Abitibi et Bowater fusionnent
Mots clés : Entreprise, Abitibi-Consolidated, Bowater, Canada (Pays), États-Unis (pays)
Le syndicat s'inquiète pour les emplois

Photo: Le Devoir
Il n'a fallu que 30 minutes aux actionnaires d'Abitibi-Consolidated au cours d'une assemblée extraordinaire et privée à Montréal pour voter en faveur de la fusion. Pendant ce temps à Atlanta, les actionnaires de Bowater ont également voté ce projet de fusion, auquel 70 % d'entre eux ont donné leur accord. C'est «un appui fort», a proclamé David Paterson, actuellement président et chef de la direction et qui occupera une fonction identique au sein d'AbitibiBowater.
Chez Abitibi-Consolidated, on a soutenu dans un communiqué que «les actionnaires qui ont fait valoir leur droit à la dissidence ne représentent pas un nombre significatif d'actions». Puis, dans un bref point de presse, John Weaver, actuellement président et chef de la direction d'Abitibi-Consolidated et qui deviendra président du conseil d'administration d'AbitibiBowater, s'est dit confiant que tous les actionnaires allaient se rallier à «l'optique des avantages du regroupement, lequel devrait générer des synergies annualisées d'au moins 250 millions US, améliorera la souplesse financière, augmentera les flux de trésorerie et multipliera les possibilités d'accroître la valeur».
M. Weaver a reconnu que «toute l'industrie est sous stress» et qu'une fois les deux papetières réunies, il faudra voir ce qui pourra être fait pour raffermir les actifs. Il a écarté une fois de plus toutes les questions portant sur des fermetures d'usines, en particulier au Québec où, a-t-il encore répété hier, «nous avons de bons actifs». En début de semaine, il mentionnait cependant que c'était le marché qui allait décider si des usines devaient être fermées ou pas.
En tout cas, le mouvement syndical ne cache pas sa nervosité devant une fusion d'une telle ampleur. «Nous sommes extrêmement inquiets des conséquences que la fusion à venir entre les compagnies Bowater et Abitibi aura sur les emplois de nos membres», a déclaré Renaud Gagné, vice-président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ). «Le passé l'a démontré à plusieurs reprises, les fusions entre compagnies se sont la plupart du temps soldées par des pertes d'emplois et des fermetures. Dans le contexte économique actuel, avec les problèmes qui perdurent dans le marché du bois d'oeuvre et la baisse de la demande des produits du papier, la fusion entre ces deux géants est d'autant plus inquiétante. Chose certaine, nous allons suivre l'évolution de cette transaction de très près. Il n'est pas question que cette fusion serve de prétexte à une restructuration sauvage», a poursuivi le chef syndical. Ce syndicat a présentement 6000 membres dans les usines d'Abitibi-Consolidated et près de 1600 dans celles de Bowater. Au cours des dernières années, la crise dans l'industrie forestière a fait perdre au moins 1000 emplois à des travailleurs membres de l'une ou l'autre de ces deux papetières.
Au départ, AbitibiPower sera propriétaire ou exploitante de 32 usines de pâtes et papiers et de 35 usines de produits de bois situées aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Corée du Sud. Elle figurera en outre parmi les plus importants recycleurs de journaux et de magazines au monde. Enfin, elle aura la prétention d'être «un chef de file mondial de la gestion durable des forêts selon la certification de tiers indépendants», un titre cependant que Greenpeace met en doute, comme on a pu le constater cette semaine avec l'installation-surprise d'une banderole sur l'édifice où sont situés les bureaux d'Abitibi-Consolidated.
Greenpeace est d'ailleurs revenu à la charge hier dans un communiqué attaquant surtout Guy Chevrette, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), mais se disant «fortement préoccupé par l'attitude d'Abitibi-Consolidated, devenue depuis ce matin AbitibiBowater et qui a déclaré, dans l'édition du 21 janvier du "Progrès Dimanche", que cette compagnie favorise l'embauche de personnes détentrices d'un diplôme d'études professionnelles en pâtes et papiers avant les anciens travailleurs de ses usines fermées».
Pour ce qui est de M. Chevrette, Mélissa Filion, responsable de la campagne «Forêt boréale» de Greenpeace, lui reproche de «faire de la petite politique de relation publique sur le dos des travailleurs, des manoeuvres qui ont manifestement pour but de masquer l'immense responsabilité des compagnies forestières dans les actuelles pertes d'emplois au Québec». Mme Filion soutient que «la crise forestière est liée principalement à l'incurie des compagnies forestières sur une période de plusieurs années qui n'ont pas profité des années de grands profits, en surexploitant les forêts, pour investir dans la modernisation des équipements, dans le développement de nouveaux produits, l'exploitation de nouveaux marchés et l'aménagement écosystémique des forêts». Enfin, Mme Filion reproche à l'ancien ministre des Richesses naturelles qu'a été M. Chevrette d'avoir appliqué des politiques qui ont permis la surexploitation.
Ce communiqué de Greenpeace a immédiatement suscité des réactions de M. Chevrette qui, dans son communiqué, soutient que, depuis 25 ans, le Québec a posé des gestes très significatifs pour protéger la forêt en créant 22 parcs nationaux, une centaine de réserves écologiques, des refuges fauniques, un réseau d'aires protégées qui atteindra bientôt 8 % et une réduction majeure de 23 % des coupes forestières. «Et ce n'est pas suffisant pour Greenpeace. Le Québec ne peut tolérer ce terrorisme économique», rétorque l'ancien ministre et président du CIFQ, en rappelant que, depuis trois ans, plus de 15 000 emplois ont été perdus dans l'industrie forestière et que l'économie des régions-ressources est fortement affectée.
Cette nouvelle société que sera AbitibiBowater verra ses actions inscrites aux Bourses de New York et de Toronto. Selon les modalités de la transaction, qui avaient été dévoilées lors de l'annonce du projet de fusion en janvier dernier, chaque action ordinaire d'Abitibi-Consolidated sera échangée contre 0,06 action ordinaire d'AbitibiBowater, alors que chaque action ordinaire de Bowater sera échangée contre 0,52 action de la nouvelle entité. Conformément à ces ratios d'échange, les anciens actionnaires d'Abitibi-Consolidated posséderont 48 % d'AbitibiBowater alors que ceux de Bowater en auront 52 %. En janvier dernier, la valeur combinée des deux sociétés qui fusionneront était de huit milliards de dollars américains.
Vos réactions
terrisme écononomique - par Julienne Vigneault
Le dimanche 29 juillet 2007 08:00
Un questionnement légitime - par Pierre Castonguay (p.castonguay@videotron.ca)
Le vendredi 27 juillet 2007 11:00
Avec ces maxi fusions - par claude Camps
Le vendredi 27 juillet 2007 10:00
Terrorisme économique!? Ou quand le loup se dit victime - par marc belliveau (marcbelliveau00@yahoo.ca)
Le vendredi 27 juillet 2007 04:00

