L'intérêt de M. Harper
Mots clés : OTAN, Stéphane Dion, Stephen Harper, Forces armées, Gouvernement, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)
Il y a deux semaines, j'ai écrit dans ces pages que les Canadiens seraient perçus comme ceux qui s'excusent pour aller aux toilettes au moment même où la facture arrive si le premier ministre Stephen Harper décidait d'annoncer l'abandon de notre mission à Kandahar, comme le réclame le chef du Parti libéral, Stéphane Dion. Au lieu de cela, j'ai suggéré qu'il était dans l'intérêt national que M. Harper informe nos alliés de notre volonté de continuer cette mission, à condition qu'ils fassent de même, à la mesure, bien sûr, de leurs contingents et de leur population. Aujourd'hui, je vous expliquerai pourquoi cette approche est aussi dans l'intérêt de M. Harper.
Aujourd'hui, le Parti libéral du Canada, celui-là même qui nous a engagés dans cette guerre et qui a pris la décision de déployer nos soldats dans la dangereuse région de Kandahar, a décidé de jouer avec l'opinion publique pour des raisons strictement partisanes. Cependant, il est tout à fait possible que son caucus se divise si M. Harper devait suivre la ligne de conduite que je propose. Ce ne serait pas la première fois. L'an dernier, la division a prévalu quand le premier ministre a proposé de prolonger de deux ans notre mission en Afghanistan.
Parmi ces députés libéraux, un certain nombre sont vraisemblablement préoccupés par de possibles violations des droits de la personne si les talibans reviennent au pouvoir. D'autres députés libéraux, qui espèrent retourner au pouvoir sous peu, cherchent présentement à mesurer l'effet d'un retrait sur notre réputation internationale et sur notre position en tant que pays membre de l'OTAN. Sans parler des incidences géostratégiques d'une possible défaite en Afghanistan.
À la différence des libéraux, les néo-démocrates ont conservé une position cohérente sur l'Afghanistan depuis 2001. Après les attentats du 11-Septembre, leur députation s'est opposée à la décision de Jean Chrétien d'envoyer nos troupes à la guerre. Ce qui n'empêche pas qu'on puisse trouver dans leurs rangs des députés qui sont sensibles aux allégations voulant qu'un retrait des troupes canadiennes se fasse au prix de l'abandon du sort des femmes afghanes aux talibans. À ce propos, vous entendrez souvent des néo-démocrates et d'autres gauchistes faire référence aux critiques formulées par la législatrice afghane Malalai Joya, même s'ils reconnaissent rarement que Mme Joya s'oppose ouvertement à un retrait des forces de l'OTAN.
Pour sa part, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne réclame pas un retrait immédiat de l'Afghanistan comme le fait M. Layton, cela même si le sentiment pacifiste est plus fort au Québec que partout ailleurs au Canada. À la grande différence du NPD, et même ces jours-ci des libéraux, le Bloc joue rarement la carte anti-américaine ou anti-OTAN.
Aujourd'hui, Jack Layton reçoit un appui grandissant à travers le pays et il essaiera de profiter de la montée du sentiment pacifiste pour arracher l'élection partielle d'Outremont. De l'autre côté, le candidat libéral, Jocelyn Coulon, défendra les décisions des gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin. Reste à connaître la position du candidat conservateur, Gilles Duguay, nommé hier. Il aura une occasion en or de tester la cohésion des troupes libérales auprès de M. Coulon, un homme à l'intégrité intellectuelle incontestée.
M. Harper aura besoin de l'appui d'au moins un parti aux Communes, ou encore d'un nombre suffisant de députés dans un vote libre, pour poursuivre l'approche que je préconise. S'il réussit, il pourra employer son statut de chef d'un gouvernement minoritaire -- à l'instar des présidents américains qui utilisent le Sénat pour renforcer leur position dans les négociations internationales -- pour mettre de la pression sur nos alliés afin qu'ils annoncent un engagement plus important en Afghanistan.
S'il échoue, M. Harper pourra quand même dire à nos alliés et au monde qu'il a fait de son mieux. Ce faisant, il pourra aussi espérer que la question de l'Afghanistan devienne moins importante d'ici la prochaine élection. À moins bien sûr que des abus aux droits de la personne ou des attaques terroristes ne fleurissent après le retrait canadien. Le cas échéant, M. Harper sera alors en mesure d'invoquer ces événements comme autant de raisons supplémentaires pour lui accorder un gouvernement majoritaire.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
Vos réactions
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Le jeudi 26 juillet 2007 09:00
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