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Édition du vendredi 27 juillet 2007

Mots clés : Caldeira, Le Doigt, disque, Musique, Québec (province)

Chanson - Le Doigt - Thierry Romanens . Muve/L'Abe/Select. Thierry Romanens, nous le connaissions pour son sympathique premier disque, Les Saisons du paradis, paru il y a près de trois ans déjà. Son ton badin, son humour, nous rappelait un peu Brassens, dont il reprenait d'ailleurs la Brave Margot. Sur son plus récent Le Doigt, enregistré à Montréal par «notre» François Lalonde, le Suisse Romanens offre un son plus orchestré, plus riche, mais un ton plus fleur bleu. Quand il fait le clown (Le Blaireau), ça nous fait encore marrer, mais quand il devient sérieux, on n'y croit un peu moins. Si son Skipper initial nous fait penser à Bashung et que la petite guitare électrique de son Agence du bon temps évoque Bénabar, on ne peut pas dire qu'il possède les qualités d'auteur des deux bonzes. Son compatriote Sarclo et le voisin français Kent viennent tout de même lui donner un coup de main sur quelques titres. Côté musical, Olivier Langevin, Mario Légaré et Guy Bélanger ont collaboré sur quelques titres. Romanens, on le sent, doit prendre son envol sur scène. Vous pourrez le voir gratuitement avec son trio de musicien lundi, à 17h, sur la scène Le Monde FrancoFou le Lait. - Philippe Papineau

Monde - KER MARON

Davy Sicard, Up Music / Warner

Il s'adresse à la liberté en personne et la nomme. Parce qu'il l'a découverte sur le tard, en traçant le parcours identitaire de son peuple qu'il n'avait pas vraiment touché, en se plongeant dans le maloya de ses ancêtres, en se projetant dans l'âme d'un coeur marron, état de l'esclave insoumis, évadé de sa condition. Ce maloya réunionnais, qui est à la fois rituel sacré, culte de rapprochement avec les anciens, musique de guérison, objet de répression puis symbole national, porte aussi bien la marque de l'océan Indien jusqu'à Madagascar que celle de l'Afrique continentale et de l'Europe. Sicard ne s'en éloigne jamais complètement, donnant dans certaines pièces toute la place à ses cadences ondulées par des percussions comme le rouleur et le kayamb, le laissant parfois en suspens jusqu'à ce qu'il remonte le courant de sa guitare folk troubadour, de sa voix de soul à la Corneille et de ses harmonies vocales mordantes. Ker maron est le disque d'un processus de réappropriation culturelle, parfaitement en phase avec le monde occidental. Une splendide découverte! Aux Francos: les Spectacles multiculturels, demain à 20h et à 22h. Dimanche à 18h. - Yves Bernard

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Chanson - CALDEIRA

Valérie Leulliot, Wagram - Universal - Dep

Valérie Leulliot a été dix ans durant la chanteuse d'Autour de Lucie, ce groupe français aux allégeances très anglo-angliches. Ça permet à toute la presse européenne de titrer «Autour de Valérie» à propos de ce premier disque en solo, plus ou moins solo en fait puisque Sébastien Lafargue y joue, arrange et compose presque tout. Lafargue était le bassiste de la dernière configuration d'Autour de Lucie: on peut dire qu'il y a continuité. Il y a même retour à l'origine: c'est un peu beaucoup le premier Autour de Lucie, les mêmes guitares acoustiques légèrement grattées, les mêmes mélodies fluides. Plus distinct est le propos. Ça s'intitule Caldeira, «chaudron volcanique» en portugais, et ça décrit très géographiquement une rupture amoureuse. D'où le volcan, et toute une topographie de gouffres et de pics, de falaises, de cours d'eau et de points de chute. Plus littérale, il y a une contribution de Miossec, Mon homme blessé, forte chanson qui semble s'appliquer directement à Valérie. Cet homme, est-ce le groupe même dont la chanteuse fait le deuil? Faudra le lui demander. Aux Francos les 2 et 3 août.

