Opinion
Lettres: Un petit bonhomme
Mots clés : anniversaire, discours, général Charles de Gaulle, Souveraineté, France (pays), Québec (province)
La non-commémoration du quarantième anniversaire du «Québec libre» de Charles de Gaulle est d'autant plus navrante que le principal intéressé avait dit à un cabinet inquiet (venu l'accueillir en pleine nuit) qu'il faudrait «40 ans» pour voir les effets de son «coup de boutoir».
Le Québec, orgueil oblige, ne reconnaîtra sans doute jamais à sa juste valeur l'apport de son ancienne mère patrie -- et de Charles de Gaulle, qui n'en était plus à une libération près -- dans ce qu'il a appelé «sa» Révolution tranquille, mais qui était, et est encore, pour une large part, la transposition d'une «certaine idée de la France» à l'échelle d'un État fédéré canadien.
Après la «percée» de juillet 1967, le général voudra «occuper le terrain». Il enverra Alain Peyrefitte en mission au Québec en septembre 1967, porteur d'une lettre dite «de Cracovie», adressée à Daniel Johnson. Le contenu est à ce point explicite que Johnson est pris d'un vif malaise et congédie son interlocuteur. Rêvons, mais pas tant: Johnson se serait-il permis une déclaration unilatérale d'indépendance à ce moment que non seulement de Gaulle, mais tous ses alliés africains (qui faciliteraient dès 1968 l'émergence de la personnalité internationale du Québec), auraient immédiatement reconnu le nouvel État. Mis au courant, le général, sans plus de cérémonie, qualifiera durement Johnson de «petit bonhomme» et tirera un trait sur l'épisode.

