Une saison exceptionnelle au festival d'Aix-en-Provence

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Jean-Jacques Nattiez
Édition du mercredi 25 juillet 2007

Mots clés : festival d'Aix-en-Provence, Culture, Musique, France (pays)

La saison 2007 du Festival d'Aix aura apporté quelques miracles. Elle marquait la transition entre la direction de Stéphane Lissner, qui part pour la Scala, et celle de Bernard Foccroulle, qui quitte la Monnaie de Bruxelles.

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Monteverdi, Orfeo (6 juillet), Madrigaux (7 juillet); Philharmonique de Berlin (7 juillet); Wagner, La Walkyrie (8 juillet); Mozart, L'Enlèvement au Sérail (9 juillet), Les Noces de Figaro (10 juillet); Janácek, De la maison des morts (16 juillet).
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Lissner a su mener à bien la construction d'une nouvelle salle d'opéra de 1200 places, couverte (à la différence du légendaire Théâtre de l'Archevêché): le Grand Théâtre de Provence est destiné à accueillir les opéras de grande dimension. La Walkyrie accompagne son inauguration brillante, avec rien de moins que le Philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle.

Une production remarquable, d'abord grâce à la somptuosité de l'orchestre, jamais pompeux, souvent éclatant: il a parfois couvert les voix. Des ajustements acoustiques seront nécessaires. La mise en scène de Stéphane Braunschweig vaut surtout par l'attention portée aux relations entre les personnages. On oubliera difficilement les retrouvailles des jumeaux Siegmund et Sieglinde, admirablement servis par Robert Gambill et Eva-Maria Westbroek qui, avant de céder aux impulsions du désir, se remémorent leurs jeux d'enfants. Les adieux de Wotan et Brünnhilde ont fait pleurer ma voisine, moins par la Brünnhilde un peu mince d'Eva Johansson que par la noblesse du Wotan de Willard White et la puissance de l'orchestre poussé aux limites de l'incandescence.

La présence du Philharmonique de Berlin aura permis un autre moment de grâce: un concert des pièces pour orchestre de Bartók et de l'école de Vienne dirigé par Pierre Boulez. Qui aurait pu imaginer que, taillé avec l'éclat et la précision d'un diamant, l'opus 6 de Webern serait un jour ovationné?

Boulez était à Aix pour renouer avec Patrice Chéreau, grâce à l'insistance persuasive de Lissner, 27 ans après la Tétralogie du centenaire à Bayreuth et la version intégrale de Lulu. Cette coopération mythique aura éclairé un opéra peu joué de Janácek, De la maison des morts. Boulez fait ressortir la rugosité d'une partition parfois incohérente mais à laquelle il sait donner un sens. Chéreau sait donner. Avec la complicité de Richard Peduzzi, Chéreau apporte une dimension intemporelle à un univers carcéral inspiré de Dostoievski et réussit à individualiser chacun des acteurs et des chanteurs incarnant la masse anonyme des forçats. Peut-être un moment historique. DVD à venir.

Pas d'Aix sans Mozart. On oubliera la reprise non nécessaire de L'Enlèvement au Sérail et la nouvelle production des Noces de Figaro pour laquelle Daniel Harding n'a pas su trouver les justes tempi. Dans des décors secs et froids de Vincent Lemaire, la mise en scène de Vincent Boussard en faisait tout sauf une «folle journée». On retient surtout les superbes costumes de Christian Lacroix.

Par contre, Foccroulle aura eu raison de reprogrammer une production bruxelloise puis aixoise de l'Orfeo, à l'occasion des 400 ans de l'oeuvre: la mise en scène de la chorégraphe Trisha Brown est toujours aussi inventive, la direction de René Jacobs, chaleureuse. Stéphane Degout brille dans le rôle-titre. Cette reprise donnait l'occasion à dix solistes de l'Académie européenne de musique, l'entreprise pédagogique parallèle au festival, de s'illustrer, mais c'est dans une production nouvelle des Madrigaux de Monteverdi que certains d'entre eux, chanteurs et instrumentistes, auront été associés à d'admirables spécialistes du chant baroque. Merci à Bernard Foccroulle d'avoir su réunir, sous la direction éclairée de Kenneth Weiss, des jeunes de talent qui n'avaient jamais eu l'occasion de se produire ensemble.

Collaboration spéciale


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