Sylvain Cormier

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Classique - RACHMANINOV

Symphonie n° 2, Scherzo, Danses d'Aleko, Orchestre symphonique de Cincinnati, Paavo Järvi. Telarc- SACD 60670 (Universal).

Paavo Järvi n'excelle pas que dans Beethoven, qu'il présente avec l'un de ses deux orchestres allemands à Lanaudière ce week-end. Le voici à la tête de sa phalange de Cincinnati, avec laquelle il enregistre pour l'étiquette américaine Telarc. Cette 2e Symphonie de Rachmaninov est un choc. Dans des gestes nerveux et souples, Paavo Järvi livre une vision très singulière de cette immense symphonie, qui dépeint l'univers d'un compositeur en proie aux doutes. Järvi se démarque ainsi du courant interprétatif dominant, qui souligne le lyrisme mélodieux de la 2e Symphonie, pour plonger dans les eaux troubles de L'Île des morts et des Danses symphoniques. Le développement du premier mouvement est un modèle de cette approche qui donne de véritables frissons. Si vous aimez le Rachmaninov sirupeux des grands épanchements, fuyez cette version. Mais si vous pensez, comme Alain Lefèvre et d'autres, que les univers explorés par cet immense compositeur sont moins univoques et plus hantés qu'on ne le pense, votre guide est tout trouvé. - Christophe Huss

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Trad - GORGÉE

Hommage aux aînés, Indépendant

Ils viennent de Lanaudière et, à moins qu'ils n'aillent fouiller dans les livres ou du côté de Saint-Calixte, de Victoriaville ou du Nouveau-Brunswick, leurs pièces sont surtout puisées dans le temple de la chanson: Saint-Côme. Endroit mythique pour qui aime la vraie chanson à répondre, véritable pépinière pour tant d'autres groupes plus connus qu'eux. Ils sont du monde ben ordinaire, et n'ont besoin que du vieux piano dans le fond du salon, de quelques guitares sèches et de leur voix pour partir pour la gloire. Du monde ben ordinaire, oui, sauf peut-être Michel Bordeleau, qui a fait le tour du monde, mais qui fait partie du monde ben ordinaire quand même. Ils boivent de la Dâ et de la Carling, du moins pour les besoins de la cause. Mais leurs personnages sont plutôt brandy et flacons de vin. Lorsqu'ils chantent a cappella avec une vieille dame, ils peuvent émouvoir comme les vieux bluesmen des champs de coton. Ils ont du sentiment et ils sont de formidables chanteurs. Leur seul problème, c'est l'eau claire...

Festival Mémoire et racines: demain à 19h30. Tél. 1 888 819-6798. - Yves Bernard

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Chanson - RIO BARIL

Florent Marchet, Barclay - Universal

Dans son album précédent, Gargilesse, du nom de son petit village du Berry, Florent Marchet évoquait la vie pas évidente d'un jeune gars dans un petit village. Cette fois-ci, Florent s'est inventé un village au nom impossible (Rio Baril) et y a planté l'histoire d'un autre jeune gars, qui pète les plombs celui-là. Vrai petit roman qu'on a là, divisé en chansons comme en chapitres: ça commence avec une intro sifflée à la Morricone, puis il y a la description du village, l'enfance et ses rêves (Il fait beau), les espoirs d'une vie réussie et les occasions ratées (La Chance de ta vie, Les Bonnes Écoles), la désespérance qui s'installe (Notre jeunesse, J'ai 35 ans), les médicaments qui s'en mêlent (La Chimie, Les Cachets), l'incident qui fait tout basculer (On n'a rien vu venir), le drame national dans le village (France 3), puis l'internement et... l'apaisement (Pavillon, Tout est oublié). C'est l'extraordinaire expérience d'une vie ordinaire qui dérape, sur des mélodies certes un peu Souchon, dans le meilleur sens, qui tournent et tournent dans une spirale émotionnelle. Un disque bouleversant. Aux Francos les 3 et 4 août. - Sylvain Cormier


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