Play Ball à... Tel-Aviv
Mots clés : Baseball, Steve Leibowitz, Jérusalem, Sport, Israël (pays)

Les débuts n'ont pas toujours été aisés. Des terrains -- la ligue en compte trois -- n'étaient parfois pas prêts, et des matchs ont dû être déplacés à la dernière minute sans qu'il soit possible d'en informer les amateurs. Leur qualité laisse encore à désirer: pendant ce match auquel j'assiste, ce 13 juillet au Sportek de Tel-Aviv, on voit de temps à autre un joueur de champ intérieur lancer une petite pierre par-delà les lignes de démarcation. Mais le rodage est en voie de conclusion. «Ça va relativement bien maintenant», dit le commissaire de la ligue, Daniel Kurtzer, professeur à l'université Princeton et ancien ambassadeur des États-Unis en Israël et en Égypte. «Nous travaillons à un projet sur 20 ans. Tout n'arrivera pas tout de suite. Mais comme il n'y a pas vraiment de sport d'équipe d'été sérieusement organisé en Israël, nous avons bon espoir que celui-ci fonctionnera.»
«If you build it, they will come», prophétise de son côté Larry Baras, un homme d'affaires du Massachusetts qui fut l'un des pionniers du projet, en rappelant le classique Field of Dreams dans lequel Kevin Costner attire de défunts joueurs des White Sox de Chicago en aménageant un terrain dans son champ de maïs de l'Iowa. «Pour le moment, nous en sommes davantage à l'étape "investissement" qu'à l'étape "revenus". Mais avec une bonne stratégie de marketing, on peut faire du chemin.» Cette oeuvre d'exposition est déjà amorcée, plusieurs matchs étant diffusés à la télévision israélienne -- il est d'ailleurs assez singulier de regarder du baseball assis dans un bar-restaurant de Jérusalem (c'est celui qui regarde le baseball qui est assis, pas le baseball) --, de même que sur une chaîne câblée aux États-Unis.
C'est au cours des derniers mois que les choses se sont mises en branle. Des camps de recrutement ont été tenus au Massachusetts, en Israël, à Miami, en Californie et en République dominicaine. Les 120 meilleurs joueurs, originaires de neuf pays, ont été retenus. Particularité: aucune restriction ethnique ou religieuse. Évidemment, les baseballeurs juifs se sont montrés intéressés au premier chef, mais ils ne forment que 70 % des effectifs de la ligue en cette saison inaugurale. Les joueurs sont payés 2000 $US pour les deux mois d'activités, logés et nourris. Chaque équipe disputera 45 matchs en saison régulière avant le match de championnat.
Lorsque approchées, des personnalités en vue «n'ont pas hésité une seconde» à s'associer au projet, dit Larry Baras. Dan Duquette, l'ancien directeur général des Expos -- pas moyen de faire deux pas en Terre sainte sans tomber sur une référence montréalaise, je vous jure -- et des Red Sox de Boston, occupe le poste de directeur des opérations baseball et a présidé à l'allocation des joueurs aux différentes équipes. L'économiste du sport Andrew Zimbalist et le propriétaire minoritaire des Yankees de New York, Marvin Goldklang, participent aussi à l'aventure. Et quatre des six gérants sont d'anciens joueurs des ligues majeures: Ron Blomberg, premier frappeur de choix de l'histoire en 1973; Art Shamsky, porte-couleurs des Mets dans les années 1960; Ken Holtzman, as lanceur avec Oakland à la belle époque des moustachus; et Steve Hertz.
Comme on dit dans le milieu, Hertz, qui dirige le Lightning, a pris une tasse de café dans les majeures, disputant cinq matchs avec les Colt .45s de Houston, les prédécesseurs des Astros, en 1964. Mais une brillante carrière d'entraîneur au Miami-Dade College, où il a oeuvré pendant 38 ans, l'attendait. Quand on lui a offert de venir prodiguer ses conseils en Israël, où il n'avait jamais mis les pieds, le temps d'un été, il a sauté sur l'occasion. «Ce sont de bons jeunes», dit-il de ses joueurs, qui pour la plupart sont dans la vingtaine. «Ce n'est pas facile de faire découvrir un nouveau sport à une population qui se passionne déjà pour d'autres. Mais je compare notre situation à celle du soccer lorsqu'il est arrivé aux États-Unis. Le processus est long, mais à force de persévérance... »
De fait, la ligue d'Israël s'est fixé pour objectif de présenter du baseball de calibre A, soit trois niveaux sous celui des ligues majeures. «Quoique je dirais que certains de nos matchs se rapprochent du AA», dit le commissaire Kurtzer. «L'important, c'est de présenter du bon jeu dès le départ. Ça ne peut qu'attirer des joueurs toujours meilleurs dans l'avenir.» Autre rêve: avec l'apport de joueurs juifs actuellement dans les majeures, comme Shawn Green ou Brad Ausmus, inscrire Israël à la prochaine Classique mondiale de baseball, prévue pour 2009.
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Ce vendredi-là au Sportek, le plus grand complexe sportif extérieur de Tel-Aviv, le match entre Bet Shemesh et le Lightning commence à 10h, sous un soleil déjà de plomb. On joue tôt pour permettre à tout le monde qui le désire de rentrer tranquillement à la maison pour se préparer au sabbat. Quelques joueurs, particulièrement les lanceurs, trouvent l'expérience difficile.
Dès l'abord du parc, on devine que le baseball devra travailler pour faire sa place. On compte une cinquantaine de spectateurs. La clôture du champ droit est rapprochée parce qu'il y a derrière un terrain de soccer qui a préséance. Pas de tableau indicateur. En plus de donner les noms des joueurs qui se présentent au bâton et des changements en défensive, l'annonceur maison prend le micro pour expliquer à la foule, lorsqu'un tel jeu se produit, ce qu'est un court-et-frappe, pourquoi le lanceur lance parfois au premier but lorsque s'y trouve un coureur, etc.
Néanmoins, le match est rudement contesté. Deux solides collisions au marbre échauffent quelque peu les esprits. Le Lightning l'emporte finalement 5-0 -- toutes les rencontres sont de sept manches -- derrière une excellente prestation de son gaucher Aaron Pribble, de San Francisco, qui muselle les Blue Sox sur cinq coups sûrs et onze retraits au bâton.
Steve Hertz est satisfait du résultat, mais il ajoute après le match: «Vous direz ce que vous voudrez, mais... du baseball en Israël? Je pense que je n'y crois pas encore.»
Vos réactions
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Le jeudi 26 juillet 2007 08:00
«If you build it, they will come» - par Pierre Castonguay (p.castonguay@videotron.ca)
Le jeudi 26 juillet 2007 04:00

