Perdre la guerre, et son âme, dans les Malouines

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André Lavoie
Édition du vendredi 27 juillet 2007

Mots clés : Tristan Bauer, Iluminados por el fuego, Malouines, Cinéma, Argentine (Pays)

Dans Bénis par le feu, le réalisateur Tristan Bauer propose des personnages qui ne sont ni des héros ni des trouillards... Photo: K-films

À l'heure du grand bourbier irakien, qui se souvient de la guerre des Malouines en 1982? Pendant longtemps, même les Argentins ont préféré l'oublier, humiliés par l'armée britannique qui allait rapidement reprendre possession de cette colonie (depuis 1833). Ce coup de force de la dictature du général Videla aura surtout eu pour effet de précipiter sa chute l'année suivante.

Le contexte historique est vite évacué dans Bénis par le feu, du cinéaste argentin Tristan Bauer, car le propos est ailleurs, illustration de la bêtise de toutes les guerres, particulièrement celles provoquées pour des raisons futiles et gérées par une bande d'incompétents en uniforme. Et une seule statistique énoncée dans ce drame de guerre suffit à comprendre l'étendue du désastre psychologique: 290 anciens combattants ont décidé de mettre fin à leurs jours depuis la défaite, soit le même nombre de soldats argentins tués pendant le conflit...

Vingt ans plus tard, Esteban (Gaston Pauls), journaliste à la télévision, apprend que son ancien compagnon d'armes Vargas (Pablo Ribba) a commis l'irréparable et repose entre la vie et la mort. Aux côtés de sa conjointe dévastée (Virginia Innocenti), il se remémore ses mois d'attente, de souffrances et de privations dans les Malouines, subissant les mauvais traitements d'une hiérarchie militaire en déroute, et dont les soldats de Margaret Thatcher ne feront qu'une bouchée. D'ailleurs, c'est pour avoir tué un mouton, et mangé pour une fois à leur faim, qu'Esteban et ses amis d'infortune subiront des punitions pires que tout ce qu'aurait pu leur faire subir l'ennemi.

On sait finalement peu de choses sur ce journaliste, sinon qu'il a su, mieux que ses compagnons, surmonter ce traumatisme. En proposant des personnages qui ne sont ni des héros ni des trouillards -- nous sommes loin de l'enflure patriotique de Saving Private Ryan --, Tristan Bauer ajoute d'autres arguments pacifistes convaincants. Entre autres celui que la guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les seules mains des militaires. Et que le bruit des bombes se fait souvent entendre bien longtemps après que celles-ci aient explosé.

***

Iluminados por el fuego (V.f.: Bénis par le feu)

Réalisation: Tristan Bauer. Scénario: Tristan Bauer, Miguel Bonasso ainsi qu'Edgardo Estaban et Gustavo Pomero Borri, d'après leur livre. Avec Gaston Pauls, Virginia Innocenti, Pablo Ribba. Image: Javier Julia. Montage: Alejandro Bordersohn. Musique: Federico Bonasso. Argentine-Espagne, 2005, 104 min.

* V.o., s.-t.f.: Cinéma du Parc.

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Collaborateur du Devoir


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