Du pinot noir dans le Nunavut?
Mots clés : vin, pinot noir, Nunavut, Breuvage, Canada (Pays)

Peynaud ne se serait jamais imaginé assister un jour à cette spectaculaire avancée du végétal, repoussant au pays des phoques la limite septentrionale de la culture de la vigne. Et pourtant, le Clos Polaire n'est plus qu'à portée de verre avec ces quelques hectares de pinot noir plantés au Nunavut! Mais celui qui avait dessiné les paramètres du vin moderne dans les années 1960 ne s'en étonnerait pas outre mesure. Sa conception du vin frais, souple, de constitution moyenne, d'une parfaite digestibilité, difficile à atteindre aujourd'hui en raison du réchauffement climatique planétaire, témoignerait pour lui. Il ne s'étonnerait pas non plus du fait que, bien avant le millésime 2003 en Europe, la désalcoolisation des vins et l'absence de chaptalisation des moûts étaient devenus monnaie courante. Même la glace, jadis en abondance au pays des Esquimaux, ne servait plus qu'à rafraîchir la bouteille de... muscadet.
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Le scénario n'est pas aussi improbable qu'il n'y paraît. La planète chauffe. Les vins qui, il y a à peine
50 ans de cela (ce qui est bien peu en regard de la formation du bouclier canadien), avaient des titres alcoométriques compris dans la fourchette de 12,5 ° à 13,5 ° ont glissé dans la frange supérieure avec des volumes avoisinant les 14 et 15 beaux degrés d'alcool, justifiant l'adage «Le bon goût rend bien meilleure la modération» à défaut de voir «Indispose les femmes enceintes» ou encore «Fait tituber, capoter et prendre feu» inscrits sur les contre-étiquettes. Le vin aurait-il perdu le nord? Imaginez, même le gros plant du pays nantais n'a plus besoin d'être chaptalisé! (Avec tout le respect que j'ai pour le gros plant du pays nantais.) Et là, je ne vous parle pas du code de bienséance en société qui veut que l'on demeure digne après ingestion, même modérée, d'alcool. Alors? Alors, la chasse est ouverte pour dénicher ces vins s'affichant sous la barre des 13 degrés non seulement pour demeurer digne et correct en présence d'une dame (l'inverse est aussi vrai), mais pour conserver cette souveraine impression de demeurer libre et un tantinet grivois après boire.
Ce pourrait être, en blanc, ce délicat Château Coupe Rose 2005 en appellation Minervois (19,30 $ - 914275) à la robe chaude d'un soleil de minuit sous la voûte céleste du Nunavut, aux arômes précis, suaves et élégants doublés de saveurs fraîches, d'une étonnante profondeur ***1/2, 1 ou encore ce Soave Classico Inama 2006 (19,40 $ - 908004) suggérant un léger perlant en entrée de bouche pour mieux stimuler les flaveurs florales et citronnées, susceptibles de réchauffer les conversations à l'apéro sur les antipasti, par exemple ***, 1.
Ce pourrait être aussi, en rouge, ce Gran Feudo Crianza 2004 de la maison Chivite (16,05 $ - 10507817) servi autour de 15 °C pour aviver le détail des arômes et des saveurs souples et à peine boisées de tempranillo, de garnacha et de cabernet sauvignon **1/2, 1 ou bien ce Maître d'Estournel 2005, Bordeaux (14,55 $ - 238188) qui offre tout de même du sérieux pour cette cuvée destinée à la petite soif de passage. C'est coloré et bien marqué par le petit fruit rouge avec une bouche légère et tonique, articulée encore une fois par un fruité pétant de santé. Délicieux sur le croque monsieur **1/2, 1. Pourquoi pas non plus ce dandy de merlot 2004 du Frioul italien de la maison Vistorta (27,40 $ - 712018), pure caresse fruitée pour un palais qui n'en demandait pas tant. Et quelle classe avec ça! ***, 1. Enfin, Pénélope 2005, du Domaine du Lys, Vin de pays des Cévennes (20 $ - 912105). Elle grandit, cette Pénélope, elle ouvre ses ailes au fil des millésimes avec un aplomb remarquable. Une syrah heureuse en pleine possession de ses moyens, sans doute influencée actuellement par son tuteur boisé, mais l'essentiel est là. La robe vive et soutenue, le corps dense sans être surchargé et la fraîcheur, de premier plan. Une belle réussite! ***, 2
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Les sélections de la semaine
La belle affaire
Verdicchio dei Castelli Di Jesi 2006, Umani Ronchi, Marches (11,40 $ - 10544790)
On peut dire qu'il a du vent dans le toupet, ce blanc sec et dramatiquement léger, comme un brumisateur fruité déposé sur le palais pour en enrayer la possible déshydratation. Ajoutez la subtile pointe de gaz carbonique qui avive plus encore le fruité d'agrume et voilà l'apéro de piscine, de lac, de baignoire et de boyau d'arrosage idéal. **1/2,1
La belle bouteille
Prado Enea Reserva 1998, Bodega Muga, Rioja (53 $ - 10268449)
Il faudra placer ce grand rioja qui arrive tout doucement à maturité juste avant le fromage alors que les conversations sont encore nourries sur le plat principal. Car sa largesse sur le plan des flaveurs le destine à cette place de choix. Puissance, corps et générosité fruitée liés par des tanins abondants, mûrs, habilement boisés. Et quelle longueur! ****,3©
La primeur en blanc
Riesling Pacific Rim 2005, Bonny Doon Vineyard, Washington (19,70 $ - 10354419)
Il faut avouer que ça marche. Que le caractère du riesling est là, que l'expression fruitée est bien découpée et drôlement persistante, que sa vitalité ne s'encombre des quelques sucres résiduels que pour mieux se distinguer à table, sur les rouleaux de printemps comme sur les «egg rolls» ou autres nouilles à la chinoise. ***,1
La primeur en rouge
De Martino Lagado Reserva 2004, Maipo, Chili 18,05 $ - 642868)
Je sais, je sais, à deux doigts du 15 % alc./vol., mais l'équilibre est là. Fraîcheur (exemplaire du cabernet sauvignon doublée d'une solide structure, ménageant toutefois les aspérités de passage. Du jus, et du bon, à boire à petites gorgées en mastiquant lentement (sans parler, c'est plus poli) votre plus belle entrecôte grillée. ***,2 *
Le vin plaisir
Riesling Réserve 2003, Trimbach (23,25 $ - 969709)
La canicule semble lui être passée comme sur le dos d'un canard tant il fait fi de l'excès solaire du millésime. Car ce riesling bien sec va droit au minéral sans lequel sa raison d'être n'aurait plus de sens. Presque une impression de salinité où s'ajoute une sapidité qui ne retient que l'essentiel du fruité. Finale longue, tonique, brillante. Sushis? ***1/2,2
Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. *: Le vin gagne à séjourner en carafe.
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Jean Aubry est l'auteur du «Guide Aubry 2008 -- Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $» à paraître en octobre prochain.
Collaborateur du Devoir
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
Vos réactions
Quel divin cru - par Yves Poitras (un_citoyen@hotmail.com)
Le vendredi 27 juillet 2007 08:00

