Le premier ministre turc réélu - Les défis d'Erdogan

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Reuters
Édition du mardi 24 juillet 2007

Mots clés : premier ministre, AKP, Recep Tayyip Erdogan, Élection, Turquie (pays)

Erdogan devra faire preuve d'une grande prudence politique

Recep Tayyip Erdogan

Photo: Agence Reuters

Ankara -- Si Recep Tayyip Erdogan était fondé de savourer hier le triomphe électoral incontestable de son parti, l'AKP, qui conserve la majorité absolue au parlement turc avec près de 47 % des suffrages, de sérieux et pressants défis attendent le premier ministre islamo-conservateur.

En premier lieu, il devra faire élire un candidat consensuel à la présidence de la République, où la coalition des partis laïques du parlement sortant, encouragée par la puissante armée turque, a empêché cette année l'élection du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, jugé trop proche des islamistes.

Erdogan a déclaré hier, lors d'une conférence de presse, qu'il allait discuter avec Gül de cette question de la candidature de l'AKP à la présidence, ajoutant que, selon lui, la controverse pourrait être réglée sans tension. Le ministre d'État Besir Atalay, membre de l'AKP, a déclaré que Gül était, selon lui, le meilleur candidat à présenter à la magistrature suprême.

Il faudra ensuite juguler la violence séparatiste kurde qui amène les nationalistes de gauche comme de droite, qui disposent respectivement de 112 et 71 sièges sur les 550 que compte le parlement, à réclamer que l'armée aille éradiquer les bases arrière de la guérilla du PKK en territoire irakien.

En troisième lieu, Erdogan devra poursuivre son parcours du combattant pour amener la Turquie à satisfaire aux critères appliqués par l'Union européenne pour son adhésion, à contre-courant des pressions en sens inverse qu'exercent les nationalistes des deux bords, dont l'hostilité à l'Europe se développe.

La reconduction dans un fauteuil d'Erdogan au terme d'une législature complète -- cas de figure inédit en Turquie -- est pour lui une victoire personnelle et un revers pour les partis laïques ainsi que pour le tout-puissant état-major de l'armée, qui dénonce l'AKP comme une machine de guerre contre la laïcité de l'État.

L'armée, qui se veut la gardienne sourcilleuse de cet héritage kémaliste, avait fait en sorte de dissuader Erdogan de se présenter à la présidence de la République, en remplacement d'Ahmed Necdet Sezer, un laïc farouche dont le mandat a expiré cette année.



Pas de carte blanche

Après l'échec de son bras droit Gül, dû à des manoeuvres d'obstruction au sein du parlement sortant, la question va encore se poser sous peu, mais peut-être sous une forme différente, l'AKP ayant réussi à capter une partie libérale de l'électorat qui n'affiche aucun islamisme agressif.

«Le danger immédiat, c'est de ne pas parvenir à un accord sur la présidence» au sein du nouveau parlement, auquel revient le choix du futur chef de l'État, souligne Erdal Saglam, éditorialiste au grand quotidien Hurriyet.

En dépit de son pourcentage de voix accru, l'AKP dispose d'un moindre nombre de sièges dans le nouveau parlement (450 sur 550), suffisamment pour former seul un gouvernement, mais pas pour considérer qu'il a carte blanche pour remettre en cause la séparation de l'État et de la religion.

L'AKP, qui aime à se comparer à une version islamique des démocrates-chrétiens allemands, devrait en fait se recentrer encore sur l'échiquier politique en raison de l'électorat qu'il y a conquis, ce qui laisse entrevoir un compromis sur la présidence.

Parce qu'il sonne comme un camouflet pour la toute-puissante armée turque, le triomphe électoral de l'AKP impose à Erdogan une obligation de prudence politique accrue.

Soupçonné de vouloir insidieusement réislamiser un État qui cantonne la religion à la sphère privée, Erdogan, dont la femme porte le foulard, devra également y réfléchir à deux fois avant de remettre en cause, comme on lui en prête l'intention en dépit de ses démentis, l'interdiction du voile à l'université et dans les administrations.


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