Opinion

Sans foie ni l'oie

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Jacques Cerf, Auteur du livre de recettes Le Foie gras au Québec, Montréal, Éditions Carte blanche

Édition du jeudi 26 juillet 2007

Mots clés : canards, oies, foie gras, Alimentation, Agriculture, Québec (province)

On peut être contre le gavage des oies et des canards, contre la chasse aux phoques; on peut être végétarien, végétalien ou disciple du véganisme [démarche qui prône l'exclusion de tout produit ou sous-produit issu de l'exploitation des animaux, NDLR], et le clamer sur les toits, ça ne me dérange pas. Vive la liberté d'opinion et d'expression. Ce que j'ai du mal à digérer, c'est qu'on puisse consacrer tout son temps, son énergie et son argent au service d'une cause somme toute mineure vu les problèmes auxquels le monde actuel est confronté. Des millions d'enfants meurent chaque année de maladies évitables, des effets de la pauvreté, par manque d'accès à l'eau potable ou de malnutrition, et on choisit de passer son temps et son énergie à se préoccuper de la santé des canards et des oies? Un tel engagement est ridicule sinon indécent. Est-ce un manque de jugement, de la stupidité ou de l'ignorance? C'est à se demander même si ces militants n'ont pas quelque chose à cacher, s'ils ne se sont pas lancés dans cette activité pour se racheter, pour réparer quelques fautes inavouables commises contre des animaux dans le passé. De la même manière, c'est souvent cette réflexion qui me vient à l'esprit devant les attitudes fanatiques de certains militants anti-avortement.

L'élevage des oies et des canards pour le foie gras est une activité marginale dans l'élevage des animaux de boucherie au Québec. Il existe moins d'une douzaine de producteurs de foie gras qui gèrent tous des petites entreprises. C'est une profession très exigeante. Certains producteurs utilisent la technique de gavage traditionnelle qui demande encore plus de soins et d'attention. Devant l'industrialisation généralisée de l'alimentation, c'est plutôt encourageant de voir ces entrepreneurs qui ont choisi un créneau difficile et qui continuent à lutter sur plusieurs fronts pour assurer la viabilité de leur entreprise. En ce qui concerne les Élevages Périgord, qu'on profite d'un événement ponctuel qui n'a rien à voir avec le gavage pour relancer la campagne anti-foie gras relève, si j'ose dire, de la mauvaise foi. On peut même se demander dans quelle mesure de tels comportements condamnables n'ont pas été provoqués pour les besoins de la cause.

Le foie gras au Québec, c'est aussi ce qui distingue le Québec du reste de l'Amérique du Nord. Quand on voit comment ont évolué la culture gastronomique et la restauration depuis 20 ans, on se rend compte que les Québécois sont à la recherche d'une qualité de vie qui repose entre autres sur la qualité et la diversité des produits qu'ils mettent dans leur assiette. Il n'est pas surprenant de voir que la plupart des pays qui ont interdit le foie gras sont des pays où sévit le puritanisme, où la culture gastronomique est limitée et les traditions culinaires, peu nombreuses.

Le foie gras est un chef-d'oeuvre de la nature (même si on l'aide un peu dans la dernière étape). C'est un festival de délicatesse et de saveurs multiples. Il existe des centaines de façons de le préparer avec du sucré ou du salé. Je plains les végétariens qui se refusent ce plaisir et, sans essayer de les convaincre, je leur rappelle que c'est l'homme qui a créé la division entre les végétaux et les animaux, et qu'au niveau unicellulaire, la différence entre végétal et animal est peu visible. Parfois, je me demande quelle attitude ils doivent adopter par rapport aux plantes carnivores...

Pour un supplément d'information sur le foie gras ou pour me contacter, vous pouvez visiter mon site Internet: www.foiegrasquebec.com. Pour les militants en mal de nobles causes, je me ferai un plaisir de leur donner une liste d'organisations dans lesquelles ils pourraient utiliser leur temps, leur énergie et leur argent à autre chose qu'à la mise en faillite des entreprises de foie gras québécoises.


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