L'équité salariale dope l'économie
Mots clés : équité salariale, économie, femme, Canada (Pays)
Le règlement rétroactif a provoqué un bond de 4,9% des ventes au détail
Le règlement de l'équité salariale n'aura pas mis beaucoup de temps à se frayer un chemin jusqu'aux poches des détaillants. En dévoilant les données du commerce de détail pour le mois de mai, Statistique Canada a estimé hier que le portefeuille des ménages québécois s'est ouvert si vite, en fait, que les ventes au détail ont connu leur plus forte croissance mensuelle depuis 1998. D'après l'agence statistique, il n'y a pas de doute que la relation en est une de cause à effet: le règlement rétroactif de 1,5 milliard qui a commencé à parvenir aux 330 000 employées du secteur public s'est soldé par une augmentation spectaculaire de 4,9 % du chiffre d'affaires des commerces québécois par rapport au mois d'avril.«L'impact a été fort important», a dit le président du Conseil québécois du commerce de détail, Gaston Lafleur, selon lequel le total des sommes remises dans un premier temps avoisine le milliard. «Dès l'annonce d'un règlement [en mai 2006], les détaillants nous appelaient pour savoir à quel moment les chèques allaient être envoyés...»
À l'échelle canadienne, les ventes au détail se sont élevées à 35 milliards, en hausse de 2,8 % par rapport à avril, du jamais vu depuis 1997. L'effet de l'équité salariale a été si puissant, a d'ailleurs fait remarquer Statistique Canada, que le fait de soustraire le Québec de l'équation ramènerait la croissance des ventes canadiennes à 2,2 %.
Il est impossible de déterminer les secteurs commerciaux qui ont le plus bénéficié du règlement de l'équité salariale. Pour le Québec, ces données n'existent pas. Or, à l'échelle canadienne, l'agence fédérale précise que l'industrie automobile a connu une hausse des ventes de 4 %, que les magasins de matériaux de rénovation ont observé une augmentation de 6 % et que les magasins de vêtements ont affiché une hausse de 5,9 %. Il y a fort à parier que les données québécoises s'inscrivent dans la même direction.
Il y a neuf ans...
Pour constater pareille augmentation mensuelle au Québec, a signalé Statistique Canada, il faut remonter à février 1998. Le Québec se remettait alors de la crise du verglas et les ménages s'étaient replongés dans le magasinage de manière à rattraper le temps perdu. «En fait, des événements comme la remise des chèques, ça s'apparente un peu aux retours d'impôt», a dit M. Lafleur. «Ça peut inciter à la consommation, tout comme des réductions fiscales.»
«Le paiement du montant forfaitaire versé aux femmes occupant des postes dans l'administration publique provinciale au titre de l'équité salariale est une vraie mine d'or pour les détaillants québécois», a jugé de son côté Sébastien Lavoie, économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, dans une note de recherche envoyée à ses clients. L'effet devrait se faire sentir pendant encore quelques mois, a-t-il opiné.
Les chèques rappellent ceux envoyés par Ralph Klein à tous les Albertains il y a quelques années, selon M. Lavoie. Il s'agissait à l'époque du Prosperity Bonus, une somme individuelle de 400 $ rendue possible par les pétrodollars qui coulaient à flots dans les coffres du gouvernement grâce à l'envolée des redevances et des prix. «Ces chèques totalisaient 1,3 milliard de dollars. La différence, c'est que les montants des chèques envoyés au titre de l'équité salariale sont plus gros et [que ceux-ci sont] envoyés à moins de personnes.»
Pour sa part, le Mouvement Desjardins a estimé hier que la croissance québécoise a représenté en mai environ 40 % de la croissance totale au Canada.
Le règlement de l'équité salariale est composé d'une somme rétroactive et d'une hausse salariale permanente. Après avoir amassé une réserve de 1,5 milliard, le gouvernement québécois a annoncé en juin 2006 qu'il s'était entendu avec cinq centrales syndicales sur un protocole qui devait régler le dossier de 95 % des employées de la fonction publique. Les ajustements rétroactifs versés depuis mars devaient se chiffrer en moyenne à 5300 $. Quant aux hausses salariales, elles devaient en moyenne se mesurer à 6,25 %. Elles devaient ajouter 4 % à la masse salariale totale du secteur public.
Une récente analyse de l'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, stipulait que le tiers des sommes remises pour l'ajustement rétroactif allaient être dépensées dans les magasins et que ces achats pourraient fort bien être des biens durables, comme des électroménagers et des voitures.
«Au total, il s'agit de près de deux milliards de dollars additionnels [en tenant compte de l'ajustement rétroactif et des hausses salariales]», a-t-il écrit dans le journal Les Affaires en mai. «Une fois les impôts et les cotisations sociales prélevés, c'est plutôt la moitié du montant, soit environ un milliard de dollars, que recevront véritablement les bénéficiaires en 2007. Environ 650 millions seront à leur tour dépensés, tandis que les 350 millions restants devraient se retrouver sous forme d'épargne.»
La vigueur de ces données dévoilées hier matin a donné du souffle au dollar canadien, comme s'il en avait besoin. Le huard, qui ne semble pas vouloir arrêter sa course vers la parité avec le dollar américain, a progressé de 0,85 cent à 96,36 ¢US. Depuis le mois de mars, il a pris rien de moins que 10 ¢.
Bien que le commerce de détail dans son ensemble se porte plutôt bien depuis quelques années, certains économistes se demandaient hier si le niveau élevé du dollar canadien n'allait pas faire en sorte que les Canadiens passent davantage leurs vacances aux États-Unis, ce qui aurait un effet négatif sur le commerce de détail de ce côté-ci de la frontière.
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