Afghanistan : les talibans exécutent un des 23 otages sud-coréens

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AFP
Édition du jeudi 26 juillet 2007

Mots clés : Corée du Sud, otages, talibans, Enlèvement, Décès, Afghanistan (Pays)

D'autres seront tués si Kaboul refuse un échange de prisonniers

Des Sud-Coréens ont participé hier à une vigie à la chandelle pour demander la libération de leurs compatriotes retenus en otages en Afghanistan.

Photo: Agence Reuters

Les talibans ont abattu hier un des 23 otages sud-coréens qu'ils détiennent depuis une semaine en Afghanistan et menacé d'en tuer d'autres si Kaboul n'acceptait pas un échange de prisonniers.

«Nous avons tué un Sud-Coréen parce que le gouvernement [afghan] n'est pas honnête dans ses négociations», a déclaré par téléphone Youssouf Ahmadi, porte-parole des talibans.

Le corps criblé de balles de l'homme a été découvert près de la localité de Qarabagh, dans la province de Ghazni (140 km au sud de Kaboul), selon la police locale. Cette exécution est la première d'un otage étranger en Afghanistan depuis celle d'un Indien en avril 2006.

«Nous avons fixé un nouvel et dernier ultimatum qui expire à 20h30 GMT mercredi. Si nos demandes ne sont pas respectées, nous allons tuer d'autres otages», a averti Youssouf Ahmadi.

«Nous demandons au gouvernement de la Corée du Sud, à son Parlement et à son peuple de faire pression sur le gouvernement afghan pour qu'il accepte nos demandes ou nous allons tuer d'autres otages», a-t-il ajouté.

L'agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant une source gouvernementale locale, a affirmé, elle, que huit otages avaient été libérés, une information démentie par les talibans et le gouverneur de Ghazni, Mirajuddin Pattan. «Les négociations continuent, mais personne n'a été libéré», a dit M. Pattan.

Les talibans exigent officiellement, dans un premier temps, la libération de huit des leurs, prisonniers en Afghanistan, contre le même nombre d'otages sud-coréens, avant de poursuivre les négociations sur le sort des autres otages.

Les 23 volontaires de l'Église évangélique de Saemmul, pour la plupart des femmes âgées d'une vingtaine et d'une trentaine d'années, ont été enlevés jeudi dernier près de Qarabagh, alors qu'ils voyageaient dans un car privé sur l'axe Kaboul-Kandahar (sud), traversant des zones sous contrôle des insurgés.

Il s'agit du plus important groupe d'étrangers enlevés en Afghanistan depuis la chute du régime fondamentaliste des talibans, fin 2001.

Les talibans détiennent par ailleurs un ingénieur allemand et quatre de leurs collègues afghans, enlevés le 18 juillet dans la province de Wardak (100 km au sud de Kaboul), et pour lesquels ils exigent également un échange de prisonniers.

Le président afghan Hamid Karzaï avait cependant assuré qu'il n'y aurait jamais plus d'échange de prisonniers après celui ayant permis en mars la libération du journaliste italien Daniele Mastrogiacomo. Une première d'autant plus contestée que les deux guides afghans du reporter avaient été exécutés.

Un second Allemand, un ingénieur du bâtiment de 44 ans, se trouvait parmi le groupe enlevé le 18 juillet, mais son corps a été retrouvé dimanche, présentant des blessures par balles.

Les talibans affirment l'avoir exécuté, mais Kaboul et Berlin estiment qu'il a pu succomber à une crise cardiaque pendant sa détention, avant qu'on lui tire dessus. Son corps devait être rapatrié hier et une autopsie pratiquée aujourd'hui pour déterminer la cause de sa mort.

Par ailleurs, un journaliste danois d'origine afghane, Khwaja Najibullah, et son assistant afghan ont été détenus pendant plusieurs heures par des talibans présumés avant d'être relâchés hier après-midi, «grâce à la médiation de chefs tribaux», selon le gouverneur de la province de Kunar (est), Shalizai Didar.

Des enfants

Un des principaux chefs des talibans, Mansour Dadullah, a affirmé hier que les rebelles avaient ordre d'enlever un maximum d'étrangers en Afghanistan, dans des déclarations diffusées par la chaîne de télévision britannique Channel 4.

Le chef rebelle, qui s'exprimait depuis un endroit tenu secret à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, a aussi déclaré que les talibans comptaient utiliser des enfants pour décapiter des otages. Les talibans veulent «donner une formation militaire aux enfants», a-t-il dit.

Mansour Dadullah a remplacé au poste de chef militaire son frère, le mollah Dadullah, tué le 11 mai par les troupes des forces internationales en Afghanistan.

Il a défendu la prise en otage d'étrangers comme un moyen efficace d'obtenir la libération de talibans emprisonnés par le gouvernement de Kaboul.

«Bien sûr, le kidnapping est une politique très efficace et j'ordonne à tous mes moudjahidines d'enlever des étrangers de toutes nationalités partout où ils peuvent en trouver, et alors nous devrions faire le même genre de marchandage», a déclaré Mansour Dadullah.

Il a en outre affirmé qu'il avait des contacts étroits avec le chef du réseau al-Qaïda, Oussama ben Laden. «Nous ne faisons pas des comptes séparés pour les armes, l'argent ou quoi que ce soit. Notre objectif est le même. Nous les aidons et ils nous aident», a-t-il dit.

Plus d'attaques

Les attaques d'insurgés le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont doublé en juin par rapport à l'an dernier et un plus grand nombre de combattants étrangers sont entrés en Afghanistan, a affirmé hier un général américain.

«Le mois dernier, elles ont doublé par rapport à la même période de l'an dernier», a déclaré le général David Rodriguez, commandant d'un groupe opérant dans l'est de l'Afghanistan, faisant référence aux attaques à la frontière. Il a toutefois précisé que ces attaques avaient diminué un peu en juillet en raison de l'offensive militaire pakistanaise de l'autre côté de la frontière.

Le général Rodriguez a également affirmé qu'al-Qaïda exerçait une influence en Afghanistan, principalement en utilisant ses réseaux pour envoyer des combattants étrangers dans ce pays en passant par le Pakistan.

Le flux de combattants étrangers «a augmenté probablement de 50 à 60 % au cours de l'an dernier. Ils viennent de multiples endroits du Proche-Orient», a-t-il dit. Selon lui, cette augmentation représente moins de 200 combattants, mais il n'a pas donné davantage de précisions.

Les combattants étrangers représentent moins de 5 % de l'ensemble des insurgés en Afghanistan, mais certains savent diriger des équipes, a ajouté le général Rodriguez. Il a précisé qu'il n'y avait pas de renseignements sur des combattants étrangers venant d'Irak, mais que des tactiques et des techniques similaires avaient été observées dans les deux pays.


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