Entrevue avec Saule - Un bel arbre qui bruisse de plaisir et pleure parfois

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Sylvain Cormier
Édition du vendredi 27 juillet 2007

Mots clés : Francofolies de Montréal, Pierre Lapointe, Saule, Musique, Spectacle, Montréal

Saule lors de sa conférence de presse aux FrancoFolies de Spa.

Photo: Agence France-Presse

Sur la scène pourtant immense de la très grande place de l'Hôtel-de-Ville, où il se produisait dimanche dernier après Pierre Lapointe et avant Patrick Bruel devant quelque 9000 spectateurs au coeur de Spa, Baptiste Lalieu, dit Saule, n'était pas minuscule. Il avait beau être entouré de ses six Pleureurs -- Saule et ses Pleureurs, c'est un gag belge --, on ne le distinguait pas moins, avec sa charpente de gamin qui aurait grandi trop vite et qui habiterait le corps d'un doux géant. Les vêtements, très amples, ajoutaient à l'impression de gigantisme. Je l'avais déjà constaté à trois occasions, l'an dernier déjà à Spa sous un chapiteau dans la zone chanson du Village francofou et l'automne d'ensuite au Québec, dans le cadre de Coup de coeur francophone, seul en première partie de Richard Desjardins, puis avec ses Pleureurs au Lion d'Or, Saule prend de la place.

Ou plutôt: il prend sa place. Sans prétention aucune, mais résolument. En toute confiance. Inconnu il y a deux ans, sur la foi d'un seul album (l'exquis Vous êtes ici) et moult spectacles, il est devenu très naturellement et très rapidement le fleuron de la nouvelle chanson belge, tel un arbre arrivé à maturité émergeant de la forêt. Inexorablement. «C'est vrai que j'y vais assez confiant», disait-il au petit contingent de journalistes québécois à Spa (Philippe Renaud de La Presse, et moi), respirant le plaisir du concert à venir, dix minutes avant les tests de son sur la grande scène. «Si je suis mal à l'aise, c'est pas grave, ça transpire, ça permet d'arriver jusqu'aux gens. Je pense que le fait d'y aller avec amusement, sourire et décontraction, ça se communique. C'est vraiment ce principe de vases communicants qui se produit partout où l'on joue, et avec le public de Richard Desjardins aussi.»

Car Saule est un géant transparent, qui sait la jouer rock'n'roll ou fiesta latino quand il s'agit de cartonner, ou se faire tout petit quand il chante Madame Pipi, son ode aux préposées des cabinets d'aisance. Ou se montrer tout vulnérable quand il décline sa chanson-thème: «Je suis un saule qui pleure / En attendant mon heure / Si le roseau penche / Moi mon coeur flanche... » Saule est le contraire d'une vedette: un type sympa, entier. Du genre qui rigole franchement quand il passe inaperçu à côté des centaines de badauds qui font le pied de grue pour les Pascal Obispo et autres Bruel à l'entrée de l'hôtel Radisson, quartier général des Francos de Spa. Saule est un arbre sain.

«Peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse», résumait-il en conférence de presse avec les Pleureurs, juste avant l'entrevue. «Ça m'est arrivé de jouer guitare-voix devant 6000 personnes comme ça nous est arrivé à sept devant trente. Dans tous les cas de figure, on aborde les concerts avec la même énergie, on essaye d'apporter la même sincérité. Par l'expérience, on se rend compte qu'il ne faut pas avoir peur, parce qu'il y a 7000 ou 8000 personnes devant nous, de faire des morceaux super intimistes. C'est vrai qu'on a tendance à se dire: il y a plein de monde, on va envoyer la patate, et on sait le faire, mais c'est très intéressant de se mettre en danger et de faire des morceaux tendres comme Madame Pipi et Le Baiser.» Confiant, disions-nous.

Il lui a aussi semblé «très intéressant» de partager la scène avec Jeanne Cherhal et Pierre Lapointe dans le cadre d'un plateau Belgique-France-Québec fomenté cet été par les programmateurs des Francos de La Rochelle, Spa et Montréal. «C'est un cadeau. J'avais eu l'occasion de faire les premières parties de Pierre Lapointe et de Jeanne Cherhal et, pur hasard, j'ai eu des coups de coeur pour les deux. Pierre, je l'ai trouvé absolument génial. Après ma première partie, je suis resté pour le voir, assis par terre parce qu'il n'y avait plus de place dans les sièges; j'ai regardé ça comme un gosse, émerveillé par son univers. Et Jeanne, j'ai vraiment une tendresse pour ce qu'elle dégage, la poésie qu'elle amène.»

Ensemble, à La Rochelle, ils ont chanté These Boots Are Made For Walkin', de Nancy Sinatra. Version bilingue. «C'est à l'initiative de Jeanne. Pierre a fait sa partie en français et nous, en anglais, et on finit tous ensemble en français. Ç'a été génial. Mais Pierre nous a expliqué que, si on la reprend à Montréal, il faudra qu'elle soit toute en français. Au Québec, les gens sont plus sensibles aux frontières linguistiques, ce que je comprends très bien.» Saule et le Québec n'en resteront pas là. À l'automne, un retour à Coup de coeur francophone est déjà prévu, assorti d'une tournée en solo à travers le Québec et jusqu'en... Colombie-Britannique. «C'est la première fois que je pars un mois avec ma guitare et ma voix.» Il s'esclaffe, relevant l'énormité de l'affirmation. Il précise. «Je suis déjà parti un mois avec ma voix mais pas avec ma guitare et ma voix... » Plus naturel, tu pousses à même la terre.

***

-Saule et Jeanne Cherhal, avec la participation de Pierre Lapointe, demain à 20h au théâtre Maisonneuve de la PdA.

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Collaborateur du Devoir


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