement accrédité ne pourrait pas utiliser le véhicule pour tirer une autre cargaison que celle qu'il doit aller livrer à un endroit précis. En cas de non-respect du plan de livraison, il est possible avec Kolombo d'intervenir à distance et de provoquer l'immobilisation inattendue dans des conditions sécuritaires puisqu'en tout temps, grâce au GPS, on saura où se trouve le véhicule. En outre, un tel système permet non seulement de décourager les vols, mais il offre aussi des possibilités intéressantes de gestion des flottes de camions de transport de marchandises.
Kolombo veut en somme répondre à trois besoins dans ce marché, à savoir l'intégrité, la performance et la sécurité. Par intégrité, on veut dire assurer qu'un produit ne subisse aucune altération entre ses points de départ et d'arrivée. Cela est particulièrement important dans le cas de la distribution alimentaire -- viandes, produits laitiers, etc. L'intégrité implique aussi l'assurance qu'il n'y ait pas substitution de produits en cours de route, par exemple le remplacement d'un produit pharmaceutique par un autre qui aurait toutes les apparences de l'original, mais sans une composition chimique correspondante.
En ce qui concerne la performance, il s'agit de minimiser les coûts d'utilisation des remorques, non seulement en faisant une meilleure gestion des parcours, mais aussi en accumulant toutes les informations concernant l'état de la remorque et de son entretien. Enfin, la sécurité, qui est devenue un aspect très important aux États-Unis depuis septembre 2001, peut être accrue avec la technologie de Kolombo, notamment dans le transport des matières dangereuses ou explosives. L'entreprise a par ailleurs un nouveau client au Texas qui, pour empêcher les immigrants illégaux d'entrer aux États-Unis en se cachant dans ses remorques, a recours à la technologie de Kolombo.
En plus des cinq millions qui ont été investis par MM. Arsenault, Choucair et quelques autres associés, Kolombo Technologies a procédé l'an passé à une émission publique qui lui a rapporté 2,5 millions. L'entreprise est maintenant inscrite à la Bourse de croissance TSX et pourrait un jour rouvrir cette émission pour aller chercher un autre 2,5 millions. Pour l'instant, les dirigeants pensent plutôt à attirer de nouveaux investisseurs privés et ajouter 3,5 millions à leur capital-actions. L'équipe de recherche et développement, qui se trouve à Québec, compte maintenant 12 ingénieurs et techniciens qui travaillent à l'élaboration de nouveaux produits pour desservir d'autres marchés, par exemple celui des «véhicules flottants».
Toutefois, après avoir consenti beaucoup d'efforts à mettre au point ses technologies, logiciels et systèmes, Kolombo installe maintenant un réseau de distribution. En fait, cette petite société entend continuer de concentrer ses énergies sur le développement de technologies, dont la fabrication est confiée en sous-traitance à M2S Électronique, une firme de Québec. Pour ce qui est de la distribution, Kolombo a d'abord conclu une entente avec Detroit Diesel Allison Canada, qui est un distributeur important de moteurs et transmissions pour camions lourds, et fait partie du réseau Wheel Time, qui compte 225 points de services et une équipe de 4000 techniciens spécialisés dans l'entretien et la réparation de moteurs de camions lourds. Il y a deux semaines, Kolombo signait avec Wheel Time une entente de partenariat à long terme pour une commercialisation à grande échelle de ses produits. «C'est un jalon décisif dans la stratégie de développement de Kolombo aux États-Unis et au Canada», affirme M. Arsenault, en notant que Wheel Time rejoint 85 % des flottes aux États-Unis.
Kolombo a déjà un certain nombre de clients au Québec, dont un premier client de taille moyenne, la compagnie Jules Savard de Jonquière, laquelle possède une flotte de 250 tracteurs et 400 remorques qui transportent chaque semaine de l'aluminium aux États-Unis. L'entreprise compte aussi un certain nombre de petits clients dans la construction pour les machineries lourdes. Cette semaine, un accord de vente était signé avec la municipalité de Saint-Jérôme pour équiper une partie de sa flotte de véhicules.
M. Arsenault prévoit que Kolombo atteindra un chiffre d'affaires de cinq millions au Canada en 2008. Pour ce qui est du marché américain, il n'ose pas avancer de chiffres, mais il y met de toute évidence de grands espoirs. Selon lui, Kolombo a une technologie unique qui sera sans doute imitée, mais il ajoute tout de suite ceci: «Nous croyons avoir 24 mois d'avance dans le développement technologique.» Au Canada, deux compagnies d'assurances, Lombard et l'Union canadienne, ont reconnu sa technologie. Les dirigeant de Kolombo entendent conserver l'entreprise «le plus longtemps possible», mais il y a déjà eu deux offres d'achat. Étant maintenant une société ouverte, sans actions à droits de vote multiples, Kolombo aura évidemment bien de la difficulté à éviter un jour une offre publique d'achat, si jamais elle devient aussi populaire que ne le fut Colombo.
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