Le Tour de France replonge dans le scandale

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Reuters
Édition du mercredi 25 juillet 2007

Mots clés : Kazakh Vinokourov, cyclisme, Tour de France, Dopage, Sport, France (pays)

Le Kazakh Vinokourov convaincu de dopage, son équipe se retire

Serge Borlée, le garde du corps du coureur Alexandre Vinokourov, s'occupe des bagages de son protégé devant une horde de journalistes massés devant l'hôtel où logeait l'équipe cycliste Astana, maintenant retirée du Tour de France.

Photo: Agence Reuters

Pau -- Présenté comme un héros après ses deux victoires d'étape, le Kazakh Alexandre Vinokourov, convaincu de dopage sanguin hier, a fait replonger le Tour de France dans ses heures les plus noires.

Le leader de la formation Astana a été contrôlé positif à une transfusion sanguine homologue à l'issue de la 13e étape, le contre-la-montre d'Albi qu'il avait outrageusement dominé samedi dernier.

Vinokourov, qui a demandé une contre-expertise, a été immédiatement suspendu par son équipe qui a accepté, sous la pression des organisateurs, de se retirer de la course.

«Selon le code éthique mis en place par Astana, Alexandre Vinokourov est suspendu de l'équipe avec effet immédiat,» a fait savoir la formation suisse dans un communiqué. «Après avoir été informés, les organisateurs du Tour de France ont invité Astana à se retirer de la course, ce qui a été accepté spontanément», ajoute le communiqué.

La gendarmerie a procédé à une perquisition dans l'hôtel occupé par l'équipe Astana, a rapporté un photographe sur place.

Le Kazakh, victime d'une grave chute lors de la première semaine, avait vécu une surprenante résurrection en remportant deux étapes en trois jours: à Albi samedi, puis à Loudenvielle, lundi.

Il avait alors été salué par beaucoup pour son courage et son abnégation, ayant choisi de continuer l'aventure bien que diminué physiquement.

Ce contrôle positif a ramené le Tour de France près de dix ans en arrière et a ranimé le spectre de l'affaire Festina qui avait bouleversé la Grande boucle 1998.

Roulette russe

Ce contrôle constitue un nouveau coup dur pour la plus grande course cycliste du monde qui avait déjà dû gérer l'affaire Floyd Landis, déclaré positif à la testostérone après être arrivé en jaune sur les Champs-Élysées en 2006.

Il intervient également à un moment où le cyclisme vit une période trouble, dont les incertitudes sont alimentées par les doutes qui planent autour du porteur du maillot jaune Michael Rasmussen. Le Danois, averti à deux reprises par l'UCI pour ne pas avoir fourni son emploi du temps afin de subir des contrôles inopinés, a tenté de s'expliquer hier matin.

Flanqué de l'avocat de l'équipe Rabobank, Rasmussen a rappelé qu'il avait subi 14 contrôles avant et depuis le début du Tour et qu'aucun ne s'était révélé positif.

Face à cette tourmente, Christian Prudhomme, directeur du Tour, et Patrice Clerc, président d'ASO, ont tenu à afficher une fermeté sans faille dans la guerre qu'ils veulent mener contre les tricheurs.

De concert, ils ont regretté la présence de Rasmussen dans la course et ont affirmé qu'ils se seraient opposés à son engagement s'ils avaient eu connaissance des sanctions infligées au coureur danois.

«J'avais dit aux coureurs lors du briefing d'avant-Tour que nous avions une formidable occasion de reconquête. C'est raté, a déploré Prudhomme. Mais il faut que les tricheurs comprennent qu'ils jouent à la roulette russe. Notre détermination est totale. Il faut que cela finisse par leur entrer dans la tête», a-t-il ajouté.

Révolution éthique

Interrogé pour savoir s'il avait envisagé d'arrêter la course comme cela avait déjà été demandé en 1998, Patrice Clerc a déclaré que l'idée ne lui avait pas traversé l'esprit. «Si nous baissons les bras, ce sport va sombrer pour longtemps, a lancé Clerc. Avec l'aide de tous, nous allons pouvoir gagner cette bataille.

«Nous allons pouvoir retrouver tout le potentiel de ce sport. Il faut faire une révolution éthique et cela passe par une guerre sans pitié», a-t-il encore dit.

Le coureur britannique David Millar, présent dans la salle de presse à Pau au moment de l'annonce du contrôle positif de Vinokourov, est apparu très choqué. «Mon Dieu, je suis complètement choqué. J'avais foi en Vinokourov. Il y a 40 ans, Tom Simpson mourrait et on en est toujours là», a dit le Britannique.

«Rien n'a changé. Ils ne vont jamais comprendre. Ils ne vont jamais retenir les leçons», a dit Millar.

Le Britannique avait été suspendu deux ans pour usage de produits dopants. Il milite pour un cyclisme propre depuis son retour à la compétition.

De son côté, le président de l'UCI, Pat McQuaid a dit ne pas vouloir s'exprimer sur le sujet avant de connaître le résultat de la contre-expertise demandée par Vinokourov.

L'équipe Astana a déjà eu plusieurs fois maille à partir avec les autorités de lutte contre le dopage.

En avril, l'Allemand Matthias Kessler avait été déclaré positif à la testostérone tandis que l'Italien Eddy Mazzoleni, troisième du Giro, a quitté l'équipe en raison de son implication dans l'affaire «Oil for drug».

En 2006, Astana avait été contrainte de renoncer à participer au Tour de France car cinq de ses coureurs étaient cités dans l'affaire «Puerto» de dopage sanguin.

«Nous vivons une période noire, mais je ne suis pas abattu. Je suis plus que jamais déterminé à aller jusqu'au bout, a affirmé Clerc. Cela peut sembler paradoxal mais nous nous rapprochons de la victoire.»

Alliance

Par ailleurs, sept équipes, les six françaises et l'allemande Gerolsteiner, ont apporté hier un petit coin de bleu dans le ciel du Tour de France, noirci par le dopage. Avant même de connaître la révélation du cas positif de Vinokourov, les dirigeants des sept formations ont en effet formalisé la scission avec l'association des équipes (AIGCP) enregistrée avant le départ de Londres.

«On n'a pas envie d'être associé avec des gens qui n'ont pas la même vision», a résumé Vincent Lavenu (AG2R) à la sortie de cette réunion.

Les sept équipes ont annoncé la création du «Mouvement pour un cyclisme crédible» qui se base sur le strict respect du code éthique existant et va même au-delà.

Leurs dirigeants ont souligné qu'aucun de leurs coureurs présents sur le Tour n'avait eu recours à des AUT (autorisation d'usage thérapeutique) pour des infiltrations intra-articulaires aux corticoïdes.

À l'origine du mouvement, un constat, «ça ne peut plus continuer ainsi», et un ras-le-bol. «Le but est de trouver des solutions pour que notre sport retrouve toute sa crédibilité», souligne Vincent Lavenu.

«On veut démontrer notre bonne foi, la qualité de notre travail, les efforts de nos coureurs dans tous les domaines», renchérit Marc Madiot (Française des Jeux). «L'idée, c'est zéro tolérance».

Avec l'Agence France-Presse


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